‹ The Ontario high school French reader [microform]Chapitre 15 sur 35 · ALPHONSE DAUDET · texte numérisé non relu

ALPHONSE DAUDET

de lire l’affiche, me cria

“# Ne te dépêche pas tant, petit: tu y arriveras toujours assez tôt, à ton école !”

Je crus qu’il se Mmoquait de mu, et t'entrai tout essoufl

dans la petite cour de M. Hamel

D’ordinaire, au commencement de la classe, il se faisait an grand tapage qu’on entendait jusque dans la rue, les pupitres ouverts, fermés, les lecons qu'on repetait tr aut tous ensemble en se bouchant les oreilles pour mieux a! prendre, et la grosse r le du maître qui tapait sur l table

Tin n ll di ailence !” Je comptais sur tout ce train pour gagner mon banc sans

: = n t m à dust Àbati ‘11 | etre VU: maAIS Iusterment 6 jJour-i4 LOUL CLAait tranquille,

comme un matin de dimanche. Par la fenêtre ouverte je

voyais mes camarades déjà rangés à leur place, et M.

Hamel, qui passait et repassait avec la terrible règle en fer

sous le bras. I] fallut ouvrir la porte et entrer au milieu

de ce grand calme. Vous pensez si J'étais rouge, et si = J AVais peur,

Eh bien, non. M Hamel me regarda sans colère et me dit très doucement :

“ Va vite à ta place, mon petit Frantz; nous allions commencer sans toi.”

Je jambai le banc et je m'assis tout de suite à mon

pupitre. Alors seulement, un peu remis de ma frayeur, je remarqual que notre maître avait sa belle redingote verte, son Jabot plissé fin et la calotte de soie noire brodée qu'il ne mettait que les jours d'inspection ou di distribution de

prix. Du reste, toute la classe avait auelaue h » d’extr:

iu( que Cnos( Ktraordinaire et de solennel. Mais c qui me surprit le plus, ce fut de voir au fond de Ja salle, sur les bancs qui restaient vides d'habitude, des gens du village assis et silencieux

comme nous, le vieux Haus r Avec son tricorne, ancien

maire, l’ancien fa teur, et puis d’autres per onnes encore

Tout ce monde là paraissa

un viei écédaire mangé aux hord qu'il tenait grand OU I { enoux IiVEC ses rosspse inettfe Pose en nl 1 travel] 1 im

Pendant lé M étonnais de tout cela, M Hamel était nonté dar i Chaire, « te la même voix douce et grave dont il m'avait recu, il nous dit:

‘Mes «1 lants, c’est la dernièr fois que je vous fais la

Class L'ordre est venu di Berlin de ne plus enseioner que l'allemand dans les écolos le l’Alsace et de la Lor rain. Le nouveau iîtr rrive demain \ujourd’hui

t vot lerni leçon di in Je vous prie d’être

bien attentif

ana

msomenremrmsemans vouée sind

IHiGH SCHOOL FRENCH READER D 4 Ces quelques paroles me bouleverserent. Ah! les miserales, voilà ce qu'ils avaient affiché à la mairie

Ma dernière lecon de francais !

Ft moi qui savais à peine écrire! Je n'apprendrais done jama.:! Il faudrait donc en rester là! Comme je m'en voulais maintenant du temps perdu, des classes manquées

à courir les nids ou à faire des glissades sur la Saar! Mes

hvres que tout à l’heure encore je trouvais s1 ennuyeux, Sl lourds à porter, ma grammaire, mon histoire sainte, me semblaient de vieux amis qui me feraient beaucoup di

peine à quitter. C’est comme M. Hamel. L'idé qu'1l allait partir, que je ne le verrais plus, me faisait oublier les punitions, les coups de règle,

Pauvre homme !

C’est en l'honneur de cette dernière classe qu'il avait mis ses beaux habits du dimanche, et maintenant je comprenais pourquoi ces vieux du village étaient venus s'asseoir au bout de la salle. Cela semblait dire qu'ils regrettaient de ne pas y être venus plus souvent, à cette école. C'était aussi comme une facon de remercier notre maître de ses

quarante ans de bons services, et de rendre leurs devoirs

à la patrie qui s’en allaït

J'en étais là de mes réflexions, quand j'entendis appeler mon nom. C'était mon tour de réciter. Que n’aurais-je pas donné pour pouvoir dire tou au long cette Tameus règle des participes, bien haut, bien clair, sans une faut mais je m’embrouillai aux premiers mots, et je restai

lebout à me balancer dans mon banc, le cœur gros, sai oser lever la tête. J’entendais M. Hamel qui me parlait:

& Je ne te gronderai pas, mon petit Frantz, tu dois être

assez puni. Voilà ce que c’est. Tous les jours on se dit: Bah! ai bien le temps. J’apprendrai demain Et puis

tu vols ce qui arrive. Ah! c’a ete œrand malheur de

notre Alsace de toujours remettre son instruction à demain

Maintenant ces gens-là sont en lroit de nous dire : Com

ment! Vous prétendiez être ] ranÇaIs, et vous ne savez ni parler ni écrire votre langue! Dans tout Ça, mon pauvre Frantz. e n’est pas encore to; le plu coupable, *YOUS

a VONS Tous notre bonne part de ches à nous faire.

