‹ ThéâtreChapitre 93 sur 210 · VALERIUS, MUTIUS, HORACE, ALBIN · texte numérisé non relu

VALERIUS, MUTIUS, HORACE, ALBIN

CONJURÉS; BRUT US, qui les écoute et les observe eu silence.

V A L É R I TJ S.

Vous, en qui la prudence au courage est unie, Enfants de Rome , armés contre la tyrannie , Impétueux Horace, indompté Mutins, Aquilius , Albin , Curion , Décius , Et toi, Brutus, quel piège en ce palais rassemble Des conjurés surpris de s'y trouver ensemble ? De Rome ici mandés par un secret avis, Doit-on nous y servir, ou sommes-nous trahis? Le tyran , d'un seul coup , veut-il finir la guerre Qu'allait déclarer Rome aux tyrans de la terre ?

ALBIN

Je n'en saurais douter, nous sommes découverts;

LUCRÈCE. 141

Romains, il faut s'attendre aux plus affreux revers.

L'héritier de Tarquin, digne en tout de son père,

De nos vastes desseins pénétrant le mystère,

La menace à la bouche , égaré , furieux ,

Avant le jour naissant est sorti de ces lieux.

Dans l'horrible transport qu'il appelle justice,

Sans doute il nous réserve au plus affreux supplice.

L'horreur, à ce récit, vous a pénétrés tous :

Vous frémissez , Romains ; j'ai frémi comme vous.

Ecraser les tyrans au péril de sa vie.,

A son dernier soupir affranchir la patrie ,

Du trépas à ce prix qui ne serait jaloux ?

Mais , inutile à Rome , il est affreux pour nous.

mutiu s.

Oubliez-vous, Albin, que Rome nous contemple, Qu'à la postérité nous servirons d'exemple? Ce trépas, qu'un tyran me fait envisager, N'est qu'un forfait de plus que Rome doit venger ; Mais le feu du bûcher, avant qu'il nous consume, Pourrait bien dévorer le bourreau qui l'allume. Si nous sommes trahis , si la rigueur du sort Ne nous a plus laissé que le choix de la mort , Vous en étonnez-vous ? et votre âme abusée Crut-elle ne former qu'une entreprise aisée ? D'un honneur sans péril vous seriez-vous flatté ; Et, moins sûr du succès, auriez-vous moins tenté? Certes , de nos deux cœurs grande est la différence : Quand Mutius de Rome embrassa la vengeance ,

i4-2 LUCRÈCE.

Bien loin d'être ébloui de ce hardi dessein ,

Il en vit les dangers , le succès incertain.

Il prévit que le monstre , à notre haine en butte .

Pourrait , même en tombant , l'écraser sous sa chute ;

Et l'aspect du trépas qui vous trouble aujourd'hui

N'a rien de surprenant ni de nouveau pour lui.

Mourons ; mais sans souffrir que , du tyran complice ,

Le licteur insolent nous entraîne au supplice,

Qu'on nous mène à la mort, où nous pouvons courir.

Mourons ; mais en héros, mais sans nous avilir,

Sans soumettre à la hache une tête flétrie ;

Et méritons du moins les pleurs de la patrie.

Même au sein des dangers renaissants sous nos pas,

Ne pourrait-on trouver un utile trépas ?

C est en vain que leur foule en ce jour me menace ;

Je sens avec leur nombre augmenter mon audace.

C'est quand tout est perdu qu il faut tout espérer " !

Amis, quittons ces lieux; et, sans plus différer,

Tandis qu'à nous surprendre à Rome on se prépare ,

Au milieu de son camp surprenons un barbare.

De ce trône usurpé , que son crime insulta ,

Que sanglant il descende , ainsi qu'il y monta.

A ma juste fureur il n'est plus de limites :

Seul , j'irai le chercher parmi ses satellites ,

L'immoler à leurs yeux ; et , quel que soit mon sort ,

Un tel succès n'est pas trop payé par la mort.

En expirant, du moins j aurai délivré Rome;

Et le salut de tous n aura coûté qu'un homme.

WTK V, SCENE I. i4o

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