‹ [Théâtre]Chapitre 139 sur 262 · STELLO · texte numérisé non relu

STELLO

La troisième consultation sera sur les hommes politiques.

La quatrième consultation sera sur l'idée de l'amour qui s'épuise à chercher l'éternité de la volupté et de l'émotion.

Les Affinités électives que le préfacier de Gœthe critique amèrement. C'est un grand malheur que de porter avec soi dans l'avenir son maladroit critique comme un ballon sa nacelle.

Plus je vais, plus je m'aperçois que la seule chose essentielle pour les hommes, c'est de tuer le temps. Dans cette vie dont nous chantons la brièveté sur tous les tons, notre plus grand ennemi, c'est le temps, dont nous avons toujours trop. A peine avons-nous un bonheur, ou Y amour, ou la gloire, ou la science, ou l'émotion d'un spectacle, ou celle d'une lecture, qu'il nous faut passer à un autre. Car que faire ? C'est là le grand mot.

Les rois font des livres à présent, tant ils sentent bien que le pouvoir est là. — Il est vrai qu'ils les font mauvais.

Les gouvernements regardent la littérature comme une colonne inutile où leur jugement est écrit : ils voudraient l'empêcher de s'élever.

Bonaparte aimait la puissance et visait à la toute-puissance ; c'était fort bien, car elle est un fait et un fait incontestable, facile à prouver, tandis que la beauté d'une œuvre de génie peut ' toujours se nier.

Chateaubriand vient de faire une brochure-

plaidoirie pour la duchesse de Berry, dans laquelle il est un peu républicain. Le moindre écrivain républicain ne se croit nullement obligé d'être un peu monarchique. — Marque certaine que le mouvement des esprits est démocratique, puisque le plus ardent monarchiste fait le démocrate.

J'ai entendu le concert historique de Fétis. Cet érudit en musique a imaginé de rassembler les monuments musicaux de la France et de les faire exécuter avec les mêmes instruments qu'au seizième siècle. La viole, la basse, l'orgue, soutiennent la mélodie simple et grave des chants. Jamais l'art ne m'a enlevé dans une plus pure extase, si ce n'est lorsque, étant malade à Bordeaux, j'écrivais Éloa.

Les chants divins qui m'ont ravi surtout sont ceux de Laudi spirituali, cantiques de la Vierge, chantés par les confréries italiennes.

Il y avait aussi un air de danse grave, dansé à la cour de Ferrare, au mariage du duc Alphonse d'Esté ; air d'une modestie et d'une grâce incomparables. Je voyais passer, en l'entendant, ces belles princesses aux yeux baissés et aux longues robes traînantes, se tenant droites et recevant des aveux d'amour avec réserve.

Il y avait un madrigal à cinq voix (par Palestrina), délicieuse composition pleine d'amour et de suavité. Puis un concerto passegiato pour violes, harpe, orgue et théorbe. La terre parle avec ces instruments ; avec l'orgue, le ciel répond. — Puis

enfin la Romanesca, air tel qu'un ange en peut inventer pour adorer.

Que j'ai admiré ces médailles de la musique !

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