‹ [Théâtre]Chapitre 81 sur 262 · ACTE III — SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

ACTE III — SCÈNE XIV

Nous mesurions sa force à notre esprit rusé, Nous l'avions tous ici faussement accusé.

ÉMILIA

Plaise à Dieu que ce soit quelque affaire publique Et le tourment secret d'un travail politique, Et non pas un soupçon injurieux pour vous !

DESDEMONA

Hélas ! eut-il jamais sujet d'être jaloux ?

'^ ÉMILIA

Eh ! mon Dieu ! n'allons pas prendre un si vrai langage, Car les esprits jaloux n'entendent rien de sage. Ils sont jaloux, non pas pour tel ou tel objet, Mais sont jaloux pour l'être et sans aucun sujet. Tenez, la jalousie est un monstre crédule, Nourri d'un mal secret qu'il aime et qui le brûle, Aux pièges qu'il se tend toujours pris et repris, Engendré par lui-même et de lui-même épris.

DESDEMONA

Dieu veuille d'Othello détourner ces pensées !

ÉMILIA

Ah ! qu'il en soit ainsi !

DESDEMONA, à Cassio.

Vous nous voyez forcées De vous quitter. Restez ici, près du château. Je vais voir monseigneur. — Qu'un prétexte nouveau Se trouve sous mes pas, je reprends la parole Sur cet événement dont l'éclat nous désole.

Que Votre Grâce en ait d'avance tout l'honneur Et les respects profonds que lui garde mon cœur !

Il salue, et elle se retire en le saluant aussi cérémonieusement ; elle monte au château avec Émilia, par les marches d'un escalier de marbre.

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