‹ Théâtre à la maison et à la pensionChapitre 23 sur 109 · MONSIEUR GRIMARD, JEAN, CÉCILE · texte numérisé non relu

MONSIEUR GRIMARD, JEAN, CÉCILE

JEAN, à la cantonade. — Je VOUS assurc, mademoiselle, que monsieur m'a défendu de laisser entrer personne. Il ne veut recevoir aucune visite aujourd'hui.

CÉCILE. — Mais je suis si petite, moi I Je ne suis pas une visite.

MONSIEUR GRIMARD, ouvrant la porte. — Qu'est-Ce

que c'est, Jean?

JEAN. — Monsieur, c'est une petite demoiselle qui veut entrer à toute force auprès de vous. J'ai beau lui dire que vous ne voulez voir personne...

CÉCILE, écartant Jean et s'élançant dans le salon. — Ah!

voilà mon oncle! Mon oncle, laissez-moi vous embrasser !

MONSIEUR GRIMARD, très rogne. — Votre Onclc !

Comment! votre oncle? Qui êtes-vous donc?

CÉCILE. — Je suis Cécile. Vous ne me reconnaissez pas? C'est vrai que vous ne m'avez jamais vue ; mais je vous reconnais bien, moi; vous ressemblez tant à mon pauvre papa !

MONSIEUR GRIMARD. — En vérité, je...

CÉCILE. — Ne prenez pas cet air-là, mon cher petit oncle, je n'en ai pas peur. Quand mon papa faisait ses grands sourcils, je me pendais à son cou, et il changeait tout de suite pour m'embrasser. Faites comme papa. {U l'embrasse.) C'estbien, vous voilà gentil. Asseyez-vous maintenant et prenez-moi sur vos genoux.

MONSIEUR GRIMARD, embarrassé. — Mai S... jC

n'aime pas les enfants.

CÉCILE. — Oh ! je ne suis pas un enfant, je suis très raisonnable. M"' Bernard vous le dira.

(Elle saute sur les genoux de M. Grimard.)

MONSIEUR GRIMARD, à part. — Elle CSt chaF-

mante, cette petite ! {Haut, sévèrement.) Quelle idée a eue cette maîtresse de pension de vous envoyer ici?

CÉCILE, — Vous me dites vous, mon oncle, êtes-vous fâché?

MONSIEUR GRiMARD. — Non... Seulement...

CÉCILE. — Alors, tutoyez-moi comme mon papa.

MONSIEUR GRIMARD. — Eh bien ! quelle idée a eue M"* Bernard de t'envoyer ici?

CÉCILE. — Ce n'est pas elle qui m'a envoyée: bien au contraire, elle ne voulait pas me laisser venir; mais, moi, j'ai voulu.

MONSIEUR GRIMARD. — Pourquoi, s'il tc plaît?

CÉCILE. — Pour vous voir, donc! Mademoiselle me disait que vous ne vouliez pas recevoir votre petite Cécile, je n'ai pas pu le croire. Ce n'était pas vrai, n'est-ce pas?

MONSIEUR GRIMARD. Hum !

CÉCILE. — On voulait me faire vous écrire. Mais d'abord on me dictait de grandes, grandes paroles, qui n'étaient pas celles qui me seraient venues... Et puis, pourquoi mettre sur un papier : « Je vous embrasse »? Ça vaut bien mieux de le faire tout de bon.

MONSIEUR GRIMARD, à part. — Elle a dcS idécS

à elle, cette petite-là...

CÉCILE. — Ça n'a pas été facile de venir. Il a fallu me mettre en grande révolte. Il a fallu

pleurer, bien que je n'aime pas ça. J'ai dû dire, dans mon chagrin, à mademoiselle, que, si elle me refusait la permission, je m'échapperais; oui, que j'irais toute seule à travers la ville pour vous demander à toutes les portes. A la fin, elle s'est décidée, et elle m'a fait accompagner par une sous-maîtresse.

MONSIEUR GRiMARD. — Est-cc qu'elle t'attend, cette sous-maîtresse?

CÉCILE. — Non; elle a été faire des visites; elle viendra me reprendre.

MONSIEUR GRIMARD. BOU !

CÉCILE. — N'est-ce pas, mon oncle, que j'ai bien tait de venir?

MONSIEUR GRIMARD. — Hum ! Qu'as-tu dans ce panier?

CÉCILE. — Devinez.

MONSIEUR GRIMARD. — Comment veux-tu que je devine?

CÉCILE. — Ce sont vos étrennes.

