Date astronomique
tombe) défendit aux tchandalas (pariahs) de s'emparer des fruits tombés des arbres, de ramasser le bois mort et les herbages de la forêt, de glaner les grains après la moisson, et cela pendant toute la durée de la famine , toutes les ressources de la terre devant être réservées pour la nourriture des gens de bonne caste. A la suite de cet édit , pendant toute la saison sèche , des centaines de mille de tchandalas quittèrent la [terre du lotus (l'Inde), et émigrèrent vers les contrées inconnues de l'ouest. »
(Avadana-Sastra, Traditions historiques, 2 e partie.)
Dans notre volume actuellement sous presse, les Traditions indo-européennes et africaines, nous étudions dans tous ses détails, par les mœurs et le langage, la marche de l'émigration pariah dans le monde, émigration qui eut les mêmes causes que celles qui poussent actuellement la race germanique vers le Nouveau-Monde, la misère. Nous n'avons donc pas à traiter cette question ici. Cependant, nous ne pouvons résister au désir de signaler, en terminant, un des points de contact les plus étranges que l'ethnographie puisse rencontrer entre les pariahs des forêts de la côte malabare, et les Gafres qui habitent la côte est de l'Afrique.
Ethnographes et voyageurs sont d'accord pour assigner aux Cafres une origine asiatique. Barrow les
lait venir d'Arabie, Liechtenstein d'Abyssinie; mais ces deux opinions ne se contredisent qu'en apparence, car on sait qu'il faut également chercher pour les Abyssins un autre berceau que celui de la terre africaine.
Nous avons déjà, dans les Traditions indo-asiatiques, émis l'opinion que Ton pouvait rattacher ces peuples à la grande race des tchandalas de l'Inde ; nous allons en donner une preuve nouvelle par une coutume qui nous paraît originaire du Deccan.
Dans la première partie de cet ouvrage, nous avons donné redit d'Agastya, qui soumettait les tchandalas à la circoncision. Cette pratique s'est conservée jusqu'à nos jours* chez les pariahs de la côte est de l'Inde, et voici le cérémonial auquel elle est soumise.
La circoncision ne se pratique pas dès la naissance de l'enfant pariah, mais seulement quand il arrive à l'âge de puberté. C'est par cela que l'adolescent entre dans la classe des hommes faits. Cette cérémonie n'a jamais lieu pour tin seul individu, mais pour tous les jeunes gens d'un village ou campement qui atteignent l'âge de la virilité la même année.
Parmi les différentes classes de pariahs, les dom* barous seuls oni le droit de circoncire; on attend alors le passage de quelques individus de cette tribu, pour leur confier l'opération, qu'ils doivent mener à bonne fin j usqu'à parfaite guérison.
Pour cela tous les jeunes gens sont conduits dans un lieu écarté; on leur construit un pandal, recouvert de feuillage, qui leur servira de demeure pendant le temps de leut retraite. Les dombarous les font coucher sur un lit d'herbes sèches, et, avec des morceaux de silex qu'ils savent partager en éclats aussi acérés qu'un rasoir, ils les opèrent tous les uns après les autres, et le même jour, entre le lever et le coucher du soleil.
Il faut un éclat de silex pour chaque patient, la coutume s'oppose à ce que le même puisse servir pour tous.
Après l'opération, les dombarous placent sur chaque plaie des herbages, connus d'eux seuls, qu'ils écrasent entre deux pierres et qu'ils changent trois fois par jour jusqu'à la guérison.
Pendant six semaines les jeunes pariahs restent sous la garde des dombarous, ils ne sont soumis à aucun travail, et le village pourvoit abondamment à tous leurs besoins, ainsi qu'à ceux de leurs opérateurs. Tous les matins ils doivent s'oindre le corps avec une préparation de chaux et de safran mélangés, et passer le reste de la journée à se distraire en écoutant les contes et les récits que leur font les femmes des dombarous.
Ce temps écoulé, on recueille dans la grande case de feuillage tous les objets qui ont servi aux jeune s
circoncis, vêtements, panelles, plats de terre, etc., et on met le feu au pandal ; lorsque les cendres sont refroidies, opérateurs et opérés s'en barbouillent le corps et se rendent au bain.
Ceci fait, les dombarous reçoivent leur salaire; une toile neuve, pour se ceindre les hanches, est donnée à tous les jeunes gens par leur famille, et, à l'issue d'un repas grossier qui se termine d'ordinaire par une orgie, chacun retourne à $eS affaire^. Les jeunes pariahs sont élevés à la dignité d'homme et peuvent se choisir la pauvre compagne, qui portera tout le fardeau de l'existence commune.
Voici maintenant/ d'après Barrow, Liohstenstein, Levaillant, Campbell, Kay, Thunberg et Hœffer, la môme coutume relevée chez les Cafres.
