SCÈNE PREMIÈRE
JEAN, un plumeau à la main.
Il faut que je commence l'année par un acte de courage. Je parlerai; oui, je parlerai, pas plus tard quecematin; je l'ai promis à ma sœur. Nous avons besoin d'une aide, c'est sûr. Julie esl une fille honnête, consciencieuse... c'est tout naturel, puisque c'est ma sœur; c'est dans l'intérêt de monsieur de la prendre plutôt qu'une inconnue, qui négligera son service et
qui fera danser l'anse du panier. Et quelbonlieur pour moi de voir toute la journée celte bonne petite sœur que j'aime tant ! La difficulté est de faire consentir monsieur. Si Julie était vieille, ça irait tout seul; mais elle a vingt ans et monsieur ne peut souffrir la jeunesse. Enfin, il faut essayer. Julie veut absolument que nous nous réunissions, et moi je le veux aussi. Je pourrais entrer chez la maîtresse à Julie; mais, depuis dix ans que je sers monsieur, ça me serait dur de le quitter; car il a beau être grondeur et difficile à contenter, il est bon au fond. Jel'ai bienvu quand j'étais malade; il m'a fait soigner comme un prince dans une maison de santé, et quoique ça ait duré trois mois, il n'a rien retenu sur mes gages. Oui! c'est un digne cœur ! Et, bien qu'il soit souvent un terrible homme, tel qu'il est, j'aide l'attachement pour lui, jel'aime. Je me suis toujours dit que ce qui le rend rude comme il l'est, c'est de n'avoir ni femme ni enfants, personne à aimer. Enfin, ça le regarde. Je vais tout de même lui parler pour ma sœur. Oui, je parlerai, et il aura beau me faire les gros yeux, j'irai jusqu'au bout. C'est que, quand monsieur se fâche, il n'est pas commode; ça, c'est sûr. Il se fâchera pour commencer, je peux compter là-dessus. Comment vais-je m'y prendre pour l'aborder? Supposons que monsieur est assis dans ce fauteuil et essayons
de parler. ;// /oiM*e.)Hem! hem ! monsieur, je vous souhaite bien la bonne année, et je veux vous dire, à cette occasion, que Pernette ne peut plus tout faire; elle est bien trop vieille, et elle dit qu'elle s'en ira si monsieur ne lui donne une aide. Or j'ai ma sœur, un peu jeune, mais si raisonnable! Elle aimerait entrer chez monsieur, cela lui serait bon d'être avec moi, et si monsieur n'y consentait pas, dame! elle se dit que ce serait très malheureux puisqu'il n'y aurait plus pour moi qu'une chose à faire : entrer chez la dame qu'elle sert. — Eh bien, ce n'était pas plus difficile que cela. Il est vrai que monsieur n'est pas là; mais, c'est égal, à présent que je sais bien ce qu'il faut dire, je ne me laisserai pas intimider. Il me tarde que monsieur sorte de sa chambre; car, entîn, quand on est décidé à faire une chose pénible, il vaut mieux n'avoir pas trop de temps à y penser... Ah! mon Dieu, j'entends monsieur, [iis'enfuu.)