‹ The Marquis de Villemer (volume 2)Chapitre 69 sur 113 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

PIERRE

Mademoiselle a du chagrin ?

CAROLINE

Ça passera.

PIERRE

Ce n'est pas M. le duc?...

CAROLINE

M. le duc ? Mais c'est un excellent homme I

PIERRE

Et l'autre? (CaroUne s'assied sar le canapé.) M. le marquls n'eSt

pas toujours bien pour vous ; il vous parle durement.

CAROLINE

Oh ! il me parle si peu I

Vous vous déplaisez ici ?

CAROLINE

Non ! mais quelquefois je pense au passé. C'est si bon d'être chez soi ! On est aimé, respecté, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse. Les étrangers ne sont pas si indulgents; ils vous jugent comme ils peuvent, et, s'ils s'ennuient ou s'ils ont de l'humeur, ils s'en prennent à vous sans savoir pourquoi. — ^ Et puis, soimême, on ne les comprend pas toujours; on craint de s'intéresser à eux plus qu'ils ne veulent, et, si on y met de la discrétion, ils vous accusent d'ingratitude. Enfin, nous sommes ici pour^supporter des contrariétés 1 (Eiie se lève.)

PIERRE

Moi, oui. Mais vous n'avez pas été élevée à ça, et, si ça allait trop loin, je vous emmènerais.

CAROLINE

Toi, Pey raque?

PIERRE

Je vous dirais : il le fauti

CAROLINE

Bien; et tu me conduirais?...

PIERRE

Chez nous. Ma femme vous trouverait de l'ouvrage; vous Tavez dit, on est toujours mieux chez soi que chez les autres.

CAROLINE

Et je serais chez moi dans ta maison? {AUant à lui.) Merci, bon cœur I mais il faut que je reste encore ici. (EUe passe à

droite.)

PIERRE

Pourquoi ?

CAROLINE

Je sais que, sans me rien dire, M. de Villemer s'occupe de placer mes neveux au collège. Je veux servir sa mère tant que je pourrai pour m'acquitter.

PIERRE

Si c'est lui qui vous traite mal, pourtant ?

CAROLINE

Ah!... si je viens, je ne sais pourquoi, à déplaire, j'espère qu'on aura la franchise de me le dire. — Mais porte donc cette

note. (Pierre va pour sortir à droite; il voit que Caroline est allée s'asseoir près du bureau et qu'elle sanglote; il revient près d'elle.) ,

PIERRE

Mademoiselle Caroline I excusez-moi, je vous appelais comme ça quand vous étiez petite; je ne savais pas beaucoup vous amuser, mais je vous consolais quelquefois. Si ma femme était là, elle vous dirait... Mais je ne sais guère ra'expliquer, moi I

CAROLINE, lui tendant la main.

N'importe 1 parle-moi, mon amil je n'ai plus de père... je n'ai plu^ personne au monde pour me conseiller, pour me protéger...

PIERRE

Ah! je ne suis qu'un domestique, et je ne peux pas vous défendre ! Mais, en pensant à vos parents qui étaient si fiers, si

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