Marie-Angélique, filleule de Mme Péan,b. 1er sept
Nous ferons remarquer que dans l'intervalle de 1743 à 1750 on ne voit pas de naissances connues, malgré la fécondité évidente de la mère, et nous constatons qu'au 5 septembre 1760, date de l'acte de tutelle des enfants mineurs d'André Arnoux et de son épouse, émané alors de la juridiction royale de Montréal, six d'entre eux seulement avaient survécu jusque là, suivant que leurs noms apparaissent à cet acte, par lequel la mère est nommée tutrice et Joseph Arnoux, oncle, subrogé-tuteur.
Les deux frères du chirurgien demeuraient aussi à Québec. On ne recueille que fort peu de détails sur Biaise. On le voit parrain à Québec, le 20 décembre 1753, et signataire à l'acte de baptême de sa nièce Marie- Anne Victoire, conjointement avec Madeleine, la toute jeune sœur de celle-ci. Nous l'avons vu présent au mariage de son autre nièce, à Montréal, le 20 septembre 1760.
Jusqu'à quel point il était habile comme chirurgien, ou assistant de son frère, nous n'en connaissons pas autre chose 7 sinon le fait, que comme plus jeune frère, il futj. peut-être, celui appelé à panser Montcaim en l'absence du chirurgien André. Il est possible que Joseph, l'apoihicaire, a cause de son état, fut celui même qui pansa Montcaim II pouvait être ou réputé être le cadet d'André. On sait d ailleurs que pour lôrs des apothicaires faisaient aussi les fondions de chirurgien, (I) et nous penchons pour lui.
Quant à ce Jo.seph Arnoux, son nom apparaît plusieurs fois dans les documents publics. On le rencontre devant la Prévosté le 15 novembre 1757, réclamant le prix de médicaments tournis comme apothicaire à une feue DameCaron. que la Cour lui adjuge.' Plus tard il est qualifié de marchand apothicaire, probablement à cause de son'succès dans sa ligne d'affaires.
Il est remarquable que dans les actes de l'état civil des Arnoux, les meilleurs noms de la ville se rencontrent avec ie leur, tels que Delangle, lieutenant-général delà Prévosté. Doreil, Péan, i)aîne, Dumets de Prémarain, Paumereau, Conrmeiller de Bellefeuille, etc. Henri- Albert de Saint- Vincent (2), baron de Narcy, est parrain avec Délie Charlotte-Henri de la Gorgendière, épouse de M. de la Marque de Marin, au baptême de Charles- Henri, Arnoux, le 13 novembre 1752. Le père signe à l'acte et c'est la première fois que nous avons rencontré sa signature.
(O Jacques-Denis Dénéchaud était chirurgien et apothicaire à Québec, au temps d' Arnoux.
(2) Le même désigné MtiC Henri Albert, baron de Saint- Vincent, chev. de l'O.-R. et M. de Saint-Louis, capitaine d'infanterie, dans l'acte d'achat qu'il fait d'Antoine Simon de Saint-Simon, devant de Blanzy, notaire à Montréit, le «5 mai 1755.
L'intimité des relations entre les Arnoux et les Péan est aussi très marquée. Elle a son importance pour nous à raison de la vente de leur hôtel déjà faite par eux à Arnoux, en mars 1758. Elle continue de se manifester, et hautement. à l'occasion de la naissance qui suivit, de Marie- Angélique Arnoux, laquelle eut lieu le 1er septembre, même année, (1758), en l'absence de son pure le chirurgien. Madame Péan tint l'enfant sur les fonts baptismaux conjointement avec Joseph Arnoux, l'apothicaire et comme témoignage d'amitié, elle donna son propre nom de baptême à sa filleule. Le commissaire Doreil et demoiselle (xilette Daîne, fille du lieutenant-général de la Prévosté, signent entre autres témoins au baptême. L'enfant était-elle née dans la maison déjà vendue comme hôtel Pcan ? On serait porté à le croire. Péan était reparti pour la France, et Mme Péan n'avait qu'un enfant avec elle et un grand logis. Elle était très liée avec Arnoux et son épouse, comme on le voit ; et grâce à Bigot elle disposait d'une sage femme.
Quelques années auparavant; vers 1750, Arnoux avait été promu chirurgien-major des troupes de la marine et de terre, et, il avait la direction des hôpitaux militaires dans la colonie.
C'était un personnage en vue à Québec et qui fut remarqué comme tel par le marquis de Montocalm à son arrivée en mai 1756.
Celui-ci s'était empressé de se rendre le plus tôt possible auprès du gouverneur M. de Vaudreuil à Montréal, pour
se concerter avec lui sur le plan de campagne à entreprendre. Là, désirant avoir Arnoux auprès de lui pour le tenir a l'armée, il confia, pendant l'absence de ce dernier, la direction des hôpitaux au sieur Henri, chirurgien major du Royal Roussillon, (1)
Comme dès lors Arnoux a suivi constamment l'armée en campagne il s'ensuit qu'on ne le retrouve à Québec qu'après les opérations terminées avec la clôture de la saison. C'est ainsi qu'il était revenu à Québec le 24 novembre 1756. (Montcalm d Bourldmaque. à cette date ) Il y était même le 23 décembre 1757. {Montcalm à Lévis, p. 103.)
Dans son contrat avec lui il se lia d'amitié avec Montcalm et ils entretinrent ensemble un commirco de lettres amicales. " Je crois, écrit-il, le 14 octobre 1757, qu'il faudra
garder mes lettres pour Pouchot, Arnoux pour leur
arrivée."
Il en parle en termes affectueux : " Demandez au cher petit Arnoux par qui et sur quelle barque vient une barrique de vin." (Montcalm a Bourlamaque, 17 mai 1757).
Au même : le 27 mai, Montréal.
" Le cher petit Arnoux part demain pour vous joindre et vous porte un précis que j'ai fait des nouvelles omises par M. Doreil."
Cette amitié continua jusqu'à la tin.
On peut lire dans un article publié dans le Bulletin des Recherches Historiques, août 1902, que ce fut Arnoux qui s'entremit et prépara pour Montcalm, à sa demande, la maison qu'il vint occuper à Québec, sur les Remparts.
