‹ [Théâtre]Chapitre 254 sur 262 · CHŒUR DES RÉPROUVÉS · texte numérisé non relu

CHŒUR DES RÉPROUVÉS

Rendez-nous, rendez-nous nos faibles corps d'argile, Le cœur qui souffrit tant et tout l'être fragile ; Frappez le corps, blessez le cœur, versez le sang. Et nous souffrirons moins qu'au séjour languissant Où Târne en face d'elle est seule et délaissée ; Car le malheur, c'est la pensée !

Éloa n'avait pas parlé depuis sa chute. Elle était restée immobile, posée dans l'ombre éternelle comme une pierre précieuse qui jette des rayons. La nuit était moins profonde depuis sa venue. Les Esprits passaient et repassaient près d'elle pour se voir entre eux à la lumière de sa beauté, et leur désespoir s'apaisait. Un pouvoir supérieur empêchait Satan de s'approcher d'elle. Il rôdait autour d'elle comme un loup autour d'une brebis enfermée dans une maison de verre. Le loup voit bien la lumière éclairer sa victime, mais il ne sait pas ce qui l'empêche d'y toucher. De temps en temps, il poussait des imprécations et se réjouissait des malheurs de l'homme :

La terre est malheureuse et gémit suspendue, Entre le Maître et moi partageant l'étendue, Elle suit en pleurant un chemin douloureux. C'est l'éternel théâtre ou nous luttons tous deux ; Tous les vœux élevés à la voûte immortelle, Encens inaccepté, tombent en pleurs sur elle. Il ne lui vient d'en haut que la foudre et l'horreur.; Quand son dieu lui parla, ce fut de sa fureur ; Lui-même, tout heureux qu'il est et qu'il se nomme, Je l'entendis gémir, devenu Fils de l'homme, Car rien n'est descendu sur ce monde odieux Qui ne fût teint de sang en retournant aux cieux !

Chaque fois qu'il arrivait des damnés en enfer, Éloa pleurait. Un jour que ses larmes coulaient ainsi, Fange maudit la regarde ; il n'a plus de bonheur à faire le mal. Elle le voit, lui parle : il pleure. Éloa sourit et élève son doigt vers le ciel, geste que Ton n'ose jamais faire dans les enfers.

«Qu'as-tu? dit Satan. Qu'arrive-t-il? Tu souris !

— Entends-tu ? entends-tu le bruit des mondes qui éclatent et tombent en poussière ? Les temps sont finis. Tu es sauvé. »

Elle le prend par la main, et les voûtes de l'enfer s'ouvrent pour les laisser passer.

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