‹ ThéâtreChapitre 146 sur 235 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

AU F A V 11 O L- R G S A I X T - J A C av K S , CHEZ M A R G A R O T

La salle de dessin. Gr.iiKie taWe de travail. Vases et jardinières remplis de fleuns. Dans lui coin, de longues bandes de papiers peints, étalées sur des lattes pour sécher, descendent du plafond jusqu'à terre. Tout le fond de la salle est vitré avec une grande porte au milieu, donnant sur une cour plantée d'arbres. Au bout de la cour, la fabrique avec ses tuyaux rouges et ses mille fenêtres. Porte à droite ; à gauche, une large fenêtre assez élevée, entr'ouverte. A gauche, premier plan, un divan très large, et sur le divan, pelotonné dans un vieux tapis, quelque chose qui a l'air de quelqu'un.

SCF.'yi.E T%E3\C1ÈTIE

LH PERI- JOURDEUIL

MADAME JOURDEUIL, LOUISE

MARGAROT, puis NAMOUN.

Au lever du ritleiiu, lout le vietnle est ilehoul. Ou vient d'culrcr, Margarot au milieu de la salle en tenue de planteur, une rose à la boutonnière, son panama à la main. Le pire Jourdcuil, le dos appuyé contre la table, superbe, dédaigneux, son grand chapeau sur l'oreille, faisant le moulinet avec sa canne et sifflotant. Louise dans l'encadrement de la porte du fond, son ombrelle encore ouverte.

MARGAROT, montrant l'atelier d'un geste arrondi.

L'oiseau s'est envolé, mesdames; mais voici toujours 1,1 cage !

A cri; 1 II, se UNE I 291

MADAME J O U R D E U I L

Envolé !

LOUISE, i'aViiiiçant.

Où donc?

Oh! pas bien loin... sans doute dans le jardin, à fumer un cigare, en attendant la cloche... Tout juste la clef est à la porte... (Il mûntie la porte à «aiichf.)

LOUISE

Alors, c'est ici qu'il travaille?...

Oui, mademoiselle, c'est ici... voilà sa table, sa chaise, ses crayons (montrant les papiers) et ses œuvres.

LE 1> ik R E y o u R n E u I L , entre ses ihnts .

Jolies, les œuvres! Pft!

MAD.\ME JOURDEUIL, suppliante.

(Bas.) Mon ami.

LE PÈRE JOURDEUIL, niéiiie Ion.

Qu'est-ce que tu veux? Je suis indigné. (Il se remet à siffloter.)

M A RG A ROT, drraitt les papiers.

Ah! je vous réponds que le gaillard n'a pas gardé ses mains dans ses poches depuis quinze jours qu'il est chez moi... il v va d'i;n cœur, d'une rage!... Les Jourdeuil sont déj.'i très demandés sur la place.

L E P È RE J o u R D 1: un., inilioné.

Demandé sur la place. Oh!...

292 LE SACRIl-iCE ■

MADAME JOURUEUIL, bas.

Je t'en prie...

LE PÈRE JOURDEUIL, kis.

C'est une honte, je te dis... (Il rea'unuencc il siffloUr avec rnnr.)

II y a surtout ces pavillons chinois, pour salle de billard.., ça, voyez-vous. (Il envoie un baiser aux pavillons chinois. Le père JourJeiiil, hors ilc lui, fait le geste île lotit casser avec sa canne.)

MADAME JOtJR DEUIL, s'apprvchant vite lie Margarol.

Alors, monsieur, vous pensez que nous allons le trouver dans le jardin.

Oh! ne prenez pas la peine, madame. Je vais envoyer un de nos tireurs... (Regardant autour de lui.) Il doit y .avoir par là, dans quelque coin... tout juste! (Il va vers le divan, et secoue avec son pied le tapis roulé dessus.) Hé, moricaud... va vite chercher M. Henri... (Le tapis se déroule lentement. Il en sort un f>elit être malingre, vêtu d'une blouse bleue, les pieds tins, pale, l'œil brillant, ta chevelure ébouriffée et toute remplie de laine verte et de poussière d'or.)

LOUISE, s approchant.

Comment!... (Llle rit.) Ah! ah 1 ah 1 la bonne liistoire! Ah! ah!... est-il drôle avec sa blouse... Tourne-toi, voyons... (Elle le tourne et le retourne.)

MADAME J o U R D E U I L , de loin.

Eli bien r Louise.. .

AC 1 i: III . SCEN L I 2y}

LOUISE

Mais, maman, c'est Namoun!...

Namoun 1 ...

LOUISE

Eh! oui... C'est Namoun... Bonjour, Namoun.

N A M o U X , eiuon eiuhrnii.

Boujou...

MADAME JOURDEUIL

Tu es donc dans les papiers peints, toi aussi?...

N.\MOUN', fièrement.

Ih ! Ci moi tireur maintenant. (Il tousse.)

Ma foi ! oui... Ce gamin-l.i n'a jamais voulu se séparer d'Henri. Nous avons été obligés de le prendre à la fabrique.

LE PÈRE JOURDEUIL, avec emphase.

(A part.) C'était bien la peine de naître au Saliara.

Drole de petite bétel... Dès qu'il a un moment, il vient se coucher là comme un chien frileux, près de la table de son maitre...

L ouïs i; , li sa mère.

Mais regarde-le donc!... c'est qu'il est très gentil dans son nouveau costume... Et cette poussière de laine verte et d'or qu'il a dans les cheveux, est-ce charmant !

294 Li; SA CKII- ICE

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