ACTE TROISIÈME
Donc, vous m'approuvez de clioisir votre frère ?
LE DUC
Je vous approuve et je vous admire.
DIANE
Eh bien, et vous qui Tadm irez aussi ?
LE DUC
Oh ! hîoi, je n'y ai pas de mérite. Je ne peux pas faire autrement ! vous le devinez, vous, et moi, je le connais^
Alors, si je ne le plaçais pas d'emblée au-dessus de vous et de tous les autres hommes, je n'aurais pas le sens commun? Écoutez pourtant.
DUNIÈRES.
J'écoute !
LE DUC
Ah! Dunièresl...
LA MARQUISE, bA8.,à Dunières.
Taisez-vous donc ! J'écoute aussi !
DIANE, au duc.
Il m'a dit une chose qui me donne à réfléchir: « N'épousez jamais qu'un homme qui vous aimera passionnément I » Ça veut peut-être dire : « Moi, je ne vous aime pas du tout. »
LE DUC
Ou bien : «J'attends que la passion vienne vaincre la fierté. »
DIANE
Pourtant, dans les romans de chevalerie...
LE DUC
Oh ! dans les romans de chevalerie, toutes les dames ont pour marraines des fées, qui font qu'on les aime à première vue; an lieu que, dans le triste monde où nous vivons, il faut que -la femme trouve en elle-même la puissance de son charme. La vôtre est réelle et de bon aloi; exercez-la. Devant un cœur jeune
116 LE MARQUIS DE VILLEiMER.
et généreux, ayez confiance ; et, comme vous ne ferez cet essailà qu'une fois en votre vie, faites-le à coup sûr, mon frère en est digne.
DUNIÈRES, entraîné.
Très-bien I
DIANE
Ah ! V0U& écoutiez? C'est très-mal I
DUNIÈRES.
C'est possible; mais ce qu'il a dit, c'est très-bien! (ii se lère et va au duc.) Duc, VOUS ôtes un homme charmant !
LE DUC
Quand je vous le disais 1
DUNIÈRES, à Diane.
Sur ce, allons-nous-en ; on n'y voit plus, et la partie d'échecs
s'en est ressentie. ( Pierre entre avec une lampe aUumée, qu'il pose sur la table.)
DIANE
Ah I mademoiselle de Saint-Geneix est rentrée?
PIERRE
Oui, mademoiselle. (Il ya fermer la croisée de droite et sort par le fond.)
DUNIÈRES.
Allons, partons 1
Mais attendez que je me résume, (au duc.) Si vous alliez demander la voiture, vous?
' LE DUC
C'est-à-dire que vous n'avez plus besoin de moi ici. (n remonte et revient.) FauHl atteler les chevaux moi-même ?
DIANE
Cela n'est pas nécessaire; ils sont si raisonnables, qu'ils s'attellent tout seuls. (Le duc sort par le fond.)