‹ ThéâtreChapitre 17 sur 210 · ACTE II, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL

Poursuivrait-on vos jours ?

Ne me demande rien.

Je t'ai dit de mon sort tout ce que j'en veux dire ; Je suis infortuné, cela doit te suffire.

A M I C L A S , à part.

Sa voix , ce noble orgueil , tout accroît mes soupçons Tout me fait voir en lui le vainqueur des Teutons. C'est en vain qu'il se cache ; un si grand caractère Malgré lui le décèle , et dément sa misère.

D'où naît l'inquiétude où je vois tes esprits ?

D'armes et de soldats tous ces bois sont remplis.

Eh bien! de quelque effroi ton âme est-elle atteinte ?

jLMI.GL.AS,

Auprès de Marius peut-on sentir la crainte ?

Tu connais Marius ?

AMICL AS.

Qui ne le connaît pas ?

MARIUS

Frappe donc ; qui t'arrête , et qui retient ton bras ? Immortalise-toi par un forfait insigne.

Nier mon nom serait m'en reconnaître indigne. De mes biens c'est le seul qu'on ne puisse m'ôter ; Et je ne fus jamais si fier de le porter.

Contente , en terminant la plus illustre vie, Ceux dont elle provoque ou la haine ou l'envie : Les vainqueurs ne m'ont pas pardonné mes succès ; Les vaincus pourraient-ils les pardonner jamais ? Et n'est-ce pas nourrir un espoir inutile Que de croire qu'au monde il me reste un asile ? Le destin t'a livré Marius désarmé :

Rassure , d'un seul coup , l'univers alarmé ; Verse le sang que Rome et Sylla te demandent , Et sois digne à ce prix des trésors qui t'attendent. Le Romain ne doit pas être ingrat à demi ; Il sait trop ce que peut un illustre banni. On a vu Mai cius , des murs de Coriole , Ramener la terreur au pied du Capitole 5 : Je vis , et Rome enfin me connaît trop, je croi , Pour en attendre moins d'un proscrit tel que moi. Frappe donc!

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