SCÈNE PREMIÈRE
CAROLINE, LE DUC
Caroline examine des livres qui sont sur les rayons et prand des notes sur un carnet h main, puis revient écrire sur un registre qui est sur le bureau à gauche. — Le duc entre par le fond, tenant un journal; il fume et vient se jeter sur le canapé à droite.
LE DUC
Ouf I (Voyant Caroline.) Atil pardon, mademoiselle de Saint- Geneix, je viens fumer ici, moi... Je ne vous voyais pas!
CAROLINE, qui vient de s'asseoir près du bureau.
Fumez, fumez, monsieur le duc.
LE DUC Non, mon ci g ire ne vaut rien. (U le jette 1>ar la croisée à droite et revient s'appuyer sur le dos de la chaise de Caroline.) ËSt-Ce qU3 je VOUS
dérange ?
CAROLINE, se levant et remontant au fonda droite.
Pas du tout, monsieur le duc.
LE DUC, la sairant.
Vous m'appellerez donc toujours monsieur le duc?... A la ^
campagne !
CAROLINE
Comment vous appellerais-je ?
Dame I je ne sais pas, moi!... Monsieur... monsieur...
CAROLINE, retournant au bureau. ^
Ne cherchez pas, vous ne trouverez rien ; à Séval comme à il
Paris, vous êtes monsieur le duc. (Eiie remoate à gauche.]
LE DUC
C'est juste, au fait! (ura près d'eUe.) C'est bien gentil, la campagne, n'est-ce pas?
CAROLINE
C'est ravissant; vous ne profitez pas de cette belle soirée ? (Eiie
Ta pour s'asseoir au bureau, elle y trouve le duc assis.) ■
LE DUC. * '
Non, il fait trop chaud, et puis le soleiPyous crève les yeux. Vous autres femmes, vous avez des ombrelles; nous, on nous les fait porter... à l'ombre. Or, comme ça ne m'amuse pas de servir de page à madame d'Arglade, je venais... (n lui ôte des mains le
registre qu'elle consulte, et l'attire à lui, en posant les coudes dessus.) NouS
a-t-elle fabriqué assez d'histoires pendant le dîner!
CAROLINE
Fabriqué?... Non ! Léonie a une qualité à laquelle madame' ^
votre mère rend justice ; elle ne ment jamais.
LE DUC
C'est vrai! (Caroline remonte au fond & droite.) Seulement, quand ,
elle a bien constaté l'innocerice des gens, il n'y a plus qu'une opinion sur leur comj)le.
Laquelle ?
LE DUC
C'est qu'ils méritent la corde.