‹ [Théâtre]Chapitre 119 sur 262 · ACTE V — SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V — SCÈNE IV

Yago voulut Tavoir, il paraissait lui plaire ; Cassio ne l'eut jamais.

OTHELLO

Que fait donc le tonnerre ?

On s'éloigne de lui avec méfiance.

N'ayez pas peur de moi, seigneurs ; je suis armé. Mais personne à présent n'en doit être alarmé. J'ai vu des temps meilleurs, jadis, où cette épée, Dont la lame espagnole est dans l'Èbre trempée, Se serait bien fait jour au travers de vous tous ; Mais qui peut du destin surmonter les grands coups ? — Je suis au terme enfin du long pèlerinage, C'est le dernier écueil de mon dernier voyage ; Une femme pourrait me désarmer. — Pourquoi La bravoure à l'honneur survivrait-elle en moi ?

A Desderaona.

Ah ! pauvre enfant ! jouet d'une étoile fatale ! Froide comme une tombe et comme un linceul pâle ! Calme au sein de la mort, comme était ta vertu ! Vois-tu ton assassin qui pleure ? le vois-tu ?

Il se roule sur les pieds de Desdemona. ÉMïLIA.

Oui, rugis à présent, roule-toi, pour qu'on voie Ce qu'un tigre africain sait faire de sa proie.

Elle se jette sur le corps de Desdemona, et y reste à pleurer jusqu'à la fin de l'acte.

LODOVICO, montrant Yago.

Gardez ce scélérat !

i96 LE MORE DE VENISE

OTHELLO se relève et marche lentement vers Yago, qui parle bas à un groupe de soldats qui l'entoure.

Laissez-moi lui parler ;

Est-ce un homme? oh! non, non, sa main doit vous brûler.

Je regarde ses pieds. Sa vie est une fable !

Mais, si c'est un démon, il est invulnérable.

Il le blesse.

YAGO

Mon sang coule, Messieurs, mais je ne suis pas mort.

Tant mieux ; pouvoir mourir est un bienfait du sort, Et vivre est un malheur ; je souhaite qu'il vive.

LODOVICO

Désarmez Othello. Que cet homme nous suive ! On va l'interroger.

OTHELLO, avec une profonde tristesse.

Seigneur, un seul moment !

A ce monstre pour moi demandez seulement Dans quel but il ourdit son infernale trame, Et pourquoi ses filets ont enlacé mon âme ?

YAGO

Ne me demandez rien ; ce qu'on sait, on le sait. Je ne dis plus un mot.

LODOVICO

Si le bourreau cessait De lui briser le corps, j'aiderais la torture Dont il sera bientôt la hideuse pâture. Qu'il sorte ! allez !

Yago sort, emmené par les gardes.

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