ROMULUS
Jeune homme, marche dans la vie comme le beau Romulus de David.
1 « Souvent, on l'a vu, quand il jetait dans ses notes quelque pensée plus rare, d'une spiritualisation plus exquise que les autres et pour laquelle son imagination concevait par avance un enveloppement, une incarnation poétique, Alfred de Vigny l'inscrivait sous cette rubrique : Élévation ou Poème. Ce sont, en effet, des poèmes en germe, c'est l'œuf d'un oiseau qui éclora à son jour si le poète le veut. Je rassemble ici sans ordre et sans date un certain nombre de ces conceptions, quelques-unes à peine ébauchées, d'autres un peu plus avancées et à l'état d'esquisses : imaginations qui n'ont pas encore pris corps et qui pourtant ont déjà de la couleur, un commencement de vie et de mouvement. On entre ici dans l'atelier du sculpteur solitaire ; on touche ses rêves de marbre qui palpitent dans leur existence inaccomplie ; quelques-uns eussent été dieux si le noble artiste n'avait disparu. C'est un charme qu'on ne goûte pas sans un serrement de cœur. Et la tristesse s'accroît du caractère même de ces poèmes rêvés. Ils reflètent bien, dans une unité de ton harmonieuse, l'âme élevée et tendre, mais mélancolique et même sombre, du poète des Destinées. » (Note de Louis Ratisbonne.)
Ses reins sont renversés, sa main tient un dard levé sur son ennemi, son pied jeté en avant attend à peine l'autre, qui déjà est parti pour le remplacer. Son beau profil se dessine hardiment en brun sur l'azur du ciel. Son front est droit, son œil regarde en face, ses lèvres forment une sorte de moue farouche comme celle que devait avoir le nourrisson de la Louve.
O jeunesse ! entre ainsi dans la vie, légèrement et gaiement.