En septembre 1757, comme on vient de le voir, Montcalm
(i) Lettres de Montcalm au chevalier de Léris, Mont'éal, 3 juin, 17516, p. 19.
se trouvait temporairement à Québec. Il était venu pour inspecter un petit envoi de troupes et pour visiter la côte de là au Cap Tourmente au point de vue de la défense. Pendant ce temps, Arnoux était toujours absent à l'armée^ et son ami, le marquis, avait consenti à devenir le parrain de l'enfant dont Mme Arnoux attendait sous peu la naissance.
" J'avais résolu, écrit Montcalm, de ne jamais tenir d'enfant au baptême, après l'honneur d'en avoir tenu un avec Mme la marquise de Vaudreuil, cependant Arnoux m'y force avec Mme de la Naudière." (1) Et écrivant à Bourlamaque le 20 septembre : u Dites à Arnoux que je suis furieux de
(i) Née Geneviève de Boishébert, et co-seigneuresse de le seigneurie la Bouteillerie ou Rivière-Ouelle. C'était une de ees belles dames qui ont rendu célèbre la rue du Parloir, où demeuraient aussi m sdames Marin et Beaubassin.
Fixons donc une fois pour toutes l'endroit de cette rue, qui a donné et donne encore lieu à tant de méprises, lesquelles ne sont guère pardonnables à des écrivains québeequois. Il ne faut plus la confondre avec celle du même nom d'aujourd'hui, qui conduit de la rue Saint-Louis au parloir des dames Ursulines. L'an cienne rue du Parloir passait devant la maison de M. de la Naudière et celle de madame Vve Charles Perthuis au haut de la côte Lamontagne, c'est-à-dire devant l'archevêché actuel, et se rendait au parloir du Séminaire. Son nom primitif était la rue du " Petit-Séminaire " ou du " Séminaire " suivant les anciens procè-.-verbaux des grand-voyers. KHe fut limitée et fixée, portant ce nom le 32 juin 1728 a vingt-cinq pieds de largeur à aller au mur du jardin du presbytère. '• v f les procè-t-verbaux, nos 1*3, 197 et 199 " Ce fut après qu'elle prit le nom d; l'arloir parc» qu'elle conduisait au panoir du se nin lire.
Dt puis la construction du Palais Epi^copal, elle a été close pour en former la cour intérieure d'entrée moderne.
La rue du Parloir d'à présent était appelée en premier lieu " Sainte-Ursule," et la petite rue Donacona qui la rencontre ae nommait rue " Ursulines, " comme on le voit sur Je plan présenté par les RU. Mères Religieuses Ursulines de Québec et approuvé par Frontenac, le 25 juin 1674, pour donner les alignements et régler les concessions des lots à bâtir sur leurs terrains. Ce plan porte : " rue Ursulines rèçnant le long et vis-à-vis l'église et le parloir et qui forme une équerre avec la rue Ste-Ursule." Ce dernier nom a fait place ensuite à celui DES URSULINKS comme on le voit parles procès-verbaux du grand-voyer des 28 avril et 27 mai «735. '• Cf. aussi acte du 10 sept. 172S, Louet & Barbel, notaires, vente Lacombe à Montcherveau." Ce qui n'empêche pas qu'il y eût concurremment une autre rue DES URSULINES, au quartier et chantier du Palais, prè» de la fontaine du
tenir son enfant sur les fonts et qu'il doit m'en savoir grS, car cela me fait une grande affaire."
Cette petite boutade ne fait que rehausser le sentiment d'amitié qui prédomine par le fait même. Bien plus Montcalm donna son propre nom à l'enfant.
On sera peut-être curieux de lire l'entrée faite de ce baptême et les noms des personnages qui s'y rencontrent. La voici :
" Le trente septembre mil-sept-cent cinquante-sept, par
Roi en la censive des Ursulines. ' Cf. Prévosté, 30 octobre 175S, fol. 166, 167 vol. 174 et 176.
Il y avait également une autre rue " Saint-Louis " ou " Capitale " en la hautt ville, savoir : " La dite rue St-Louis qui a son issue dans la rue St -Joseph (Garneau) et dans celle des dames Hospitalières fSt- Joachim) laquelle nous avons trouvé avoir quatorze pieds de large depuis la maison de ia dite Délie Vve Soumande, jusqu'à la ligne de l'emplacement de la dite Vve Lafond, suivant l'alignement que notre commis lui avait donné le 13 mai dernier en présence de M. de Léry, ingénieur en chef de ce pays ; dix -sept pieds vis-à-vi- le passage, commun des dits sieurs Radisson, Despré et Latour, treize pieds vis-à-v s la maison du sieur Laferté, et au bout de la dite rue St-Louis du côté de 'a dite rue des dames Hospitalières trois pieds dix p »uces." Cette rue aboutissait au nord à. la petite muraille du chemin de ronde sur les remparts, au bout de la rue St-Flavien, mais a disparue c mime telle. " Cf. Procès- verbal du Grand- V'-yt r 15 juin 1737, No 206."
Un. peu d'observation locale aurait fait voir que madame Péan, et le> auties dames de la rue du Parloir, ne demeuraient pas pré^ des Ursu'ines, vu qu'ii i.'v avait en tout en 1759 que 3 maisons sur toute la rue du Parloir ri'ap és"nt tt habitées par d'autres, savoir : à l'encoignure sud-ouest les représentants de M. de la Martiniè'e 1674 ; Lachesnave 16S7 ; Jlurau't 168S ; Levasseur 1691 ; Dme Castonguay 1720; Duchesneau, 1737 ; La , .S.anaregret 1746 ; Dubourg dit Picard 1750 ; Fis. Duval, 17S0 ; aujourd'hui, héritiers Duchesnay.
L'encoignure est vis-à-vis avec une vieille petite maison en bois, appartenait à François Tisserand, sieur de Montçherveau, cornet-e des gardes du corps du gouverneur, absent depuis 1729, qui tenait de Lacombe et ux 1728 ; qui tennient de Perthuis 1715 ; qui tenait de Bjonnière, concessionnaire 1674. C'est la maison que Murray, la voyant sans maître, donna en 1762, après la conquête, au sergent James Thompson, qui s'y logea et bâtit cemme propriétaire. A ce titre il fut as signé en déclaration d'hypothèque par la Vve Lacombe. Celle-ci qui représentait son mari réclama le prix de la vente à Montçherveau et réussit à l'obtenir.
Jean Michelon dit Larose occupait la troisième maison voisine du côté nord, aujourd'hui le ju^e Pelletier.