Vos parents n’ont pas as 1 À US voir instruits.

[ls aimaient mieux vous ENVOYer travailler à la terre ou aux

lilatures pour avoir quelques sous de plus. Moi-même.

n’ai-je rien à me reprocher? Est-ce que je ne vous ai pas souvent fait arroser mon jardin au lieu d travailler? Et

quand je voulais aller pêcher des truites, est-ce que je me

énais pour US donn: r congé 2?” à

Alors, d’une chose à l’autre, M. Hamel se mit à nous arler de la langue { inçaise, disant que c'était la plus belle angue du monde, la plus claire, 1a plus solide. qu'il fallait la garder entre nous et ne Jamais l’oublier. parce que quand

un peuple tombe esclar

{ Sclave, tant qu'il tient bien sa langue.

est Commit ïl tenait Îa clef di oh prison Puis il prit

une grammaire et nous lut not leçon. J'étais ét nné de

YoIr Comme je comprenais. Tout ec qu'il me disait me semblait facile, facile. Je rois aussi que je n’avais Jamais | bien écouté et que lui non plus n'avait Jamais mis autant de patience à ses explications, On au ut dit qu'avant de dE à

> CN aller je paux

fe nomme Voulait nous donne r tout son

avoir, nous le faire entrer dans la tête d’un seul UD,

La lecon finie, on passa à lPecriture Po jour-là M Han ho iValt repare des exembli tout nou sur esqu etait écrit en bell. ronde lrance: { LH fra)

1 / ’ Cela faisait co ne di etits drapeaux qi flot talent tout utoul la class pendus à la tringle de nos upitre | lai HT comm Icun s’appliquait, et quel silence! On n’ent. ndait que le grincem nt des plume sur le papier Un moment di lannetons entrèrent : mai person] NY Ut attention. pa même | tout petits, qui

s’appliquaient à tracer leurs bâtons avec un cœur, une conscience, comme si cela encore était du français. Sur la toiture de l’école, des pigeons roucoulaient tout bas, et je me disais en les écoutant :

“ Est-ce qu’on ne va pas les obliger à chanter en allemand, eux aussi ?”

De temps en temps quand je levais les yeux de dessus ma page, je voyais M. Hamel immobile dans sa chaire et fixant les objets autour de lui, comme sil avait voulu emporter dans son regard toute sa petite maison d'école...

iace,

Pensez! depuis quarante ans, il était 1à à la même p avec sa cour en face de lui et sa classe toute pareille. Seulement les banes, les pupitres s'étaient polis, frottés par l'usage ; les noyers de la cour avaient grandi, et le houblon qu'il avait planté lui-même enguirlandait maintenant les fenêtres jusqu'au toit. Quel crève-cœur ça devait être pour ce pauvre homme de quitter toutes ces choses, et d'entendre sa Sœur qui allait, venait, dans la chambre au-dessus, en

train de fermer leurs malles!

lendemain, s’en aller du pays pour toujours.

Tout de même il eut le courage de nous faire la classe

car ils devaient partir le

jusqu’au bout. Après l'écriture, nous eûmes la lecon d’histoire; ensuite les petits chantèrent le BA BE BI BO BU. Là-bas au fond de la salle, le vieux Hauser avait mis ses lunettes, et, tenant son abécédaire à deux mains, 11 épelait les lettres avec eux. On voyait qu’il s’'appliquait, lui aussi ; sa voix tremblait d'émotion, et c'était si drôle de l'entendre, que nous avions tous envie de rire et de pleurer, Ah! 7} m'en souviendrai de cette dernière classe.

Tout à coup lhorloge de léglise sonna midi, puis l’'Angelus. Au même moment, les trompettes des Prus {

l’oxcrcice écla

on 131 ovonaiont dla re 1e siens qui revornaierit {it 1 CXCIUA érent SOUS no

fenêtres... M. Hamel se leva, tout pâle, dans sa chair

Jamais il ne m'avait paru si grand.

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