DE MOI-MÊME
Ce qui se fait et ce qui se dit par moi ou par les autres m'a toujours été trop peu important. Dans le moment même de l'action et de la parole, je suis ailleurs, je pense à autre chose ; ce qui se rêve est tout pour moi.
Là est le monde meilleur que j'attends, que j'implore de moment en moment.
On est longtemps à se rendre compte de son caractère et à s'expliquer le pourquoi de soi-même.
J'ai souffert longtemps de cette tyrannique distraction. L'imagination m'emporte vers des suppositions délicieuses et impossibles et rend ce que je dis plus froid, moins senti, parce que je rêve à ce que je voudrais dire ou à ce que je voudrais m'entendre dire pour être plus heureux.
Il y a des vieillards qui feignent de ne pas entendre la voix de toute une génération. Quand on est sourd, il serait juste d'être sourd et muet} car on n'a pas droit de juger ce qu'on n'a pas entendu.
POÈMES PHILOSOPHIQUES J'aime la majesté des souffrances humaines1.
Ce vers est le sens de tous mes poèmes "philosophiques.
L'esprit de l'humanité ; l'amour entier de l'humanité et de l'amélioration de ses destinées.
Lord Byron reçut, le lendemain de son mariage,
1 Ce vers est tiré de la Maison du Berger.
une lettre de M. Davis qui lui demandait comment il se trouvait de sa nuit.
Il répondit :
« Vers quatre heures du matin, je me suis réveillé. Le feu rouge éclairait les rideaux cramoisis de mon lit, je me suis cru en enfer ; j'ai tâté à côté de moi, et j'ai vu que c'était encore pis, en me rappelant que j'étais marié. »
Aujourd'hui, cette anecdote m'est racontée par M. Hayward, qui a retenu dans sa mémoire cette lettre mot pour mot. Elle lui fut communiquée par M. Davis.