Les archives des Dames Ursulines peuvent vérifier plus amplement ces détail s et la date assez récente du nom de la rue ûu Parloir à cet endroit.
nous curJ de Québec soussigné, a été baptisé Louis- Joseph Arnoux, né le jour précédent du légitime mariage de Mr André Arnoux, Chirurgien-Major des troupes de terre et de la marine, et de Dame Suzanne Levret, son épouse. Le parraina été,.haut et puissant seigneur, Louis-Joseph de Montcalm Gozon, Marquis de Montcalm, Baron de Calériac et des. États de G-evaudan, Maréchal des Camps et armées, Commandeur de l'Ordre Royal et militaire de St-Louis, Commandant en Chef les troupes de terre dans l'Amérique Septentrionale, et la marraine a été Dame Geneviève Boishébert, épouse de Mr de la Naudière, Capitaine d'une compagnie du détachement de la marine ; lesquels ont signé ; le père absent.
Montcalm. Boishébert-Delanaudière.
Trecesson, v. beaubassin. Doreil.
DeBougainville.
Madeleine Arnoux {âgée de 14 ans).
F.-J. Récher, curé."
L'année suivante Montcalm rend témoignage du mérite de son ami.
" Le sieur Arnoulx, chirurgien major des troupes que j'avais amené et que je ramène est très actif et m'a été fort utile pour ce qui regarde les hôpitaux/' {Montcalm au ministre, Montréal, 20 juillet 1758.)
Arnoux, après la campagne de 1757, retourna à Québec, où il passa l'hiver. Le 16 mars suivant (1758) il fit l'acquisition de l'hôtel Péan par écrit sous-seing-privé, moyennant le prix de 30.000 livres payées comptant à Péan,et à charge des rentes dues sur le terrain ; s'obligeant le vendeur de livrer la maison lors du passage de sa femme en France,qui pour lors lui en ferait le contrat, l'autorisant par cet écrit à le faire.
Nous croyons important de mettre ce document en entier
sous les yeux du lecteur Verbatim. Il montre la liaison intime et la confiance mutuelle entre Péan et Arnoux.
" Je soussigné reconnois avoir vendu à Mr. Arnoux chirurgien de la marine et chirurgien major des troupes de terre ma maison scitué rue St-Louis et son terrain à pren dre depuis la borne de la Mde Fournelle jusqu'à la maison du nommé Malouin sur lad. rue St-Louis et en profondeur jusqu'à la rue qui passe derrière mon jardin y comprenant même un terrain de trente pieds environ de pro fondeur que j'ay acheté de la fabrique à la suite de mon jardin et qui court derrière le terrain de Mad. Fournelle et les baptiments qui sont, sur le dit terrain tel que hangard, remise, écurie, pigeonnier et glassière cyterne dans cette partie seulement ne vendant pas aud. Sr. Arnoux un autre terrain de l'autre côté de la rue joignant au nommé Barbeau l'ayant acheté séparément m'obligeant de luy livrer ma maison lors du passage de ma femme en France qui pour lors luy en fairat passer le contrat l'autorisant par le présent à le faire. Je laisse en outre aud. Sr. Arnoux les glasses attachées aux cheminées, le trémeau de la grande chambre de compagnie et tous les tableaux au dessus des portes le coin en bois et les armoires garnie de fil de leton et de tafetas qui est dans mon cabinet me servant pour mettre mes livres et ce aux charges suivantes scavoir que led. Sr. Arnoux se chargerat des rentes due pour led. terrain moyennant quoy il retirerat celles du à la maison par les terrains de Md. Fournelle et la maison du nommé Malouin qui équivallent à peu près la rente que paye ma maison. Et en la somme de trente mil livres que je reconnais avoir reçue comptant de Md (mon dit) Arnoux et le tiens quitte par le présent fait à Québec de bonne foi le 16 mars 1758.
(signé) Péan "
Péan partit aussitôt avec Cadet pour Montréal où ils arrivèrent en grande pompe le 18. Très occupé à brasser ses affaires de pieulat dans cette région, il ne paraît être revenu <jue pour s'embarquer avec le capitaine Canon pour la France, en août 1758. En sorte qu'il n'avait plus à s'occuper d'une demeura à Québec, dont d'ailleurs il prévoyait le siège prochain.
Après la reddition de cette ville, madame Péan s'était réfugiée à Montréal ainsi que madame Arnoux, et lors de l'investissement de cette place par le général Amherst et sa capitulation le 8 septembre 1760, elles se virent en conséquence toutes deux nécessairement sur le point de laisser le pays. Alors elles passèrent un acte de vente en bonne et due forme de l'hôtel Péan devant Mtre Danré de Blanzy, notaire royal, de Montréal, en date du 12 du môme mois, en conformité du seing privé ci-dessus. L'acte fut fait au nom de la veuve Arnoux, vu le décès de son mari depuis peu.
L'hôtel et dépendances ainsi vendus y sont de nouveau décrits et comme suit :
" Une maison assise en la ville de Québec, rue St-Louis, consistant en un corps de logis à rez-de-chaussée, composé de salles, chambres, cabinets, cuisine, grenier au-dessus avec des chambres pratiquées en iceluy, caveau-dessous, cour et jardin derrière, avec les hangards, remises, écuries, pigeon-
nière, glacières et citernes, tenant d'une part à la
borne de la Dame Fournel, d'autre part à la maison du nommé Malouin, d'un bout par devant au niveau de la rue St-Louis, l'autre bout par derrière à la rue qui passe derrière le dit jardin, {rue Ste-Geneoiève) y compris un terrain d'environ trente pieds de profondeur acquis par le dit sieur Péan de l'Oeuvre et Fabrique de l'église paroissiale de Québec ; dans laquelle vente sont comprises les glaces atta-
chéesaux cheminées, le trémeau de la grande chambre de compagnie et les tableaux au-dessus des portes dont les coins sont en bois, en outre les armoires garnies en fil de leton et de tafetas étant dans le cabinet du dit sieur Péan et servantes à mettre ses livres."
Mme Péan y reconnaît que le prix de 30.000 livres i\ été payé par feu sieur Arnoux comme le seing-privé l'atteste.
Madame veuve Arnoux partit ensuite d'après l'article de la capitulation finale, sur les premiers transports fournis par les Anglais pour la France, et laissa son beau-frère Joseph Arnoux, comme son procureur.