MONSIEUR GRIMARD. — Dcs étrcuncs, pour moi?

CÉCILE. — Oui, des pantoufles. Voyez. J'y ai mis bien du temps. Est-ce qu'elles vous plaisent?

MONSIEUR GRIMARD. — Je les trouvc magnifiques. C'est ton ouvrage?

CÉCILE. — Oui, je les ai faites toute seule; j'avais aussi choisi le dessin. Essayez-les. Comme elles vous vont bien, mon oncle !

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«J-VI BESOIN qu'on m'aime, M 0 .\ ONCLE. »

LA PETITE MÈCE. 27

MONSIEUR GRiMARD. — Oui, mais je ne donne jamais d'étrennes, moi.

CÉCILE. — Cela ne fait rien. Embrassez-moi pour ma récompense. 11 y a si longtemps que personne ne me caresse plus. — J'ai besoin

qu'on m'aime, mon oncle. (Id Cédle a dans chaque œU une larme toute prête à tomber.)

MONSIEUR GRIMARD, à part. — Pauvre petite ! {Haut. Dis-moi, tu n'es pas malheureuse, au moins, à ta pension?

CÉCILE. — Oh ! non. Mademoiselle est bonne et mes compagnes aussi, mais ce n'est pas assez. Il doit y avoir mieux que cela. Dans les premiers temps, j'ai été souvent triste, ah! si triste! mais n'y pensons plus. Je suis avec vous, cela me fait trop de plaisir.

MONSIEUR GRIMARD. — Tu m'aimes donc un peu?

CÉCILE. — Non, pas un peu, mais beaucoup. Mon papa vous aimait tant, lui ! Il parlait de vous toujours, toujours. — Est-ce que je vous fais de la peine?

MONSIEUR GRIMARD. — Nou, ma chéric, non ; parlons de ton père.

CÉCILE. — Pas à présent; je vois que vous allez pleurer commj il faisait quand il parlait de vous, et il ne faut pas pleurer le premier jour de l'an ; ma bonne disait que ça porte i malheur.

28 TIIÉATUE A LA MAISON.

MONSIEUR GRiMARD, à part. — Elle liii ressemble Irait pour trait, à son père.

CÉCILE. — C'est bien joli chez vous, mon

oncle, plus joli qu'à la pension. {Elle s'approche de

la fenêtre et l'ouvre.) Est-il à VOUS, cc bcau jardin?

MONSIEUR GRIMARD. — Oui, mais ne te penclic pas ainsi, tu tomberais.

CÉCILE. — Et vous en seriez fâché, petit oncle?

MONSIEUR GRIMARD. — Certes !

CÉCILE, frappant dans ses mains. — Quel bonheur !

VOUS m'aimez! n'est-ce pas, vous m'aimez?

MONSIEUR GRIMARD. — Il le faut bien.

CÉCILE. — Que je suis contente ! — Est-ce que vous avez beaucoup de fleurs en été?

MONSIEUR GRIMARD. — Je u'cu ai point.

CÉCILE. — Il faut en avoir, c'iest si joli ! A la pension, chacune de nous a son petit jardin. Le mien est le plus beau. Tout ce que je sème poussej très bien, je sais arroser. Voulez-vous, mon! oncle, que je sois votre petite jardinière?

MONSIEUR GRIMARD. — On pourra essayer.

CÉCILE. — Dites-moi une histoire, à présent.

MONSIEUR GRIMARD. — Une histoire? je n'en sais pas. ']

CÉCILE. — Ça ne fait rien, dites toujours. '

MONSIEUR GRIMARD. — C'est impossiblc, ma petite.

CÉCILE. — Impossible, pourquoi?

MONSIEUR GRiMARD. — Parce quG tout le monde ne sait pas composer des histoires.

CÉCILE. — Mais si, mais si; commencez seulement; après, ça ira tout seul, vous verrez.

MONSIEUR GRIMARD. — Justement, je ne sais pas commencer.

CÉCILE. — Toutes les histoires commencent de même. On dit : Il y avait une fois... ce n'est pas difficile.

MONSIEUR GRIMARD. — Il y avait une fois...

CÉCILE. — Après, après?

MONSIEUR GRIMARD. — Il y avait une fois...

CÉCILE. — Dites vite, petit oncle?

MONSIEUR GRIMARD. — Il y avait une fois un vieillard qui vivait tout seul. Il n'aimait personne et personne ne l'aimait.

CÉCILE. — Il n'avait donc pas une petite nièce?

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