LAMARTINE
O Père qu'adore mon père !
Toi qu'on ne nomme qu'à genoux, Toi dont le nom terrible et doux Fait courber le front de ma mère,
On dit que ce brillant soleil 5
N'est qu'un jouet de ta puissance, Que sous tes pieds il se balance Comme une lampe de vermeil.
On dit que c'est toi qui fais naître
Les petits oiseaux dans les champs, 10
Oui donnes aux petits enfants
Une âme aussi pour te connaître !
On dit que c'est toi qui produis
Les fleurs dont le jardin se pare.
Et que sans toi, toujours avare, 15
Le verger n'aurait pas de fruits.
Aux dons que ta bonté mesure
Tout l'univers est convié ;
Nul insecte n'est oublié,
A ce festin de la nature. 20
L'agneau broute le serpolet, La chèvre s'attache au cytise, La mouche au bord du vase puise Les blanches gouttes de mon lait.
L'alouette a la graine amère Que laisse envoler le glaneur ; Le passereau suit le vanneur, Et l'enfant s'attache à sa mère.
Et pour obtenir chaque don Que chaque jour tu fais éclore, A midi, le soir, à l'aurore, Que faut-il ? prononcer ton nom !