Elle avait pris soin de se faire élire tutrice à ses enfants mineurs dès le 5 septembre et s'était hâtée de faire célébrer le 20 du même mois, le mariage de sa fille mineure l'aînée, au sieur St Nicolas Fayolles,écrivain ordinaire de la mari ne et garde des magasins du Roi à Montréal.
Nous nous sommes demandé si cette vente sous seingprivé par Péan était bien réelle, ou fictive, basée comme elle l'était sur un simple écrit dit de bonne foi, qui n'avait alors en loi aucune valeur pour transférer un bien-fond, et sur un reçu de 310.000 livres comptant, sans autre quittance authentique pour une somme aussi élevée, représentant trois fois ce chiffre aujourd'hui.
De plus la tradition et possession étaient remises au départ de Mme Péan pour la France.
Mais d'après la ratification de cette vente et la location et transmission par la veuve Arnoux de la propriété qu'elle en fit par la suite, et les précautions prises par elle alors comme aussi les rapports visibles d'amitié et de confiance mutuelle entre Péan et Arnoux, nos doutes et soupçons ont disparus ; et nous disons qu'Arnoux était devenu propriétaire absolu et de bonne foi à L'égard de Péan et de tous»
autres, vu qu'il allait légaliser son titre en bonne forme ; et que de ce moment l'achat fut connu ; car alors, comme à présent, dans une petite ville comme Québec, la vente et l'achat d'une maison importante volait de bouche en bouche de manière à pouvoir dire g méralcment la maison d'Arnoux en en pariant.
Arrivons maintenant à la relation attribuée et avec raison au chevalier Johnstone qui l'a mentionné comme telle dans le récit qu'il fait de la mort de Montcalm. Nous considérons Johnstone comme un témoin compétent et digne de foi. Il servait dans l'armée depuis quelque temps et comme lieutenant des troupes de la marine, il était au siègC de Louisbourg. Il aimait et admirait Montcalm. L'ayant perdu, il passa aide-de-camp de Lévis. Il avait pris part à la bataille des Plaines, jusqu'à la tin de la journée ; il en parle comme témoin qui a vu, entendu, agi. Nous ne voyons pas en quoi et comment il est ou peut être contredit sur les derniers moments et la mort de Montcalm tel qu'il les rapporte.
Ecossais et jacobin émigré, Johnstone, comme on est naturellement porté à le croire par le milieu où il s'était trouvé, e'est-à-dire en France pendant plus de dix ans, devait posséder les deux langues, il est certain que la langue française lui était familière ; elle détint sur sa relation. " The
campai gn in Canada from the death of Montcalm " Il
nous semble, à la simple lecture, que la tournure de phrase et le choix d'expressions annoncent une rédaction primitive un français. Cette première impression s'accentue par des variantes dans les deux textes anglais des manuscrits qui ont été imprimés, lesquels tout en conservant le sens propre ont chacun, par endroits, une nuance de style soit plus ■nette ou plus élégante. Nous voulons indiquer la publication faite par La Société Littéraire et Historique de Que-
bec,' dans ses Transactions, et l'autre ^ditiTe depuis, en 1885, sous les auspices de la Législature de Québec, daus la Collection de Manuscrits, etc., relatifs à la Nouvelle-France, vol. IV, p. 231.
Il est fort possible que Johnstone. plutôt guerrier qu'écrivain, ait eu pour collaborateur quelqu'officier français en service actif comme lui, qui pour cacher son nom et ne pas nuire à son avancement se serait entendu avec lui pour dépister les envieux en écrivant dans une langue étrangère.
Montcalm indique dans son Journal un personnage au près de lui, secret, sur lequel il compte pour écrire (1) et faire un rapport véridique de ce qu ils ont pu observer ensemble. Serait-ce le même narrateur que celui des Mémoires sur les affaires du Canada, qui a voulu rester anonyme . La discrétion des noms sur certains sujets, s'imposait alors en France devant la toute puissance monarchique et en vue des intrigues, jalousies et rivalités de la Cour, d'où partait exclusivement toutes les faveurs et d'où tombaient fatalement les disgrâces.
Quoiqu'il en soit de la rédaction primitive du chevalier Johnstone, nous avons en lui un homme du métier, plein de courage et d'une indépendance d'esprit peu commune sous le régime du jour ; un observateur sagace et judicieux. Si! se laisse quel» [lie fois entraîner à des dissertations philosophiques, ces hors d œuvres ne sont pas lus sans laisser une belle impression de ses sentiments élevés. On y admire la hauteur d'un cœur bien né et sympathique au malheur et à l'infortune.
Prenons, sans plus tarder, le texte anglais des deux manuscrits, sur le point qui nous intéresse et qui ne diffèrent que de quelques mots. Nous le ferons suivre de la version française la plus exacte qu'il nous est possible de donner.
(i) J'en ai un fin qui l'écrit — •' Journal de Montcalm."
" The Marquis de Montcalm, endeavoring to rally the troops in their most disorderly flighfe, was wounded in the lower part of the belly. He was transported immediately to Québec and lodged in the house of Mr Arnoux, the Ivîng's Surgeon, who was absent with Monsieur de Bourlamarqne ; but his brothcr, ihe young Arnoux, having visited the wound declarcd it mortal This truly great and worthy hero heard Arnoux (having visited) pronounce his sentence of death with a stoic and undaunted soûl ; his mind calm and se rené ; his countenance soft and pleasing ; and with a look of his indifférence to live or to die.
" He prayed Arnoux to beso kind and outspoken with him as to tell him ingenuously how many hours he thought he might yet live ? Arnoux answering him, that he might hold out untii about threein the morning. He passed that small remainder of life in conversing with a few officers about him upon indiffèrent subjects with great coolness and présence of mind, and ending his days near the hour that Arnoux had (had) foretold him. His last words were : " I " die content, since I leave the affairs of the king, my dear <; master, in good hands. I always had a very great considération for the talent and capacity of Monsieur de Lévis." ....
"When I wasinformed of Monsieur de Montcalm's misfortune, I sent him immediately his servant Joseph, (l) begging him to acquaint me if I could be of any service to him, and in that case I would be with him at Québec immediately. .Joseph came back in that moment to the hornwork and grieved me to the inmost of my soui by
(i) Joseph Barbeau, décédé à Ste-Thérèse, âgé de S8 ans, io mois et iS jours, avait été domestique et palefrenier de Montcalm pendant trois ans. Ilaccompagna son maître avec ses chevaux sur le champ de bataille des Plaines. " Cf. Gazette de Québec, z oct. 182S."
