‹ [Théâtre]Chapitre 40 sur 262 · ACTE II — SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE II — SCÈNE X

YAGO

Vous aimeriez une Desdemona, N'est-ce pas ? Quel air tendre, -ardent ! quel œil elle a !

CAS SI O, avec réserve.

Un œil tendre, et pourtant un regard très modeste.

YAGO

Allons, c'est bien ! qu'ils soientheureux là-haut ! Dureste, J'ai deux flacons de vin, avec deux bons amis, Qui nous empêcheront de rester endormis. Si vous voulez...

Non, pas ce soir. Je le confesse, Ma tête à ce jeu-là n'apporte que faiblesse, Et, depuis que je sers, j'ai toujours regretté Qu'un plaisir moins bruyant ne pût être inventé.

YAGO

Un verre seulement pour leur être agréable, Et puis, si vous voulez, vous quitterez la table.

CASSIO

Non ; pour un verre seul d'un vin très affaibli,

Je suis déjà troublé. Je mettrais en oubli

Mes devoirs. J'en craindrais quelque funeste suite.

YAGO

Vous, soldat ! d'un enfant aurez-vous la conduite ? Dans un soir de plaisir ?...

CASSIO

Eh bien ! où sont-ils ?

YAGO

Là.

CASSIO

Allons-y donc ! Pourtant je n'aime pas cela.

Il entre au corps de garde.

YAGO, seul.

Si je puis l'amener à se verser rasade, Il ne tardera pas à faire une algarade. Rodrigo d'autre part, que l'amour rend plus sot Qu'il ne fut en naissant, va s'enivrer bientôt, Car je l'ai laissé là buvant à sa maîtresse. J'ai tant fait circuler la bouteille traîtresse, Que trois braves de Chypre au cœur fier et hautain Sont de garde et vont se battre jusqu'au matin. Maintenant, au milieu du troupeau sans vergogne, Je vais lancer Cassio comme un cinquième ivrogne. Ils reviennent ; s'ils font tout ce que j'ai rêvé, Ma barque voguera seule, et je suis sauvé.

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