LE CORBEAU ET LE SERPENT CAPEL
« Un corbeau s'était abattu sur un cobra-capel et il allait lui briser le crâne pour le dévorer ensuite paisiblement.
« — Que vas-tu faire? lui dit le serpent, vois comme je suis mince, c'est à peine si mon corps te fournira un seul repas.
« Pourquoi ne ferions-nous pas alliance ensemble ? je rampe et tu voles, et, en unissant nos forces, nous ne manquerions jamais de rien.
« — Je le veux bien, répondit le corbeau, mais si tu me trompes je saurai bien te reprendre, et cette fois ne compte pas sur ma pitié.
FABLES PARIAHS. 2i3
« Rendu à la liberté, le cobra guida son compagnon vers un petit bois situé non loin d'un temple dédié à Vischnou, où de nombreux pèlerins venaient chaque jour déposer leurs offrandes.
« — Pendant que je vais me cacher dans les broussailles, dit. le serpent à son compère, perche-toi au sommet d'un arbre et avertis-moi, par tes cris f si quelque voyageur vient se reposer dans ce bois.
« Sur le soir un sannyassis 1 , après avoir fait ses dévotions à l'autel du dieu, vint se coucher à l'ombre d'un multipliant 2 .
« Immédiatement le corbeau fit entendre le signal convenu, et le cobra, sortant de sa cachette, s'approcha en rampant du pèlerin et, le mordant sous la plante des pieds, lui ôta la vie à l'aide de son venin.
« Le corbeau appela immédiatement tous ses proches, et ensemble ils se jetèrent sur le cadavre qui leur procura une abondante pâture.
« Pendant ce temps-là, le cobra se délectait près d'une tiselle de lait que le sannyassis avait déposée sur l'autel de Vischnou.