Monsieur de Montcalm's answer. " That it was neeJless to corne to him, as he had only a few heurs to live ; and he advised me to keep with Monsieur Poularies until the
arrivai of Monsieur de Le vis at the army " Thus
perished a great man, generally unknowen and unregretted by his country men, a man who could hâve become the idol and ornament of any other country in Europe."
" Le marquis de Montcalm en s'efîorçant de rallier ses troupes dans leur fuite, la plus désordonnée, fut blessé au bas ventre. Il fut immédiatement transporté à Québec et logé dans la maison de M. Arnoux, chirurgien du .Roy, qui était absent auprès de monsieur de Bourlamaque, (1) mais son frère le jeune Arnoux, après avoir visité la blessure, la déclara mortelle.
" Ce héros vraiment grand et digne, écouta Arnoux prononcer sa sentence de mort, après cet examen, avec une âme stoïque et intrépide ; un esprit calme et serein ; une expression douce et souriante et montrant son air d'indifférence soit de vivre ou de mourir.
" Il pria Arnoux d'être assez bon et ouvert avec lui pour lui dire franchement combien il pensait qu'il pouvait lui rester d'heures encore à vivre. Arnoux lui ayant répondu qu'il pourrait aller jusque vers les trois heures du matin, (2) il passa ce court espace de vie qui lui restait, à converser avec quelques officiers autour de lui sur des sujets indifférents, avec grand sang-froid et pleine présence d'esprit, et termina ses jours vers l'heure qu'Arnoux lui avait prédite. Ses derniers mots furent : " Je meurs content, puisque je laisse les affaires du Hoy, mon cher maître, entre bonnes
(i) Alors malade à l'Isle-aux- Noix. " Cf. sa lettre à Lévis du *S sept, et du 7 oct. 175c.
{2) Tant mieux dit-il, je ne verrai pas les Anglais dans Québec.
mains. J'ai toujours ou la plus hauto ostime pour le talent et la capacité de M. de Lé vis."
" Lorsque je fus informé du malheur arrivé à M. de Montcalm, je lui envoyai aussitôt son domesiique Joseph, pour le prier de me faire savoir, si je pouvais lui être de quelque service, et que dans ce cas, je me rendrais immédiatement auprès de lui à Québec. Joseph revint dans le même moment à l'ouvrage- à-cornes, et m'affligea jusqu'au fond du cœur, par la réponse de M. de Montcalm : " Qu'il était inutile d'aller le voir, vu qu'il n'avait plus que peu d'heures à vivre." Et il me conseilla de rester avec monsieur Poularies jusqu'à l'arrivée de monsieur de Lévis à l'armée."
" Ainsi périt ce grand homme, généralement méconnu et pas regretté par ses concitoyens, un homme qui aurait pu devenir l'idole et l'ornement de n'importe quel autre pays d'Europe."
Johnstone ajoute en note qu'il tient d'Arnoux lui-même sa version des derniers moments de Montcalm.
Nous nous en rapportons non seulement à ce récit comme véridique, mais nous voyons le lieu où Montcalm fut blessé, le caractère et l'endroit de sa blessure, de plus sa rentrée eu ville, confirmée officiellement par Bigot.
" C'est dans cette retraite que M. de Montcalm reçut une balle dans les reins comme il était prêt d'entrer en ville par la porte Saint-Louis. Lettre de Bigot, à Montréal, 25 oct. 1759, au ministre.
En suivant la rue en descendant de la porte Saint-Louis, à trois cents verges à droite, se trouvait en chemin la maison d'Arnoux, de beaucoup la meilleure et la plus à la main pour recevoir le général déjà affaibli et soutenu pour le maintenir en selle par deux grenadiers.
Il importe peu que madame Péan restée seule, (l) occupa encore ou dans le moment cette demeure ; ce qui semblerait peu probable si Bigot lui avait fait construire une casemate ehez elle, comme le rapporte Montcalm dans son Journal, page 542. Le revers du Montcarmel se prêtait à cet abri. Mais même si elle eût été chez elle madame Péan, comme on l'a vu, n'aurait pu être autrement que portée à recueillir avec empressement un ami commun dont le malheur inspirait à tous la plus tendre pitié.
Le blessé fut donc porté, pansé, et, ajoute Johnstone, logé dans la maison d'Arnoux, le chirurgien du .Roi.
Après son arrêt de mort si clairement prononcé et à si bref délai, il ne restait plus à Montcalm qu'à se préparer avant tout et au plustôt à mourir en bon chrétien. (2)
Il fut assisté à ce moment suprême par l'évêque de Québec, a-ton dit, et le curé Récher, qui présida à 1 inhumation, atteste qu'il mourut muni des sacrements qu'il a reçus avec beaucoup de piété et de religion. Cette attestation indiquerait l'assistance du curé, suivant nous, avant sa mort, au lieu de celle de l'évêque.
Dans ces circonstances il n'est guère probable et même croyable qu'on ait songé à transporter le mourant ailleurs.
(i) Péan était absent : il était parti, comme on .'.i dit, par la frétât* du Roy " La Valeur ", capitaine Jacques Canon, à la fin d'août 1758, et on ne voit pas qu'il fut revenu depuis. On ne le trouve à l'armée ni le 13 septembre, ni le 2S avril 1760 ; mais à cette dernière date il devait déjà être renfermé provisionnellemtnt à la Bastille De plus on constate qu'en juin 1759, le général Amherst, par courtoisie, fit parvenir une lettre de son ami à Mme Pé-in, dans Québec.
(2) On sait qu'il voulut consacrer ses derniers moments exclusivement à trouver grâce devant le Juge Suprême. Il répondit à M. de Ramezay ; " Je n'ai plus d'ordre ni d'avis à donner sur terre. Mon temps est court. J'ai des affaires bien plus importantes à régler." Et à P.mlaries, colonel du Royal Roussillon : " Quant à moi je ^ais passer la nuit avec Dieu et me préparer à la mort."
Le transport sur une civière n'aurait fait qu'augmenter ses souffrances et lutter sa fin, sans but possible de pouvoir lui apporter le moindre soulagement. Pourquoi d'ailleurs transporter un homme fini, auquel on est sur le point d'administrer les dernière sacrements pour le laisser mourir en paix.
