‹ Théâtre à la maison et à la pensionChapitre 3 sur 109 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

EUGÉNIE, CATHERINE CATHERINE , sur le seuil de la porte. Qu'cst-CG

que c'est donc, mam'zelle?

EUGÉNIE. — Mon volant s'est envolé pardessus le mur; il est tombé dans l'autre jardin. Va me le chercher.

CATHERINE. — Ah! bcH oui ; j'aimcrais mieux

ENTRE PARE.XTS.

VOUS en acheter un autre, et de ma poche, encore...

^ ELGÉME. — Non, c'est celui-là qu'il me faut; c'est mon amie Berthe qui mel'a donné, j'y tiens.

CATHERINE. — AloFs, commandez à ce moineau de vous l'aller chercher, car je n'irai certainement pas, moi.

EUGÉNIE. -^ Pourquoi?

CATHERINE. — En voilà une question, après ce que je vous ai dit tout à l'heure !

EUGÉNIE. — Mais ce n'est pas toi qui es brouillée avec M. Tilmont, puisque c'est grand'maman.

CATHERINE. — Est-ce que ce n'est pas la même chose? Il ferait beau voir que Catherine ne fût pas brouillée avec les ennemis de sa maîtresse! Et je pense bien, mam'zelle, que vous allez détester aussi tous ces Tilmont ; vous devez ça à votre grand'maman ! Quand des parents sont brouillés, c'est pour de bon.

EUGÉNIE. — Tu crois?

CATHERINE. — Si je le crois! Il le faut absolument.

EUGÉNIE. — Mais M. Tilmont a une cuisinière, je suppose?

CATHERINE. — Oui, la Mariette.

EUGÉNIE. — C'est à elle que tu demanderas mon volant.

CATHERINE. — Pas de risque.

EUGÉNIE. — Pourquoi pas?

CATHERINE. — Mais parce que nous nous détestons, parce que nous ne nous parlons plus, sauf à la fontaine pour nous dire des sottises. Elle a la langue affilée, je ne l'ai pas mal pendue, en sorte qu'on s'en dit, qu'on s'en dit... mais quant à se parler honnêtement, jamais. {Avec tristesse.) Et pourtaut c'était ma meilleure camarade autrefois! Nous ne pouvions pas nous passer l'une de l'autre à la veillée. Ah! cette Mariette, était-elle amusante !

EUGÉNIE. — Qu'est-ce qu'elle t'a donc fait?

CATHERINE. — Avcz-vous la tête dure! Elle m'a fait que nos maîtres sont brouillés, pas autre chose, et c'est bien assez. Quand je pense que son monsieur venait chaque soir chez nous ou que nous allions chez lui!... Jasait-on dans les deux cuisines, pendant que les maîtres faisaient leur partie au salon ! C'était le bon temps. {Elle s'essuie les yeux.) Mais je suis sûrc quc mou rôti brûle, à présent; vous serez cause que je serai

grondée. {Elle rentre.)

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