‹ ThéâtreChapitre 39 sur 210 · ACTE III, SCÈNE VI. 5i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI. 5i

Sous d obscurs vêtements , j'ai supporté sans peine Le soupçon , le mépris , et l'opprobre , et la haine ; L'espoir d'atteindre au but qui m'était présenté Avait à ma tendresse asservi ma fierté : De tant d'heureux travaux quand j'obtiens le salaire, Sur mon sein consolé quand je presse mon père, Mon père me repousse et m'ordonne de fuir ! Non. Je suis votre fds, je ne puis obéir.

mari us.

Cet effort est sublime autant que nécessaire ' ° : Il relève l'espoir du parti populaire ; Aux fureurs du tyran qui fait ici la loi ïl n'abandonne au moins que la moitié de moi , Un vieillard , en un mot, qui dans ce jour n'envie Qu'une lin moins obscure et digne de sa vie. Mon fils, laisse-moi seul attendre dans ces lieux L'incertain avenir que me gardent les dieux. Sauve-moi , mon vengeur ; et que , si je succombe , Te ne descende pas tout entier dans la tombe ; Que mon trépas , pour ceux qui pensent maccabler , Mon fds , ne soit de plus qu'un motif de trembler. Te laisse à ton courage un grand exemple à suivre. Accomplis le projet qui m'engageait à vivre. Foulé par le sénat, long-temps le plébéien De ses droits violés vit en moi le soutien ; Mais en vain : de Brutus tout a détruit l'ouvrage , Et nos triomphes même ont fait notre esclavage ; Dans les mains du sénat , si grand dans les revers ,

5a MARIUS A MINTURNES.

Depuis qu'ils ont versé tout For de l'univers ,

La noblesse , à prix d'or , tient dans la dépendance

Le peuple enfin honteux de sa noble indigence ;

Tout s'achète : au forum on trafique des voix ;

On marchande l'honneur de triompher des rois ;

Et Rome , au plus offrant prostituant la gloire ,

Se croit libre , en vendant l'empire et la victoire.

Long-temps je l'ai prévu; l'état républicain,

Miné par ces abus, décline vers sa fin.

Quarante ans , des Romains le plus puissant peut-être ,

Cherchant à m'assurer de n'avoir pas de maître ,

Dans Rome , quarante ans, je n'ai point eu d'égal;

Lorsque enfin dans Sylla je rencontre un rival ;

Sylla, que j ai formé!... Je vois trop qu'il aspire,

Sur d'immenses débris, à monter à l'empire.

Mais si d'un Romain Rome attend enfin des lois ,

Quel homme à cet honneur peut apporter mes droits ?

Je te les transmets tous : va , cours en faire usage ;

Ose reconquérir cet immense héritage.

Venge mes fers ; remplis ce destin éclatant :

Que Rome en toi m'admire , et je mourrai content.

LE JEUNE MARIUS

Mon cœur en ce moment n'entend que la nature. Que m'importe une gloire et coûteuse et peu sûre ? Ah ! que , s'il -me réserve un sort si glorieux , Le destin m'y conduise en nous sauvant tous deux !

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