ACTE II — SCÈNE IV
Noble dame, salut ! la faveur immortelle A votre jeune vie a donné du secours ! Puisse-t-elle de même assurer tout son cours !
DESDEMONA
Merci, brave Cassio ! mais ne pourrai-je apprendre Quand mon prince et seigneur à Chypre doit se rendre ?
CASSIO
Il vient, madame, il vient ; bientôt vous le verrez.
DESDEMONA
Hélas ! je crains pourtant... Vous fûtes séparés, Quel jour ?
Depuis hier, par ce terrible orage ; Mais il semble à présent calmé. Prenez courage. Le canon tire.
Le canon...
LES VOIX, au loin.
Un navire ! un navire !
On entend le canon longtemps.
PREMIER OFFICIER
A présent, C'est encore un ami qui ^alue en passant Et fait les trois signaux devant la citadelle.
CASSIO
Voyez-le pour madame, et revenez près d'elle.
L'officier sort.
A Yago.
Cher enseigne, soyez notre convive ici, Et bienvenu de tous.
A Émilia.
Et vous, madame, aussi, Souffrez ce libre accueil d'un marin.
Il lui donne la main.
YAGO, brusquement.
Sur mon âme, Vous pouvez librement causer avec ma femme ; Vous en aurez assez, comme moi, dans un jour.
CASSIO, à Desdemona, qui fait un geste d'étonnement.
C'est un soldat meilleur sur la mer qu'à la cour ; Il faut lui pardonner.
ÉMILIA, en riant, à Yago.
Sans qu'on vous interroge, Vous vous chargez bientôt de faire mon éloge.
Elle suit Desdemona, qui fait quelques pas vers le port en donnant la main à Cassio.
YAGO, sur le devant de la scène et les observant.
Il lui prend les mains..., bon ! et lui parle bas..., bien !
Le papillon s'attrape au plus faible lien ;
Dans celui-ci, Cassio, je te prends avec elle !
C'est cela. Parle-lui, souris bien à ta belle.
Tu seras dégradé pour ces fadaises-là.
Un baiser sur tes doigts..., bien, bravo ! c'est cela !
Pour que ta main le rende à sa main qu'elle touche,
Puissent tous ces baisers empoisonner ta bouche !
On entend une trompette.
Voici le More. Ah ! ah ! sa trompette !