L'époque de la circoncision. est chez les Cafres, pour le jeune homme, celle d'un grand changement dans son genre de vie, elle le place au rang des hommes faits,. aussi les -Cafres, pour dire que l'un d'eux a été circoncis, emploient-ils l'expression « il a été fait homme. »
Non plus que dans l'Inde, la Girconcision n'est jamais pratiquée comme une cérémonie individuelle.
Lorsqu'il se trouve dans une horde un certain nombre de jeunes hommes qui ont atteint l'âge de puberté, ou qui sont près d'y arriver, on les rassem-
ble pour subir la circoncision; ordinairement on choisit pour cela le temps qu'un fils du chef est parvenu à l'âge requis pour cette cérémonie. Alors on les conduit tous ensemble dans une hutte préparée exprès pour leur servir de demeure f et on leur remet un nombre suffisant de vaches pour leur fournir du lait. Ce breuvage est leur unique nourriture, ils doivent rester trois mois isolés dans cette demeure. Le chef paraît ensuite avec un cortège nombreux dont les femmes sont exclues ; en même temps arrive celui qui est chargé de faire l'opération. Personne n'est exclusivement privilégié pour s'acquitter de cette fonction. Il suffit, contrairement à ce qui a lieu chez les pariahs de l'Inde, d'avoir l'adresse nécessaire pour être admis à l'exercer.
Ceux qui en font profession, comme les dombarous, voyagent d'une horde à l'autre, et trouvent dans cet état de quoi gagner leur vie. On couche le néophyte sur le dos, on lui tient les bras et les jambes étendues, et un homme robuste se couche entravers sur sa poitrine pour empêcher jusqu'au moindre mouvement dont les suites pourraient être funestes.
La circoncision s'opère avec la pointe acérée d'un petit fer de javeline, et on applique des simples, assujettis par des feuilles, sur la partie du corps opérée.
Les nouveaux circoncis sont obligés de se peindre aussitôt tout le corps avec une lessive de chaux, et de répéter la même chose chaque jour, jusqu'au moment de l'entière guérison.
Pendant ce temps ils ne sont assujettis à aucun travail, ils cueillent sans opposition les fruits et les maïs dans les jardins et champs cultivés. Ils passent le temps de cette espèce de noviciat à jouer et à se récréer entre eux.
Chaque matin ils sont visités par ceux qui ont fait l'opération et qui leur apportent des herbes fraîches pour leur pansement.
Quand les nouveaux circoncis sont entièrement guéris, on rassemble tous les vêtements qu'ils portaient avant leur circoncision, ainsi que les outres et les vases à lait dont ils se sont servis pendant leur réclusion, on en fait un tas dans la hutte qu'ils ont habitée, et on les brûle ainsi que la hutte ellemême.
Les npuveaux circoncis se lavent ensuite pour enlever la couche de chaux qui les couvre, et les opérateurs les conduisent aux chefs du village.
Là chacun reçoit de ses parents un vêtement neuf; sur des nattes étendues sont étalées deux rangées de corbeilles dont les unes sont remplies de millet bouilli et les autres de lait; les jeunes hommes se rangent à Tentour, et il est d'usage dans ce repas
de cérémonie d'observer la plus rigoureuse sobriété ; mais les parents et invités sont libres de se laisser aller à leurs goûts, et ces réunions se terminent assez généralement par des excès de toute nature.
Telle est la coutume observée chez les pariahs indous et les Cafres ; il est difficile de croire qu'elle n'a pas chez les deux peuples la même origine, en présence de ce fait surtout que, d'un côté comme de l'autre, elle n'emprunte rien à l'idée religieuse.
Nous signalons ces bien singuliers rapprochements, pour faire comprendre l'importance des travaux que notre prochain volume contiendra sur la question.
Jusqu'ici la science ne s'est guère occupée que des émigrations guerrières de la race brahmanique, que des émigrations des conquérants; nous démontrerons que les émigrations des déclassés, des esclaves, des tchandalas, des pariahs, ont été dans l'antiquité plus importantes encore peut-être, et qu'elles ont peuplé des continents que nul n'a songé jusqu'à ce jour à rattacher à l'Inde.
Le fait de l'émigration par conquête n'a qu'un temps, les guerriers finissent par s'acclimater sur un sol et y demeurer. L'émigration de la misère est constante, plus les sociétés vieillissent et plus elle se développe.
Dans quelques milliers d'années , on tentera de
retrouver les causes de l'émigration européenne, qui aura peuplé les deux Amériques, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, TOcéanie... Accomplissant la même œuvre sur les sociétés de l'Inde ancienne, nous allons bientôt essayer de retrouver, dans le monde, les traces laissées par les émigrés pariahs, dont nous venons d'étudier aux sources mêmes la situation intellectuelle et sociale.