ACTE IV — SCÈNE III
Vaut mieux que vivre en paix sans s'en être douté,
Et dormir chaque nuit paisible à son côté.
Vous êtes plus heureux ainsi. La circonstance
Vient vous trouver : le sort vous sert avec constance.
Tandis que vous étiez (chose indigne de nous)
Renversé dans mes bras, le front sur mes genoux,
Cassio même est venu. J'ai déguisé la cause
De ce triste accident, prétextant autre chose ;
Mais il va revenir. Cachez-vous, s'il vous plaît,
Dans cet enfoncement. Et, de là, s'il parlait,
S'il se laissait aller à l'insultant sourire
Qui d'un amant heureux trahit toujours l'empire,
Vous verriez tout vous-même. Oui, je vais sous vos yeux
L'amener à conter en quel temps, en quels lieux
Il fut avec faveur traité par votre femme.
Mais de votre fureur contenez bien la flamme,
Ou je serai forcé de croire que vos sens
Sont livrés au pouvoir des esprits malfaisants.
OTHELLO
Écoute, amène-le, j'y consens, où nous sommes.
Je veux être, entends-tu ? le plus prudent des hommes,
Mais le plus sanguinaire aussi.
YAGO
C'est juste. — Allez,
Othello se retire et s'enfonce sous la voûte, à droite de la scène, entre les colonnes. On le voit paraître et se cacher tour à tour.
Et vous entendrez tout de là, si vous voulez. —
A part.
Maintenant sur Bianca j'interrogerai l'autre ; C'est une aventurière à qui ce bon apôtre
A dérangé l'esprit et qu'il traîne après lui. Il rit quand on en parle, et je vais aujourd'hui Me servir de son nom. Othello dans ce rire Verra tous les aveux qu'il rêve en son délire, Et chaque mot ainsi va leur être fatal.
A Cassio qui rentre.
Comment vous portez- vous, lieutenant ?
Othello est placé de façon à tout voir, mais ne peut entendre que lorsqu'on élève la voix.