VU M. MOLE
Lundi 25.
Dans un salon où il recevait, sur le succès de son discours moqueur, les compliments de quelques personnes.
J'ai causé avec lui, mais je ne l'ai point complimenté ; comme candidat, j'aurais semblé flatter un juge, et, comme juge, j'étais mécontent de lui. — Son persiflage atteste que la génération forte de ce temps-ci est plus sérieuse que celle qui l'a précédée ; j'aime mieux la gravité simple et réfléchie de Tocqueville que l'ironie légère et mondaine de Mole.
Il a affecté pour la seconde fois de parler de l'histoire de Bazin sur Richelieu. Le défaut d'idée philosophique fondamentale est tellement grand à mes yeux, que je n'ai pu déguiser que j'en étais choqué, et, à la manière incertaine dont il m'a répondu, à son affectation de blâmer l'histoire systématique, j'ai senti cette mollesse générale que veulent donner à nos mœurs et à nos caractères les hommes à qui surtout le pouvoir est cher.
« Qu'est-ce pourtant, ai-je dit, que l'histoire, sans une pensée décidée et sans conclusion philosophique morale ou pratique ? Qu'est-ce que l'œuvre de Tacite, sinon une protestation patricienne contre les empereurs démocratiques ? »