ACTE III — SCÈNE XI
DESDEMONA
Vous ne vous trompez point, seigneur, car ce fut elle Qui vous donna mon cœur.
OTHELLO
Ah ! ah ! façon nouvelle !
C'était le cœur jadis dont on faisait présent ; Mais on ne donne plus que la main à présent.
DESDEMONA
Je ne vous comprends pas ; mais parlons, je vous prie, De votre promesse.
OTHELLO
Ah ! quelle plaisanterie !
Qu'ai- je promis ?
DESDEMONA
Cassio va venir pour vous voir.
OTHELLO
Je souffre. Prêtez-moi, mon amie, un mouchoir.
-DESDEMONA
Voici le mien, seigneur.
Non, je voudrais, ma chère, Celui qu'en vous quittant je vous donnai naguère.
DESDEMONA
Je ne l'ai pas sur moi.
OTHELLO
Cela m'étonne fort.
DESDEMONA
Je ne l'ai pas toujours.
OTHELLO
Non?
DESDEMONA
Non.
OTHELLO, avec sévérité.
Vous avez tort, Madame ; ce mouchoir, c'est d'une Égyptienne Que le tenait ma mère : — une magicienne, Si profonde en savoir, que sa plume eût écrit Tous les pensers secrets qui passent dans l'esprit. Ma mère, avec ce don, eut l'assurance d'elle Que son mari serait toujours bon et fidèle, Que de plaire toujours elle aurait le secret Tant que ce talisman chez elle resterait. Ma mère en expirant me l'a laissé, madame, M'a dit de le donner à mon tour à ma femme : Je l'ai fait. Prenez soin du mouchoir précieux Comme de la prunelle ardente de vos yeux 1 ; Le perdre ou le donner serait une infortune Comme pour vous, madame, il n'en peut être aucune.
Serait -il possible ?
OTHELLO
Oui. Ce mouchoir a reçu
1 I did so : and take heed of't ;
Make it a darling like your precious eye ; To lose or give 't away, were such perdition As nothing else could match.