MONSIEUR DE RIEUX. — ARTHUR. PAUL
LAURE. ses enfants. — JACQUES, fils du jardinier. — BAP- TISTE, domestique.
Une salle d'étude. — Porte aa fond, porte à droite. — A ganchs une fenêtre ouTrant sur un jardin.
SCÈNE PREMIÈRE ARTHUR, PAUL, LAURE PAUL, qui entre en sautant. — Arthur ! ArthuT î quel
bonheur!
ARTHUR. — Quoi donc?
LAURE. — Gaston Martineau nous invile à passer la journée chez lui.
ARTHUR — Aujourd'hui?
LAURE. — Oui, il nous écrit que sa cousine est arrivée.
PAUL. — Il y a un grand déjeuner d'enfants.
LAURE. — On jouera à toutes sortes de jeux.
ARTHUR. — Aujourd'hui?
PAUL. — Quand on te le dit.
LAURE. — Combien de fois faudra-t-il te le répéter ?
ARTHUR, riant aux éclats. — Aujourd'hui ! ah ! ah! ah!
PAUL. — Qu'as-tu à rire?
ARTHUR. — Vous croyez ça, vous?
LAURE. — Comment, nous croyons?
ARTHUR. — Innocents que vous êtes! Quel jour est-ce aujourd'hui?
PAUL. — Jeudi.
ARTHUR. — Oui, mais quel quantième?
PAUL. — Je ne sais pas.
LAURE. — Je sais, moi; maman a payé hier nos leçons d'anglais. Elle paie le dernier du mois, donc nous sommes...
PAUL, vivement. — Le premier.
ARTHUR. — Le premier quoi?
LAURE. — Le premier avril, puisque hier nous étions en mars.
ARTHUR. — Eh bien?
PAUL. — Quoi?
ARTHUR. — Vous ne comprenez pas, êtres naïfs, que cette invitation est une attrape?
PAUL. — Par exemple.
ARTHUR. — Certainement.
LAURE. — Je pense bien que non
ARTHUR. — Je suis sÛF que si.
PAUL, atterré. Oh!...
LAURE. — Mais...
ARTHUR. — C'est un poisson d'avril.
PAUL, stupéfait. — Un poisson d'avril?
LAURE. — Un poisson d'avril?
ARTHUR. — Une mystification, pas autre chose.
ARTHUR. — Mes enfants, le premier avril, tout est permis, et Gaston est bien trop espiègle pour laisser échapper cette occasion de se divertir.
LAURE. — Mais il ne nous a jamais rien fait de pareil.
ARTHUR. — Parce que nous ne le connaissons que depuis l'été dernier. C'est un poisson d'avril.
PAUL, inquiet. — Qu'en dis-tu, Laure?
LAURE, ébranlée. — Je dis... Je ne sais pas.
ARTHUR, taquin. — C'est uu poissoH d'avril.
LAURE. — Mais non. Sa cousine Reine est arrivée de Lucerne depuis une semaine, et c'est justement son jour de naissance aujourd'hui.
ARTHUR, riant plus fort. Ah! ah ! ah !
PAUL. — Qu'as-tu encore à te moquer?
ARTHUR. — On ne naît pas le premier avril.
PAUL. — Tiens, pourquoi pas?
ARTHUR. — Parce que c'est un jour d'attrapes, un enfant qui naîtrait ce jour-là ne serait pas un enfant, mais un poisson! C'est moi qui y crois, à celte cousine Reine !
LAURE. — Mais si c'était ça, papa l'aurait compris aussi bien que toi, je pense. Il a lu la lettre ' et il nous a perAiis d'y aller.
ARTHUR. — C'est un poisson d'avril.
PAUL. — Tu te crois plus sage que papa?
ARTHUR. — Papany a point pensé, parce que les pères ne font point d'attrapes, et qu'ils ont oublié le temps où ils en faisaient. C'est un poisson d'avril.
PAUL. — S'il avait raison, pourtant, Laure?
ARTHUR. — Il en doute!
PAUL. — Que faire?
LAURE, soucieuse. — Oui, quc faire?
ARTHUR. — Rester à la maison, parbleu!
PAUL. — Mais si l'invitation est pour de vrai?
ARTHUR. — Quand je vous dis...
LAURE. — Tu dis, tu dis... tu n'en sais rien.
PAUL. — C'est vrai, il n'en sait rien. Laure, est-ce qu'on ira?
LAURE, après un moment d'hésitation. Eh bien, OUI,
tant pis! que risquons-nous?
ARTHUR. — Que M. Gaston se moque de votre crédulité.
LAURE. — Ça ne nous fera pas grand mal.
PAUL. — Bien sûr que non.
LAURE. — Et si l'invitation est pour de bon, nous nous amuserons .
PAUL, sautant de joie. NoUS nOUS amUSCrOUS.
C'est bien dit.
ARTHUR. — Ainsi VOUS irez?
LAURE. — Pour sûr.
ARTHUR. — Allez, et biendu plaisir. Ah ! ah ! ah!
PAUL. — Tu ne viens pas, toi?
ARTHUR. — Pas si bête
LAURE. — Eh bien, adieu!
PAUL. — Adieu!
ARTHUR. — Mes respects à la Reine des poissons.Çadoit être une petite carpe, cette cousine-là.
LAURE. — Eh bien, nous la mangerons; c'est bon, la carpe.
PAUL. — Oui, nous la mangerons. Adieu.
ARTHUR. — Ça ne sera pas ma faute si l'on se moque de vous. Je vous ai assez avertis.
PAUL ET LAURE. Oui, Oui. {lU sortent.)
ARTHUR, va à la fenêtre et chante.)
C'est un poisson d'avril.
C'est un poisson d'avril.
C'est, c'est, c'est un poisson d'avril.