Il n'y avait qu'un autre endroit en ville où Montcalm aurait pu demander de lui-même à se retirer, c'est-à-dire à sa maison sur les Remparts. Mais elle était fermée ; toute sa domesticité était passée au camp avec lui, pour lors près du Sault Montmorency, où il avait transporté ses quartiers depuis le 10 août et il n'y aurait eu dans cette maison personne pour le recevoir et en prendre soin. Suivant Marcel, son secrétaire, il ne serait rien resté dans cette demeure. (1)
Le même jour il écrit au chevalier de Lévis : " Mon Général, (Les italiques sont de nous.) " C'est avec un cœur pénétré de la plus vive douleur que j'ai l'honneur de vous donner avis de la perte que nous venons de faire de M. le marquis de Montcalm, ce matin à cinq heures. Je ne V ai pas quitté un moment jusqu'à sa mort, et je crois que c'était ce que je pouvais faire de mieux, surtout
après en avoir eu la permission de lui
" Il y a àMontréal soit chez M. de Montcalm ou au séminaire, une caisse de papiers de conséquence. L'intention de M. de Montcalm, est qu'elle vous soit remise, ainsi que les autres papiers lui appartenant. Je crois, mais je n'en suis pas sûr,
(i) On y nurait mis les scellés, s'il fut resté là quelques biens. Daine, lieutenant-général de la I'révosté, avait obtenu l'assentiment de Murray de rester à Québec pour vi-iller aux intérêts civils de ses compatriotes.
Cf. l'échange de lettres entre Lévis et Vaudreuil au sujet de ses papiers et de l'apposition des scellés sur les papiers et effets de Montcalm.
que Mme delà Naudière ou Mme de Beaubassin en ont aus-i et d'autres effets à lui. Joseph, qui a suivi, je pense, les troupes avec les bagages qu'il avait ordre de conduire ici, a le portefeuille plein de papiers
kC J'écris à Mr. le Chevalier de Montreuil de vous les faire parvenir."
Comme on le voit il n'est pas plus question do la maison des Remparts que si elle n'existait pas, quand il s'agit de ramasser tous les effets de Monte alm. De plus, Marcel n'ayant pas quitté le chevet du mourant depuis qu'il fut déposé dans la maison d'Arnoux, confirme par ce fait, l'exactitude de la version de Johnstone.
Quant au château Saint-Louis il y avait une raison qui, seule, aurait déterminé un homme de la trempe de Montcalm à n'y pas aller. Ses démêlés avec Vaudreuil et la conduite si extraordinaire de celui-ci le matin de la bataille, y mettaient un obstacle insurmontable. En outre le château était inhabité. Exposé, comme il était, immédiatement en face des batteries du siège, il était criblé de boulets et d'obus et devenu inhabitable, sans compter le danger imminent d'y aller demeurer. Le château resta longtemps en cet état. Il n'y avait pas lieu, pour les Anglais, de le îvstaurer avant la cession du pays en 1763. Cependant ils y établirent quelque temps après leur entrée des bureaux publics dans la partie la moins endommagée ; et ce ne fut qu'à l'automne de 1764, qu'ayant été réparé, le gouverneur Murray put aller l'occuper. (1)
Nous croyons donc que Montcalm a expiré paisiblement à 5 heures du matin le 14 septembre 1759, dans la maison
(i) Les plans du château par le capitaine Mann, au tracé de 1767 et élévation eî section de 1768, peuvent être consultés pour la reconstruction.
cPÀrnoux, rue Saint- Louis, d'où on a -transporté son corps le même soir, pour être enterré dans la chapelle des Qrsulines qui se trouvait auprès.
Il n'entre pas dans notre cadre d'ajouter d'autres détails, pourtant si intéressants, sur la mort héroïque du mai*, quis de Montcalm, ainsi allons retrouver le chirurgien Arnoux.
Il était revenu à Québec le l i janvier 1759, où il est parrain avec Marie-Joseph Courneiller de Bellefeuille, de l'enfant Marie-Anne Gruyon ; puis on le suit reparti en campagne et rendu à l'isle aux-Noix,en sept. 1759 avec de Bourlamaque. Ensuite on le voit à Montréal, après la capitulation de Québec, pour y prendre ses quartiers d'hiver. Le 29 décembre 1759, Lévis écrit au gouverneur Murray pour lui annoncer que le sieur Arnoux, chirurgien- major de l'armée^ doit se rendre à Québec pour visiter les officiers et soldats des troupes (françaises) blessés. " J'ai l'honneur, dit-il, de vous le recommander." {Lettres du cheoalier de Jjévis, 29 déc. 1759, p. 275).
Le 4 mai 1760 : " Recommandez bien de ma part à Arnoux et à tous les chirurgiens de porter toutes leurs attentions au pansement tant des officiers que soldats." (Id.< p. 301.)
Depuis cette date on perd Arnoux de vue jusqu'à ce que l'on découvre le fait de sa mort établi le § septembre 1760 par la tutelle de ses enfants mineurs. L'extrait mortuaire qui la constate, que nous n'avons pu encore nous procurer en ce pays, existe dans le greffe de feu Mtre Le Noir, conseiller du Roi, notaire au Châtelet de Paris, qui en a expédié une copie à Québec, collationnée par lui et légalisée, accompagnant une procuration du 15 juillet 1763 ; mais cette
copie, autrefois déposée dans le greffe du notaire Saillant a été perdue depuis. (1)
Nous en attendons de Paris une autre qui établira l'endroit et la date du décès d'Arnoux.
Nous devons remarquer ici que malgré les recherches les plus minutieuses dans les archives de l'Hôpital-Grénéral et dans celles de l'Hôtel-Dieu,on ne trouve aucune mention du nom d'Arnoux. Cependant il a dû, en conformité aux ordres de Lévis, aller visiter et soigner les blessés français à l'Hôpital-Général, dès son arrivée à Québec, en janvier 1760 et jusqu'au mois de mai suivant.
Qu'est devenue la maison d'Arnoux après sa mort et le départ de sa veuve pour la France ?
Le général Murray s'en empara pour s'y loger lui-même aussitôt qu'il put s'installer dans la ville conquise. C'était une du très petit nombre de maisons sauvées des incendies causées par les pots- à-feu et une de celles qui avaient le moins souffert du bombardement, étant abritée en quelque sorte derrière le Montcarmel.
