‹ Théâtre à la maison et à la pensionChapitre 90 sur 109 · FRÉDÉRIC, EUGÈNE, TOTO, ANNA, ROBERT · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC, EUGÈNE, TOTO, ANNA, ROBERT

ROBERT. — Bonjour, vous autres!... Mais, qu'est-ce qui vous est arrivé? Vous avez une mine consternée?

TOUS, — Un grand malheur, va!

ROBERT, inquiet. — Un accideut à mou oncle?

TOUS. — Oh non! pas ça.

ROBERT. — Ma tante est malade?

TOUS. — Non, heureusement

ROBERT. — Alors quoi? je ne peux pas deviner.

ANNA. — Tu sais que, depuis quelque temps, papa est trop occupé pour nous donner nos leçons.

ROBERT. — Ce qui fait que vous êtes comme en vacances. Eh bien, mais, ce n'est pas si désolant, cela ! Je n'ai pas tant de bonheur, moi ; mon grand frère me fait travailler comme un nègre.

ANNA. — Maman a proposé de nous faire étudier, mais papa trouve qu'elle est trop indulgente; il veut nous donner un précepteur.

ROBERT. — Aïe! je m'explique vos figures allongées.

EUGÈNE. — Il arrive aujourd'hui.

ROBERT. — Je vous plaius, mes enfants.

TOTO. — C'est terrible, n'est-ce pas, un précepteur?

ROBERT. — C'est ennuyeux plutôt.

TOTO. — En as-tu vu?

ROBERT. — Oui, plusieurs.

TOTO. — Comment est-ce fait?

ANNA, riant, — Est-il drôle ce Toto avec ses questions !

ROBERT. — Un précepteur, c'est vieux, c'est laid, ça a des lunettes, ça gronde, ça veut qu'on travaille, et, quand on ne fait pas tout ce qu'il dit, ça va se plaindre à papa et à maman. . TOTo. — Va-t-on être malheureux! {ii pleure.) Hi!hi!hil

LE PRÉCEPTEUR

ROBERT, d un ton sentencieux. La vie n'est paS

toujours couleur de rose. Il faut de la philosophie.

EUGÈNE. — Voyez-vous l'égoïste ! Il se moque de nous au lieu de nous plaindre.

ANNA, à Robert. — Tu as d'autant plus tort que ça te regarde aussi. Ta maman et ton papa se sont entendus hier avec nos parents. Tu partageras nos leçons; voilà!

EUGÈNE. — C'est bien fait!

ROBERT, e/faré. — Maman ne m'en a point parlé. . . mais ça ne me va pas du tout, pas du tout.

FRÉDÉRIC, railleur. Ah! tu chaUgCS dc UOte.

ROBERT. — Avec mon frère je fais encore assez ce que je veux, tandis qu'avec un précepteur...

ANNA, imitant Robert. La vic n'cst paS tOUJOUrS

couleur de rose; il faut de la philosophie. Au lieu de ne travailler que comme un nègre, tu travailleras comme deux nègres, et il faudra bien que tu en prennes ton parti...

ROBERT, haussant les épaules. VoUS êtCS SÛPS

qu'il arrive aujourd'hui?

EUGÈNE. — Papa l'a dit.

ANNA. — Il s'appelle M. Barbaret.

ROBERT, faisant la grimace. — Un vilain nom, Barbaret î

TOTo. — N'est-ce pas?

ROBERT. — Et de mauvais augure. Barbaret!

il sera barbare.

THÉATRP: a lA MAISON.

FRÉDÉRIC. — Un vrai nom de précepteur.

ROBERT. — Il faut lui échapper à tout prix. Tenez, savez-vous ce qu'il faut faire?

TOUS. — Quoi?

ROBERT. — Une ligue, une coalition, une... combien sommes-nous? quatre. — Toto ne compte pas — une quadruple alliance, contre l'ennemi, je veux dire le précepteur. Il faut nous entendre pour lui être si désagréables, si insupportables, si épouvantables, qu'il s'en aille plus vite qu'il ne sera venu.

TOUS. — Bonne idée!

ANNA. — Je sais ce que je ferai.

FRÉDÉRIC. — Moi aussi !

EUGÈNE. — Moi aussi.

TOTO. — Moi aussi. Je veux compter, moi.

FRÉDÉRIC. — Donnons-nous la main, et promettons solennellement de nous soutenir malgré tout. Et que pas un ne faiblisse, que pas un ne mollisse ! Si quelqu'un avait la tentation de faire le sage, qu'il soit honni!

TOUS, étendant la main. — Qu'il SOit houni!

TOTO. — Honni, qu'est-ce que c'est? je ne comprends pas.

FRÉDÉRIC. — Tu n'as pas besoin de comprendre, on te dit que tu ne comptes pas.

TOTO, pleurant. — Si, si, jc comptc ; j'ai encore compté hier jusqu'à 69 sans m'arrêter.

[Ici les quatre conjurés se permettent de rire au nez de Toto.)

LE PRECEPTEUR

A>NA, embrassant Toto. PaUVre Toto ! va, tU

compteras un petit peu.

{On entend chanter à la cantonade.)

Cadet Rousselle a trois beaux yeux :

L'un r'garde à Caen, l'autre à Bayeux;

A>'>A. — Qui est-ce qui chante ainsi?

{Tous les enfants se retournent du côté d'où vient la voix.)

FRÉDÉRIC. — C'est un jeune homme.

ANNA. — Très bien mis.

EUGÈNE. — Et qui a l'air joliment gai.

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