‹ Théâtre à la maison et à la pensionChapitre 19 sur 109 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MONSIEUR GRIMARD, JEAN

iEX'S, empressé. — MoUSicUP VCUt qUClqUC choSB?

MONSIEUR GRiMARD. — Avance. Ne trouves-tu pas la vie bien dure ?

JEAN. — Non, monsieur.

MONSIEUR GRIMARD. — Quoi! la vie ne t'est pas insupportable?

JEAN. — Je ne suis pas pour contredire monsieur; cela doit être comme il le dit, mais je ne l'ai jamais remarqué.

MONSIEUR GRIMARD. — Tu ne te sens pas écrasé sous le fardeau de l'existence?

JEAN. — Je n'ai pas le temps, monsieur; je suis occupé toute la journée !

MONSIEUR GRIMARD. — Mais, la uuit, quand tu ne dors pas?

JEAN. — Je dors toujours.

MONSIEUR GRIMARD. — Tu dorS?

JEAN. — Mais oui, monsieur.

MONSIEUR GRIMARD. — Ildort!

JEAN. — Grâce à Dieu et à la besogne. Quand on travaille depuis cinq heures du matin jusqu'à minuit, on n'a pas envie de prendre sur son somme pour se tourmenter.

MONSIEUR GRIMARD. — Ainsi, tu ne te trouves pas malheureux?

JEAN. — Vraiment, non. J'ai bon pied, bon œil, assez d'ouvrage, mais enfin pas plus que je n'en peux porter. Ça marche.

MONSIEUR GRIMARD. — Tu aiuics le travail?

JEAN. — Où en serait-on si on ne l'aimait

pas, quand on a ses bras pour tout héritage?

MONSIEUR GRiMARD. — Il faut être stupide pour se trouver bien dans un monde où l'on n'a que de la peine.

JEAN. — Il n'y a pas que cela, monsieur. Et les affections!

MONSIEUR GRIMARD. — V'ous avczdcs affectious, maître Jean?

JEAN. — Je crois bien !

MONSIEUR GRIMARD. — Et qucllcs sont-cUes, je vous prie?

JEAN. — Il y a mon père et ma mère. Ils sont morts, mais ça ne fait rien, je pense à eux, et came fait plaisir et peine à la fois. Il y a ma sœur Julie qui... mais je dirai ça plus tard à monsieur. Il y a, dans mon village, une tante et deux oncles. Je vais les voir une fois par an, comme monsieur le sait. Il y a mes camarades d'école. Les uns sont ici, les autres là; on ne se rencontre guère, c'est égal, on ne s'oublie pas pour ça. Il y a notre vieille cuisinière, Pernette, qui a été si bonne pour moi quand je suis entré au service de monsieur. Il y aies chevaux de monsieur, Flick et Flock, qui me connaissent bien, les bonnes bêtes; il y a aussi notre chien Castor; il y a, si je ne craignais de fâcher monsieur...

MONSIEUR GRIMARD. — Eh bien?

JEAN. — Il y a monsieur lui-même, qui me tient au cœur comme les autres.

i2 THÉÂTRE A LA MAISON.

MONSIEUR GRiMARD. — Après CastoF, après Flick et Flock, merci!

JEAN. — Ah ! monsieur, je n'ai pas voulu dire...

MONSIEUR GRIMARD. — C'est bou. Mais que voulais-tu me raconter de ta sœur Julie?

JEAN, à part. — C'cst le momeut de parler. [Haut.) Monsieur, je n'ai qu'elle, elle n'a que moi; nous nous aimons beaucoup.

MONSIEUR GRLMARD. — Qu'cst-ce qu'clIc fait?

JEAN. — Elle est femme de chambre chez jyjme villiers, qui demeure...

MONSIEUR GRIMARD. — Je sais. Une extravagante, cette Villiers.

JEAN. — Je ne suis pas pour contredire monsieur; mais ma sœur, elle, est si sage, si raisonnable...

MONSIEUR GRIMARD. — Pourquoi me dis-tu cela?

JEAN. — C'est que nous avions pensé que c'était dur, étant frère et sœur, de ne pas vivre ensemble quand ça se pourrait si bien.

MONSIEUR GRIMARD. — Commcut ça?

JEAN. — Oui, monsieur, si c'était un effet de votre bonté de prendre Julie à votre service.

MONSIEUR GRIMARD. — La belle idée! Il y a déjà bien assez de cotillons par ici.

JEAN. — Mais, monsieur, il n'y a que Pernette.

MONSIEUR GRIMARD. — C'cst trop.

A. FZTITE NIÈCE. i3

JEAM. — Elle se fait vieille; elle dit qu'elle a bon besoin d'aide, et nous avions tous pensé que ma sœur...

MONSIEUR GRiMARD. — Vous aviez mal pensé. Nous prendrons un second domestique s'il le faut, mais pas de cotillons, je te le répète. En vérité. M"* Julie comptait s'installer chez moi?

JEAN. — Ce n'est pas elle; au contraire, elle voulait me faire entrer chez sa maîtresse.

MONSIEUR GRiMARD. — Eh bien, vas-y?

JEAN. — C'est que je me dis comme ça que j'ai l'habitude de servir monsieur; que peut-être un autre domestique n'aurait point ma patience, et qu'aussi monsieur est habitué à mon service, et que...

MONSIEUR GRIMARD. — Voycz-vous 06 garçou qui se croit nécessaire! Au fait, tu as raison, tu me vas mieux qu'un autre.

JEAN. — Vous voyez bien, monsieur.

MONSIEUR GRIMARD. — Tu es gauche , maladroit, mais j'y suis fait.

JEAN. — Alors, monsieur permet que Julie?...

MONSIEUR GRIMARD. — Poiut du touti poiut

du tout I

JEAN. — Elle est si gentille, ma sœur, si bonne, si aimable! Elle chante toujours. Elle égayerait tant la maison!

MONSIEUR GRIMARD. — Je n'dl quc faire qu'on l'égayé.

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