‹ Théâtre à la maison et à la pensionChapitre 63 sur 109 · MONSIEUR DE RIEUX. — ARTHUR. PAUL · texte numérisé non relu

MONSIEUR DE RIEUX. — ARTHUR. PAUL

LAURE. ses enfants. — JACQUES, fils du jardinier. — BAP- TISTE, domestique.

Une salle d'étude. — Porte aa fond, porte à droite. — A ganchs une fenêtre ouTrant sur un jardin.

SCÈNE PREMIÈRE ARTHUR, PAUL, LAURE PAUL, qui entre en sautant. — Arthur ! ArthuT î quel

bonheur!

ARTHUR. — Quoi donc?

LAURE. — Gaston Martineau nous invile à passer la journée chez lui.

ARTHUR — Aujourd'hui?

LAURE. — Oui, il nous écrit que sa cousine est arrivée.

PAUL. — Il y a un grand déjeuner d'enfants.

LAURE. — On jouera à toutes sortes de jeux.

ARTHUR. — Aujourd'hui?

PAUL. — Quand on te le dit.

LAURE. — Combien de fois faudra-t-il te le répéter ?

ARTHUR, riant aux éclats. — Aujourd'hui ! ah ! ah! ah!

PAUL. — Qu'as-tu à rire?

ARTHUR. — Vous croyez ça, vous?

LAURE. — Comment, nous croyons?

ARTHUR. — Innocents que vous êtes! Quel jour est-ce aujourd'hui?

PAUL. — Jeudi.

ARTHUR. — Oui, mais quel quantième?

PAUL. — Je ne sais pas.

LAURE. — Je sais, moi; maman a payé hier nos leçons d'anglais. Elle paie le dernier du mois, donc nous sommes...

PAUL, vivement. — Le premier.

ARTHUR. — Le premier quoi?

LAURE. — Le premier avril, puisque hier nous étions en mars.

ARTHUR. — Eh bien?

PAUL. — Quoi?

ARTHUR. — Vous ne comprenez pas, êtres naïfs, que cette invitation est une attrape?

PAUL. — Par exemple.

ARTHUR. — Certainement.

LAURE. — Je pense bien que non

ARTHUR. — Je suis sÛF que si.

PAUL, atterré. Oh!...

LAURE. — Mais...

ARTHUR. — C'est un poisson d'avril.

PAUL, stupéfait. — Un poisson d'avril?

LAURE. — Un poisson d'avril?

ARTHUR. — Une mystification, pas autre chose.

ARTHUR. — Mes enfants, le premier avril, tout est permis, et Gaston est bien trop espiègle pour laisser échapper cette occasion de se divertir.

LAURE. — Mais il ne nous a jamais rien fait de pareil.

ARTHUR. — Parce que nous ne le connaissons que depuis l'été dernier. C'est un poisson d'avril.

PAUL, inquiet. — Qu'en dis-tu, Laure?

LAURE, ébranlée. — Je dis... Je ne sais pas.

ARTHUR, taquin. — C'est uu poissoH d'avril.

LAURE. — Mais non. Sa cousine Reine est arrivée de Lucerne depuis une semaine, et c'est justement son jour de naissance aujourd'hui.

ARTHUR, riant plus fort. Ah! ah ! ah !

PAUL. — Qu'as-tu encore à te moquer?

ARTHUR. — On ne naît pas le premier avril.

PAUL. — Tiens, pourquoi pas?

ARTHUR. — Parce que c'est un jour d'attrapes, un enfant qui naîtrait ce jour-là ne serait pas un enfant, mais un poisson! C'est moi qui y crois, à celte cousine Reine !

LAURE. — Mais si c'était ça, papa l'aurait compris aussi bien que toi, je pense. Il a lu la lettre ' et il nous a perAiis d'y aller.

ARTHUR. — C'est un poisson d'avril.

PAUL. — Tu te crois plus sage que papa?

ARTHUR. — Papany a point pensé, parce que les pères ne font point d'attrapes, et qu'ils ont oublié le temps où ils en faisaient. C'est un poisson d'avril.

PAUL. — S'il avait raison, pourtant, Laure?

ARTHUR. — Il en doute!

PAUL. — Que faire?

LAURE, soucieuse. — Oui, quc faire?

ARTHUR. — Rester à la maison, parbleu!

PAUL. — Mais si l'invitation est pour de vrai?

ARTHUR. — Quand je vous dis...

LAURE. — Tu dis, tu dis... tu n'en sais rien.

PAUL. — C'est vrai, il n'en sait rien. Laure, est-ce qu'on ira?

LAURE, après un moment d'hésitation. Eh bien, OUI,

tant pis! que risquons-nous?

ARTHUR. — Que M. Gaston se moque de votre crédulité.

LAURE. — Ça ne nous fera pas grand mal.

PAUL. — Bien sûr que non.

LAURE. — Et si l'invitation est pour de bon, nous nous amuserons .

PAUL, sautant de joie. NoUS nOUS amUSCrOUS.

C'est bien dit.

ARTHUR. — Ainsi VOUS irez?

LAURE. — Pour sûr.

ARTHUR. — Allez, et biendu plaisir. Ah ! ah ! ah!

PAUL. — Tu ne viens pas, toi?

ARTHUR. — Pas si bête

LAURE. — Eh bien, adieu!

PAUL. — Adieu!

ARTHUR. — Mes respects à la Reine des poissons.Çadoit être une petite carpe, cette cousine-là.

LAURE. — Eh bien, nous la mangerons; c'est bon, la carpe.

PAUL. — Oui, nous la mangerons. Adieu.

ARTHUR. — Ça ne sera pas ma faute si l'on se moque de vous. Je vous ai assez avertis.

PAUL ET LAURE. Oui, Oui. {lU sortent.)

ARTHUR, va à la fenêtre et chante.)

C'est un poisson d'avril.

C'est un poisson d'avril.

C'est, c'est, c'est un poisson d'avril.

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