‹ [Théâtre]Chapitre 34 sur 262 · ACTE II — SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE VI

Et sur Desdemona vous en saurez de belles ! Vous, jeune débutant qui croyez aux rebelles, Que direz-vous si tout vous prouve maintenant Qu'elle est, sans le cacher, folle du lieutenant ?

De Cassio ? Je ne puis croire cela !

YAGO

Silence !

Laissez-vous éclairer. On sait la violence Sans borne avec laquelle Othello fut aimé ; Le cœur de cette femme en un jour fut charmé ; Charmé de quoi ? d'un conte à dormir, d'une histoire De voyages, qu'elle eut la sottise de croire. Pour ces fables en l'air, pensez- vous bonnement Que la Desdemona l'aime éternellement ?

Point du tout ; pour la belle, il faut tout autre chose, Un bonheur plus réel, moins froid, qui se compose De mieux que d'admirer le teint d'un homme noir. Quel plaisir pensez-vous que l'on éprouve à voir Le diable ? Ah ! croyez-moi, quand de l'adolescence L'amour dans une femme usa l'effervescence, Pour rendre quelque flamme à la satiété Il faudrait des rapports dans l'âge et la beauté, Dans les goûts enfantins qu'elle conserve encore ; Et c'est là justement tout ce qui manque au More. Cherchons donc qui pourrait lui donner tout cela : Cassio..., car tout exprès le Ciel l'a placé là Pour attraper au vol cette bonne fortune. Adresse, or, il a tout ! de conscience ? aucune ! Ou bien pour les dehors, juste ce qu'il en faut Pour mettre, par son air, les jaloux en défaut. Beau, jeune et délié, tendre, plaisant et leste,

Rusé comme un démon, méchant comme la peste ; Aussi la belle en tient et le connaît à fond.

RODRIGO

Oh ! que dites- vous là ? Tout Venise répond De sa haute vertu.

Vertu ? Fausse monnaie !

Ils n'ont pas comme moi mis le doigt sur la plaie. N'avez- vous donc pas vu tout à l'heure sa main Dans celle de Cassio ?

RODRIGO

Oui.

YAGO

C'était le chemin D'un bonheur rapproché, mystérieux prélude A la conclusion que personne n'élude ; Dénoûment bien certain, qu'on pourrait se charger De prévenir. — Laissez Yago vous diriger. ! L'entreprise à présent peut être décisive, Et Cassio répondra de tout, quoi qu'il arrive. Je vous ai fait venir (et ce n'est pas pour rien) De Venise, et je veux vous amener à bien. Veillez toute la nuit ; voici votre consigne : Sitôt que vous verrez ma main faire ce signe, Quand nous rencontrerons Cassio, suivez ses pas ; Tâchez de l'irriter, il ne vous connaît pas ; Discipline ou rang, tout peut être votre texte : Il vous en fournira lui-même le prétexte ; A se mettre en colère il ne sera pas lent.

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