Peu après Murray, laissé pour gouverneur à Québec, et dont la probité l'aménité et la bienveillance envers les Canadiens ne sauraient être trop appréciées, (2) s'entendit
(i) Jusqu'à présent nous n'avons pu que constater que les pièces citées concernant la succession d'André Arnoux existent encore et se trouvent à Pans aux Archives Nationales, ayant échappé à l'incendie delà commune en 1S71. Elles sont sous la garde de Mtre Pérard, notaire, -65, vue des Petits-Champs. Il se refuse à laisser faire les recherches dans ses répertoires à moins que la famille ne lui donne un tableau de sa parenté avec André Arnoux. Or il n'existe pa4» en Canada de membres connus de cette famille. Nous espérons cependant surmonter cette difficulté.
(2) Il avait pris la peine de faire évaluer par experts choisis entre les principaux marchands les loyers de toutes les maisons disponibles et habitables do Il ville. "Cf. sa lettre du 14 sept, 176* à Lord Halifax.'
avec Joseph Arnoux, comme procureur de sa belle-sœur, pour prendre à loyer comme résidence officielle, tout ce en quoi consistait le bel Hôtel Péan, cour, jardin et dépendances, moyennant un loyer annuel de 60 louis sterling, et en acquittant en sus la rente foncière due à l'Hôtel-i)ieu. Il l'habita jusqu'à l'automne de 1764.
Dans l'intervalle il avait fait réparer le château Saint- Louis et y transporta alors sa résidence comme gouverneur, après avoir remis l'Hôtel Péan à la veuve Arnoux. Joseph Arnoux, qui la représentait, mit alors comme tel la propriété en vente suivant annonce dans la Gazette de Québec du 1er novembre 1764, disant que la maison qu'avait habitée Son Excellence le Gouverneur, dans la rue Saint-Louis, en la haute-vilie, était offerte en vente " consistant en un corps de logis à rez-de-chaussée, composée d'une salle, quatre chambres, deux cabinets, une cuisine, un grenier avec différents appartements logeables, un second grenier sans appartement, avec voûte d'un bout à l'autre, glaces, trumeaux et les tableaux placés au dessus des portes ; cour hangar, écuries, remises, pigeonnier, glacière, citerne et jardin ;
•' Le terrain sur le front 102 pieds, et 133 pieds sur le derrière, sur 421 pieds de profondeur, entouré d'une bonne muraille de pierre."
On voit par là que cette belle résidence s'était conservée intacte à l'intérieur malgré deux mois de terrible bombardement. Elle consistait en un étage au-dessus du rez dechaussée, ce qui la mettrait à deux étages telle que décrite lors de la vente à Barbel. Elle est dite ailleurs à un étage bâtie en pierre avec perron en pierre, mais elle en avait certainement deux complets en 1811, après sa reconstruction par M. Monk.
Cette annonce n'empêcha pas Arnoux de la louer dans
l'intervalle, au profit de sa belle-sœur au receveur général Thomas Mills, qui en prit possession en cette qualité et en fit en même temps son habitation personnelle. S'y trouvant bien il en fit l'acquisition en son nom par son procureur Thomas Punn, le 29 mars 1766, de la veuve Arnoux, par son fondé de pouvoir spécial Joseph Arnoux, suivant procuration passée devant M très le Pot JD'auteuil et Le Noir, notaires au Châtelet de Paris, en date du 15 juillet 1763, transmise et déposée en l'étude de Mtre Saillant, notaire, à Québec, devant lequel cette vente fut consentie.
En effet, et c'est ce qui est important pour nous, comme preuve finale et complète,cet acte énonce que" la dite dame veuve Arnoux tant en son nom à cause de la communauté de biens qui a été entre elle et le défunt André Arnoux,son mari, que comme tutrice élue par avis et assemblée de parents, par acte émané de la Juridiction .Royale de Montréal le cinq septembre mil-sept-cent-soixante, aux nommés Magdeleine Arnoux, Adélaïde Arnoux, Marie Anne Arnoux, François Louis Arnoux,François Arnoux et Pierre Arnoux, enfants mineurs issus du mariage d'entre le dit feu sieur André Arnoux, et la dite Suzanne Levret, sa veuve, héritiers chacun pour un sixième de leur père, desquels le dit Joseph Arnoux est subrogé-tuteur, vend, etc., etc.
De plus la minute de la procuration ci-dessus est dite " restée entre les mains du dit Mtre Le Noir, notaire, dont. copie dûment légalisée a été eollationnée par les dits Saillant et collègue, notaires,avec l'extrait mortuaire, acte de tutelle et certificat à la suite des uns des autres qui sont demeurés annexés au dit acte de vente pour y avoir recours en cas de besoin." Ces documents ne se trouvent plus annexés à l'acte et sont adhirés,mais leur existence est ainsi prouvée authentique ment.
11 est à noter que les mêmes rentes ci-devant mentionnées
payables à l'Ilôtel-Dieu furent mises à la charge de l'acquéreur Mills. Le prix fut fixé à 18.000 livres de France, plus 400 livres en argent tournois par forme d'épingles ou de chapeau pour la veuve. Ce dernier détail confirme la réalité de la vente.
Pour tout terminer en ce qui concernait la location antérieure de la maison faite au gouverneur Murray et confirmée par arrêté de son Conseil, Thomas Dunn paya de ses propres deniers 840 livres de France pour 7 mois de loyer échus et en prit pour se refaire, une quittance subrogatoire devant le même notaire Saillant, le 15 avril 1766. Depuis lors on ne découvre rien pour suivre la famille des Arnoux en Canada, laquelle a du toute retourner en France.
Leur maison, rue Saint-Louis, passa (1778) des mains de Mills en celles de John Coffîn ; de celui-ci à William Grant qui en fit l'acquisition en 1782 et qui la vendit en 1783 à M. Monk, avocat-général. C'est pendant la jouissance de ce dernier que la maison fut incendiée le 6 septembre 1796 par le feu qui prit dans l'écurie voisine de M. Dunn à l'ouest, et alla le communiquer à l'église des .Récollets qui fut détruite de fond en comble.
Lavocat général Monk reconstruisit à deux étages ou répara sa demeure, puis la vendit conjointement avec son épouse au juge en chef Elmsley, par contrat passé devant Mtre Têtu, notaire, le 3 janvier 1803.
