‹ The pariah dans l'humanitéChapitre 34 sur 57 · I. Pariah jongleur et comédien ambulant · texte numérisé non relu

I. Pariah jongleur et comédien ambulant

après de longs efforts à rendre la liberté à l'animal.

« Mais au moment où il réclamait sa récompense, le crocodile le saisit par la jambe avec ses dents et réunit tous ses efforts pour l'entraîner au fond de l'eau.

« — "Ah coquin, ah scélérat, c'est donc là ce que tu m'a promis? exclama le malheureux.

« — De quoi te plains-tu, lui dit le crocodile, et de quoi auras-tu besoin lorsque je t'aurai mangé? remercie-moi plutôt de t'enlever aux épreuves de cette vie misérable.

« Ne connais-tu pas cette parole d'un sage : il vaut mieux être assis que debout, couché qu'assis, et mort que couché?

« — Perfide, c'est donc là ce qui m'attendait pour t' avoir sauvé? Garde ta philosophie et laisse-moi ma vie misérable.

« — D'où sors-tu donc, poursuivit l'animal, pour ignorer que chacun çur la terre rend le mal pour le bien ? ♦

« Je veux bien suspendre l'exécution de mon projet et interroger des arbitres. Si tu en trouves un seul qui ne soit pas de mon avis, je te fais grâce de la vie.

« Le dombarou accepta, et interrogeant un cocotier qui inclinait sa cime élevée sur le bord du fleuve, il lui demanda s'il était permis de rendre le bien pour le mal.

« — Gomment peux-tu m'adresser une pareille question ? répondit le cocotier. Ne sais-tu pas que c'est précisément la conduite que tes pareils tiennent envers moi?

« Je les nourris de mon fruit, je les rafraîchis de mon eau, mes feuilles qu'ils coupent servent à couvrir leurs cases, et comment me récompensentils des services que je leur rends ?

« Dès que la vieillesse vient tarir ma sève et que je ne produis plus de fruits, ils me coupent et m'arrachent la vie pour planter un arbre plus jeune.

<a J'ai toujours vu que les hommes avaient pour habitude de faire du mal à ceux qui les nourrissent.

« Le dombarou, s' adressant alors à une vieille vache qui pâturait l'herbe rabougrie des bords du fleuve, lui posa la même question.

« — Tu as tort de me demander pareille chose, répondit le pauvre animal. J'ai labouré les terres des

hommes, je les ai nourris de mon lait, je leur ai donné mes enfants pour les servir.

« Et maintenant que je ne suis plus bonne à rien, mon maître m'a chassé pour n'avoir pas à subvenir à mes besoins, et me voilà errant dans les lieux déserts, jusqu'à ce que je devienne la proie des bêtes féroces.

« La question fut adressée une troisième fois à un chien qui vint à passer, et il répondit :

« — Je caresse mon maître, je le défends, je surveille les voleurs qui veulent s'introduire dans sa maison, et je ne reçois que des coups.

« — En voilà assez, dit alors le crocodile, et tu ne saurais te plaindre que j'agisse comme tes semblables, et, malgré les plaintes dudombarou, il l'entraîna sous les flots.

« Ne rends jamais service à personne si tu ne veux courir à ta perte.

« Souviens-toi qu'un bienfaiteur est un fardeau plus lourd à porter que la tour que Ton charge sur les éléphants de guerre. »

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