‹ The Marquis de Villemer (volume 2)Chapitre 52 sur 113 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

GAROLINB.

Eh bien, ce jugement, ce conseil, je ne puis les Utiuver que dans ma propre expérience. Tenez, j'ai vu mon père mourir de chagrin pour avoir perdu la fortune qu'il me destinait. Il y avait, vous le voyez, quelque analogie avec la situation où se trouverait la marquise de Villemer si elle apprenait que votre ruine est irréparable. Je ne pouvais rien à cette douleur de mon père; jusqu'au dernier moment il m'en cachait la cause ; mais, s'il m'eût été donné de la guérir en immolant mon avenir, mes instincts, mes goûts, mes idées, mes affections... je sais bien que je n'aurais pas hésité. N'attendez donc pas que votre mère s'épouvante et s'affaiblisse, prenez garde I Quelque chose que vous décidiez aujourd'hui ou plus lard, pensez toujours à ceci : c'est que, quand nos parents aimés ne sont plus, tout ce que nous aurions pu faire pour leur rendre la vie heureuse et longue se présente devant nous avec une cruelle évidence I Les plus petitei? fautes deviennent alors des crimes, et il ne doit plus y avoir un moment de repos pour celui qui garde le souvenir d'une douleur sérieuse infligée par lui à la mère qui n'est plus.

URBAIN

Vous avez raison, mademoiselle de Saint -Geneix, la raison terrible d'une personne qui n'a jamais aimé et qui n'aimera

jamais I (n tombe sur le fauteuil à gauche.)

CAROLINE, s'approchant de lui.

J'aime votre mère ici avant tout, monsieur le marquis. Vous me chargez de lui porter un coup mortel... Eh bien, le courajie me manque, à moins que vous ne me chargiez aussi de lui laisser l'espérance... Vous y réfléchirez. {EUe salue et son à droite.)

Page 1