ACTE L, SCÈNE III
Rendez la paix à Rome en lui rendant son roi.
TARQU I N.
Je sais quel est Arons ; je connais sa prudence ,
Et dans l'art des conseils sa longue expérience ;
Mais, malgré son avis, dans ce soulèvement
Je ne vois qu'un motif pour m'assurer du camp.
De ces faibles complots il n'est rien que je craigne,
Tant que je régnerai sur ceux par qui l'on règne.
Mon empire est ici : ce sont les seuls soldats
Qui de tout temps ont fait le destin des états;
Et leur chef, quel que soit le nom dont il se nomme,
S'il est roi de l'armée , est aussi roi de Rome.
Arons , portez-en l'ordre : avant la fin du jour
Que l'heureux Collatin soit ici de retour;
Qu'il remplace mon fils , et que ses mains soient prêtes
A mettre enfin Ardée au rang de mes conquêtes.
( Arons sort, )
Vous, cependant, à Rome allez rendre la paix;
Des factieux, Sextus, éclairez les projets.
Quant à cet insensé, que je ne saurais craindre,
A ce Brutus, bien moins à redouter qu'à plaindre,
Qu'il vive : on peut de lui tirer la vérité.
Mais poursuivez le reste avec sévérité.
Je remets en vos mains le glaive et la puissance :
Sévissez ; et songez qu'une sage vengeance
Souvent dans le passé réprima l'avenir.
Pour apprendre à régner, apprenez à punir.
( IJ sort avec sa suite. )
84 LUCRÈCE