Quelques années après le gouvernement militaire ayant besoin d'un grand terrain en ville pour y construire des casernes pour les officiers et un hôpital militaire, jeta les yeux sur la propriété appartenant alors à Mde veuve Elmsley, comme légataire de feu son mari, et il en fit l'acquisition par acte devant Mtre Planté, notaire, en date du 5 avril
Il y fut stipulé, entre autres choses, que la vente était faite à la charge, entre autres, de paye, chaque année, 1er octobre,la rente foncière de 20 livres tournois aux Religieuses de l'Hôtel-Dieu de Québec, suivant le contrat par elle consenti à Jean -Baptiste Morin, sieur de Rochebelle, devant Rageot, notaire royal, en date du 9 octobre 1670. C'est le même titre de concession que nous avons cité en premier lieu.
Le prix d'achat fut arrêté à 4.000 louis sterling. Les autorités militaires firent alors commencer les casernes de la rue Saint-Louis sous la direction de feu M. James Thomson, le même déjà mentionné et dont le nom est historique à Québec ; et dans la construction il eut la bonne idée de conserver les voûtes de l'Hôtel Péan comme on peut les voir aujourd'hui (1) à l'encoignure est sur la rue Saint-Louis et la rue du Corps de Garde. Lorsqu'il fallut percer le mur il y a peu d'années pour introduire l'eau de l'aqueduc et le gaz, il résistait au pic par sa solidité et dureté. On peut remarquer aussi que le perron en pierre et l'entrée d'autrefois ont conservé la même position au centre de l'ancienne maison.
Les autorités militaires jugèrent à propos en 1821 d'amortir la rente due à l'Hôtel- Dieu par le paiement du principal.
En terminant nous offrons nos respectueux hommages et remerciements aux Révérendes Dames Religieuses de l'Hôtel-Dieu du Précieux Sang, et particulièrement à madame Révérende Mère St-André, dépositaire des archives de la Communauté qu'elle tient avec un ordre si intelligent,
(i) Nous les avons visitées en compagnie de Sir James LeMoine le 6 oet )bre dernier (1902). Elle-; sont parfaitement conservées ettiès fories.
de lour obligeance à nous communiquer les pièces, notes et renseignements indispensables qui nous ont mis à même de conduire à fin cette étude.
Eemarque. Nous n'avons pu trouver aucune preuve pour établir que la photographie de la vieille maison prise par M. Frederick-C. Wurtele en 1897 avant sa démolition pour faire place à la résidence actuelle et bureau de M. P. Campbell, numéro 45, rue Saint-Louis, eût été habitée ou possédée par un Arnoux en 1759, comme on l'a affirmé.
M. de Tilly, conseiller au Conseil Souverain, était propriétaire de ce lot en 1688.et de lui doit dériver le titre jusqu'à 1759. Alors et après cette date la famille Dubourg dit Picard et ses descendants apparaissent comme propriétaires. L'ancêtre est Pierre Dubourg dit Picard dont le nom apparait au recensement paroissial de 1715 et à celui de 1744-45. Il est le même dont descendaient Henri Dubourg, qui épousa Geneviève Gruay ou Gastonguay, ainsi que Marguerite Dubourg, épouse de Jean-Frs. Du val, aïeule de feu le juge en chef Duval, lequel devint avec le juge Polette, de Trois Rivières, les légataires de cette aïeule. Elle leur légua tout le terrain à partir de la maison actuelle du juge Caron à aller et y compris le terrain de M. P. Campbell, voisin du côté est de la propriété de l'autre feu juge et ensuite lieutenant-gouverneur Caron. (1)
Et rien n'indique jusqu'à présent, que le nom d' Arnoux ou de Montcalm, puisse se rattacher d'une manière quelconque à cette vieille maison qui se trouvait sur le lot que M. Campbell tient des héritiers Duval. La manière dont le chevalier Johnstone a formulé le passage qui va à préciser
(i) Cf. le plan de la vHIe de Québec, à l'IJôlel-de-ville, fait par Mire J -B. Larue, l'arpenteur d'office, en 1824, indiquant le tout sous le nom d'héritiers Duval,— et le cadastre officiel de la c|té. quartier Saint-Louis, qui le met sous ces mêmes nonn lors de J-a mise en force en 1872.
l'absence d'Arnoux et qui est continuée en énonçant que, malgré cette absence, Montcalm fut déposé et logé dans la maison d'Arnoux, et en identifiant celui-ci comme étant bien le chirurgien du Roi, nous paraît exclure toute idée d'un transport chez son frère, même en supposant que ce dernier aurait habité la rue Saint-Louis et la maison photo* graphiée comme telle et reproduite à cette fin dans l'ouvrage récent de M. Doughty, ouvrage d'ailleurs éminemment instructif.
Après ces données qui nous paraissent certaines, nous nous demandons en quelle autre maison d'Arnoux, auprès, on aurait pu trouver à panser et loger Montcalm. Cependant nous serions obligés à celui qui nous fournirait d'autres renseignements, plus précis encore, qui iraient à établir autrement, mais avec certitude, au moyen d'une preuve au. thentique, ou d'écrits dignes de foi, parfaitement satisfaisants, un point historique intéressant, demeuré jusqu'à présent indéterminé.
Mais nous devons réclamer contre ce que nous lisons dans un guidé courant de la cité de Québec.
Chambers' Québec Guide, p. 59 :
" Passing by Campbell's livery stable, in the office of which Montcalm expired in 1759, when it was Dr Arnoux surgery, we come on the same side of the street, to the old iashioned stone édifice, now bearing the number 59, which was presented 150 years ago by the French Intendant Bigot to the beautiful Angélique de Meloises, Madame
Péan, as a new year's gift, her hushand having been
sent away to a distant post, where every opportunity was afforded him of making a fortune."
De toutes ces diverses assertions, qui semblent puis es dans le roman de Kirby " The Grolden Dog ", nous n'en
voyons pas une seule qui puisse être affirmée authentiquement.
Ainsi allons donc chercher ailleurs quelque chose de mieux pour la bonne bouche.
Feu notre bon, spirituel et aimable ami Auguste Soulard, trop tôt enlevé à une brillante carrière au barreau et dans les lettres, va nous fournir une élégie qu'il a composée spécialement en souvenir de la mort de Montcalm. Elle est d'une simplicité charmante, d'une vérité de sentiments délicats qui vont au cœur. Elle est aussi pleine d'élégance dans la forme. Nous profitons de l'à-propos pour la tirer de l'oubli et en faire goûter la saveur :