ACTE IV — SCÈNE IV
OTHELLO, à part.
Comme il sourit déjà !
YAGO, haut.
Soyez donc triomphant, Car je ne vis jamais plus amoureuse femme.
CASSIO, riant.
Oui, je crois qu'elle m'aime ! Ah ! c'est une bonne âme !
OTHELLO, à part.
Il a l'air de nier, mais faiblement. — Maudit ! Tu souris !
YAGO
Parlez-moi.
OTHELLO, à part.
Yago presse. Bien dit !
Bien dit !
YAGO, plus bas.
Elle se vante à tout propos dans l'île Que vous l'épouserez.
CASSIO, riant aux éclats.
Je quitterais la ville, Plutôt. Ah ! ah ! ah ! ah !
OTHELLO, à part.
Tu triomphes, Romain !
CASSIO
Grâce pour ma raison ! Moi lui donner la main ! Vous me croyez donc fou ?
OTHELLO, à part.
Ris, après ta victoire !
Yago m'a fait un signe ; il commence l'histoire, Sans doute.
CASSIO
L'autre jour, elle est venue à moi Réclamer, en public, des preuves de ma foi, Sur le bord de la mer. J'en rougis quand j'y pense. Elle vient se jeter à mon cou, s'y balance...
Il fait le geste de se suspendre au cou d'Yago. OTHELLO, à part.
Il décrit ses plaisirs sans doute et leurs propos.
— Quand verrai-je les chiens qui rongeront leurs os!
CASSIO, poursuivant.
Elle était en fureur, en larmes, et la cause Était ce beau mouchoir, voyez, pas autre chose ; Elle l'avait trouvé dans mon logis hier, Disait-elle.
Il tire le mouchoir de sa poche.
OTHELLO, à part.
Voilà mon mouchoir. Qu'il est fier, Le traître !
CASSIO
J'en ai peur, je me cache et l'évite, Et pour cela, mon cher, je m'esquive au plus vite.
Il sort.
YAGO
Adieu.