ACTE V, SCÈNE IV. 5n
OSCAR
C'est le mien!
M A L?V INA, revenant à elle.
Dermide est mort! O toi, mon espoir, mon soutien! Toi, dont le bras se fût armé pour sa défense, Cher Oscar, sois chargé du soin de sa vengeance. Promets à sa grande ombre , à son fds , à ton fils , Le sang du plus cruel de tous nos ennemis. Oui, voilà ton enfant. Et toi , mon fils...
F I L L A N , envisageant Oscar.
Ma mère , Fuyons !
M ALVINA
Voilà ton père.
FILLAN.
Il a tué mon père !
OSCA R
Il dit vrai. Vous doutez ? je ne doute pas moins : Mais comment démentir ces accablants témoins , Ce fer sanglant , ce cœur dont le secret murmure S'unit , pour m'accuser , au cri de la nature ? Meurtre affreux ! meurtre impie ! et quand l'ai-je commis ? Comment ai-je égorgé le meilleur des amis?... Malheureux! j'implorais, dans ma fureur extrême, La mort, qu'à ma fureur il demandait lui-même! Mais de tant d'héroïsme ai-je osé le punir? J'en ai le sentiment et non le souvenir. Amour, tyran d'Oscar, qui te hait et s'abhorre,
5i2 OSCAR.
D'Oscar qu'au désespoir tu disputes encore ; Ces forfaits sont les tiens. De moi-même effrayé , A l'amour exécrable ainsi qu'à l'amitié , Accablé du retour d'une raison stérile , Où fuir? dans le tombeau... c'est mon unique asile.
( Il se frappe. )
Qu'as-tu fait ?
OSCAR
Doux objet du plus funeste amour, Je te perds, Malvina, mais non pas sans retour. Plus heureux dans la mort, les voûtes étoilées Réuniront un jour nos ombres consolées.
A mon sort, à présent, on peut donner des pleurs : Ce qu'on refuse au crime, on l'accorde aux malheurs. Déjà je vois Dermide à mon retour sourire ; Je vais le joindre... Adieu... songe à ton fils : j'expire.