‹ Théâtre à la maison et à la pensionChapitre 60 sur 109 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, WILLIAM, fort accent anglais.

WILLIAM. — Il paraisse ioune plaidoirie.

LÉON. — Juste, on plaide pour le nouveau.

HECTOR. — Bavard et Démosthène prétendent qu'on lui fasse, par exception, son arrivée facile.

AUGUSTE. — Sous prétexte qu'il est étranger.

WILLIAM. — Quand moà j'été veniu à cette collège, j'été encore pliu étranger, puisque je venais d'Amérique,, et vo avez beaucoup tourmenté moâ.

HECTOR. — C'est vrai, pas d'exception !

PLUSIEURS. — Pas d'exception!

ALBERT. — Eh bien, oui, pas d'exception.

PLUSIEURS. — A la bonne heure.

GASTON. — Mais -Albert...

ALBERT. — Laisse-moi faire. Messieurs...

AUGUSTE. — Bon, il recommence !

HECTOR, raillant. — Tu vas eucore faire un discours? Monte au moins sur ce banc, ça te fera une tribune!

ALBERT, froidement. — Tu aS rai S OU. {Il monte sur

le banc.) MessieuFS, depuis qu'il existe des collèges, et il y a longtemps...

AUGUSTE, soupirant. — Par malheuF !

GASTON. — N'interromps pas, toi.

ALBERT, continuant. — Depuis qu'il cxiste des collèges, il existe aussi un usage qui consiste à faire acheter sa bienvenue à tout nouvel arrivant. Au lieu de l'accueillir comme un ami, comme un frère, au lieu de lui tendre les bras, on en fait un souffre- douleur, surtout s'il est faible,'car, s'il a des poings solides, on s'y frotte moins. Je vous le demande, est-ce noble? est-ce généreux? est-ce chevaleresque?

AUGUSTE. — La chevalerie, c'est démodé.

ALBERT, continuant. Pour tOUt dire, CU UU

mot, est-ce Français?

LÉON. — Il veut nous prendre en flattant notre orgueil national.

WILLIAM. — Il dise de trop grandes motes.

GASTON. — Silence!

HECTOR. — N'écoutons pas; je le vois venir; il veut nous enjôler.

WILLIAM. — Yes, il voulé enjôler no.

AUGUSTE. — A bas l'orateur!

WILLIAM. — Yes, à bas!

GASTON. — Laissez-le parler, vous n'en ferez toujours que ce que vous voudrez.

LÉON. — Au fait, c'est vrai.

AUGUSTE. — Il nous convaiucra.

LE NOUVEAU

HECTOR. — Pas malgré nous, en tout cas.

AUGUSTE. — Si, malgré nous, je le connais.

HECTOR, impatient. — Silcuce doHc ! — Parle, Démosthène, on t'écoute.

ALBERT. — Je fais appel à vos propres souvenirs. — Nous avons tous passé par là. — On vient de quitter la maison paternelle, où l'on était aimé, choyé, dorloté; on arrive au collège le cœur gros, avec une certaine joie pourtant. On va trouver là des enfants de son âge, on pense que ce seront des amis ; erreur ! c'est l'hostilité que vous allez rencontrer sous toutes les formes. On raille votre accent, votre tenue, votre habillement, vos défauts physiques et souvent aussi vos avantages.

wiLLL\M. — Oh yes, on avait beaucoup moqué l'accent de moâ.

PLUSIEURS. — Chut!

ALBERT, continuant. VoUS faites UUC qUCStioU,

on vous répond par une bourde; vous vous fâchez, un horion; vous le rendez, c'est bien ; avec usure, c'est mieux; soyez fort, on vousrespectera; mais si vous êtes délicat, faible, nerveux, tant pis pour vous ; si vous pleurez, vous êtes perdu. Vos larmes toucheraient peut-être des animaux sauvages, elles ne font qu'amuser les écoliers.

Cet âge est sans pitié,

comme a dit La Fontaine

iO THÉÂTRE A LA MAISON.

GASTON. — Bien, très bien!

AUGUSTE. — Eh! pas tant de rhétorique!

PLUSIEURS. — Chut ! chut !

ALBERT, continuant. — H pleure, faisOUS-lui

tout le mal possible. — Or je répète ma question : Est-ce humain, cela ! est-ce bien?

LÉON. — On ne dit pas que c'est bien, mais c'est comme ça!

AUGUSTE. — Nous y avons tous passé.

WILLIAM. — Oh, yes, je savé.

ALBERT. — N'auriez-vous pas mieux aimé qu'on vous eût accueillis avec amitié?

PLUSIEURS. — Certes!

AUGUSTE. — Mais c'est ce qu'on n'a pas fait.

WILLIAM. — Oh no, pas pour moâ.

ALBERT. — Eh bien, je propose qu'on commence aujourd'hui: je propose l'abolition d'un usage qui est un reste de sottise et de barbarie. Un bon mouvement, messieurs, que notre collège aille premier la gloire de l'avoir supprimé.

GASTON. — Bravo !

PLUSIEURS. — Très bien ! très bien !

ALBERT. — Je vois à votre attitude que vous me donnez raison, que vous êtes tout près de consentir.

AUGUSTE. — ■ Bon! les voilà tous ébranlés.

ALBERT. — Répondez, mes amis, voulez-vous?

PLUSIEURS VOIX. — Oui ! oui ! — Non ! non !

AUGUSTE. — Non, non, c'est trop amusant!

LE NOUVEAU. U

GASTON. — Pour les mauvais cœurs, oui.

ALBERT. — Aux voix ! — Que ceux qui consentent lèvent la main.

(Gaston lève la main, puis Hector; les autres, moins William, les imitent après quelque hésitation.)

WILLIAM, à Léon. — Comment, toâ aussi?

LÉON. — C'est pas ma faute, c'est pas ma faute, ces diables d'orateurs ça vous entortille. WILLIAM. — Moâ, je laissé pas tortiller moâ.

GASTON, d'un ton engageant . — AlloUS, William...

WILLIAM. — No, je consente pas.

LÉON. — Sois bon garçon.

WILLIAM. — No. C'été égal à vo, vo été ici depuis ioune long temps, moâ j'été nouveau, j'avé toute la remembrance de ce qu'il été fait àmoà, toute.

HECTOR. — Tu refuses ton adhésion? on s'en passera.

WILLIAM. — Ah ! no; si vo volé passé vo de mon permission, je volé donner, (ii lève la main ^

GASTON. — A la bonne heure, vive l'Amérique !

WILLIAM. — Pourtant on avait enragé moà beaucoup.

HECTOR. — Tu seras le dernier de ceux qui auront été tourmentés, c'est une gloire.

WILLIAM. — • Je trouvé le gloire plus grande si j'étais la première qu'on ne volé pas tourmenter.

AUGUSTE. — Que veux-tu?

WILLIAM. — Cette petite Grec avé ioune chance I Li )N. — Le voici justement. A propos, commet L s'appelle-t-il?

i::.CTOR. — iMarko ; l'autre nom je l'ai oublié, il y u de l'os à la fin.

{On rit.)

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