‹ Théâtre à la maison et à la pensionChapitre 17 sur 109 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MONSIEUR GRIMARD, JEAN JEAN, entr'ouvrant timidement la porte. Je VOUS la

souhaite bonne, monsieur.

MONSIEUR GRIMARD. — Pourquoi eutres-tu ? T'ai-je appelé?

JEAN. — Non pas, monsieur, mais... [a part.) C'est le moment.

MONSIEUR GRIMARD. — Je te demande pourquoi tu viens me déranger?

JEAN. — Monsieur m'excusera, c'est le premier de l'an.

MONSIEUR GRIMARD. — Je le sais de reste.

JEAN. — Et je voulais souhaiter à monsieur toute sorte de bonheur, de prospérité, de...

MONSIEUR GRIMARD. — J'ai bien affaire de tes souhaits! Ne sait-on pas ce que valent vos compliments et vos révérences, à vous autres, et que vous envoyez vos maîtres à tous les diables?

JEAN. — Oui, ça arrive quelquefois.

MONSIEUR GRiMARD. — Il en couvient ! Cela étant, dispense-toi de ces simagrées qui n'ont d'autre but que de nous soutirer des élrennes.

JEAN, blessé. — Si c'était là mon intention, il y a longtemps que je ne souhaiterais plus la bonne année à monsieur.

MONSIEUR GRIMARD. — Tu vcux dire que je ne te donne pas d'étrennes?

JEAN. — C'est sans reproche, au moins.

MONSIEUR GRIMARD. — Est-cc que je te dois quelque chose?

JEAN. — Non, monsieur.

MONSIEUR GRIMARD. — Est-CB quc je 06 te paye pas. tes gages?

JEAN. — Si, monsieur.

MONSIEUR GRIMARD. — Qu'as-tu douc à réclamer?

JEAN. — Rien, monsieur. Pourtant je ne dis pas que de temps à autre un petit présent ne me ferait pas plaisir. Ce n'est pas précisément pour la valeur de la chose, mais, tout de même, ça réjouirait le cœur; cela prouverait que les maîtres...

MONSIEUR GRIMARD. Sout dcS SOtS. Je VOU-

drais savoir qui a inventé le stupide usage des étrennes !

JEAN. — Je pense que c'est quelqu'un qui était content de son domestique.

MONSIEUR GRiMARD. — Il avait tort. — Tu ne laisseras entrer personne.

JEAN. — Pas même le docteur?

MONSIEUR GRIMARD. — Le doctcur n'cst pas quelqu'un. J'ai besoin de lui, j'ai passé une mauvaise nuit.

JEAN. — Ah! j'en suis bien fâché, monsieur.

MONSIEUR GRIMARD. — Qu'cst-CC qUC CCla pCUt

te faire?

JEAN. — Cela me fait beaucoup, d'abord par intérêt pour monsieur, et puis, quand monsieur a mal dormi, il n'est jamais de bonne humeur.

MONSIEUR GRIMARD. — Hé! dcpuis dix ans, n'es-tu pas habitué à cela?

JEAN. — Voyez-vous, monsieur, on ne s'habitue jamais qu'à moitié aux mauvaises choses. Et puis...

MONSIEUR GRIMARD. Quoi?

JEAN. — J'aurais tant voulu que monsieur fût bien disposé aujourd'hui !

MONSIEUR GRIMARD. ParCC qUC?

JEAN. — Pour quelque chose que j'aime autant ne pas dire à présent à monsieur.

MONSIEUR GRIMARD.^ Va-t'eu, alors. Qu'as-tu à rester planté devant moi comme une borne?

JEAN. — Je m'en vais, monsieur, {a part.) J'ai fait ce que j'ai pu, mais impossible de trouver le

joint... [Il sort.)

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