‹ [Théâtre]Chapitre 187 sur 262 · CROYANCE OU RELIGION · texte numérisé non relu

CROYANCE OU RELIGION

Lorsque des hommes comme Descartes et Spinoza ont enfoncé leur tête dans leurs mains, ils devaient chercher en toute sincérité : i° comment la création leur apparaissait ; 2° quelles étaient les causes et le but de la création, selon le calcul le plus probable et le plus vraisemblable.

C'était une croyance qu'ils cherchaient.

Lorsque des hommes comme saint Augustin, Bossuet et Fénelon pensent aux choses religieuses, je les trouve beaucoup plus humains et plus superficiels ; ils considèrent l'univers comme construit pour certaine petite peuplade, et Dieu lui-même descendra sur une petite planète privilégiée pour lui donner une législation particulière.

C'était une religion qu'ils cherchaient.

La question, lorsqu'on s'enfonce dans ces choses, serait de savoir si l'on doit se placer au point de vue général de l'immensité où nage l'univers, et s'efforcer d'en tirer une sorte de perspective prise d'une planète comme Saturne ou Jupiter, ou bien si l'on doit se placer au milieu de l'espèce humaine qui peuple la petite terre, et de là, considérer la religion selon l'utilité qu'elle peut avoir comme point d'appui de la morale.

Le premier point de vue est visiblement le plus grand, le plus divin, en ce qu'il n'est inspiré que par un amour sacré de la vérité qui élève l'âme vers le Créateur et le centre de la création.

Le second point de vue est le meilleur comme amélioration de la société humaine, on ne le peut contester, et, de ce point de vue, le christianisme est jusqu'ici le système dont la vérité serait plus désirable que celle de tous les autres systèmes. Mais on sent combien la recherche de cet intérêt est rétrécie et misérable auprès de la recherche de la vérité.

Si les hommes avaient la force de se préparer à réfléchir aux choses divines par un premier acte de renonciation à leurs intérêts, à l'avenir de leur existence dans l'éternité et aux débats sur leur condition future, ils seraient dignes de se placer au premier point de vue et de chercher sincèrement une croyance.

Car cette perspective immense de la création dépasse les petits intérêts de la fourmilière humaine et doit être inutile à sa police correctionnelle, parce que le bien et le mal s'y perdent et s'y noient entièrement comme deux brins de paille.

Mais, comme les hommes ne s'occupent que d'eux-mêmes et que les plus forts ne pensent qu'à régenter les autres en leur créant des codes au nom des divinités qu'ils font descendre, soit à côté de l'homme, soit dans l'homme...

de l'éternité

J'ai trop d'estime pour Dieu, pour craindre le diable.

UN DIEU y POÈME-DRAME

La question serait que l'homme est plus grand que la Divinité, en ce sens qu'il peut sacrifier sa vie pour un principe, tandis que la Divinité ne le peut pas.

Pour dire cela sur un théâtre, il faudrait mettre une scène dans le paganisme où l'homme dit à un dieu cette terrible vérité.

Intitulez la pièce : un Dieu d'Homère,

Une jeune fille aimée de lui le repousse. Elle aime un homme qui peut mourir pour elle et avec elle.

2 juillet 1843, à minuit et demi.

Le cœur n'est qu'un morceau de chair bleuâtre qui ressent vivement les mouvements de reflux imprimés au sang par les idées dans le cerveau ; mais je le crois impuissant à créer des sentiments, comme c'est assez sa réputation.

L'âme ne me semble se servir réellement que du cerveau pour son instrument. Dans la mémoire, elle regarde, comme dans le miroir de ce mauvais petit logement, la forme de la personne aimée ; puis, dans l'entendement, elle trouve les raisons qui la lui font chérir ; ensuite, dans l'imagination, les couleurs qui la rendent radieuse et l'illuminent

tout entière. Toute cette revue dès le réveil fait sans doute tourbillonner le sang et le fait refluer au cœur comme dans un golfe d'où il retourne aux fleuves de toutes les veines ; mais le cœur n'est que l'écho du chant qui résonne en haut, sous les voûtes divines de la tête.

Page 1