SCENE IX
vitres, mais rien de plus... Voyons! pardonne-moi et recommence ta petite musique, veux-tu ? Je ne te dirai plus rien; d'ailleurs, je te cherchais une querelle d'Allemand, qu'est-ce que cela fait, je te demande, qu'on dise : Mon Dieu ! fi les lilas, ou : Mon Dieu! si les lilas? Est-ce qu'on écoute les paroles d'une romance?... Et du reste, si l'on écoute les tiennes qui sont charmantes, bast ! on comprendra tout de même malgré la prononciation... on croira que tu méprises les lilas, que tu en fais fi et que tu dis : Fi les lilas! Fi donc les lilas! hein? C'est ingénieux! Voyons, Suzette, une! deux! trois! boute! pousse! Embrasse-moi.
BRIGITTE, en dehors, effarée.
Suzette !
s UZETTE.
Oh ! mon Dieu ! maman qui m'appelle, et mes yeux qui sont tout rouges. (Elle essuie ses yeux.)
BRIGITTE , en delmrs.
Suzette! Suzette!
SUZETTE
Qu'est-ce qu'il y a?... Je viens. (Elle vu vers lu.
■ cuisine.)
EUSTACHE, courant après elle.
Un baiser avant de sortir.
SUZETTE, 1res radoucie.
Ni avant, ni après, tu es trop méchant. (ElU s'échappe et sort.)
SO L E s A B s K N T S
SCH'N.E X HUSTACHH, seul.
.Ma loi! l'iiiteiTLiplioii vient à propos: je ne savais plus qu'inventer pour guérir ce grand désespoir... Ëtait-elle charmante ainsi, toute rouge et baignée de larmes, comme une reine-claude à la rosée de trois heures, et n'est-ce pas dommage qu'un si beau fruit porte son ver comme les autres ! Dieu me pardonne ! je crois qu'elle appelle cela un défaut de langue... Non! certes, ce n'est pas un défaut... c'est un vice, un vice épouvantable, fait pour empoisonner toutes les ivresses du tctc-à-téte... Que diantre voulez-vous faire d'une femme qui s'appelle Fuvette, et qui vous appelle Euflafe et qui vous dit îv l'ous vaime! A distance et de souvenir, on trouve cela charmant; cela vous accroche l'oreille, cela chatouille, cela caresse; mais de prés, dans le tête-à-tête... (Eti parlant, il s'est allongé ilans le fauteuil et se met à hàiller.) Décidément je trouve qu'au lieu d'aller au-devant de la diligence, il eût été plus sage de m'attendre ici, la soupe au chaud, le vin au frais. C'est qu'il est très tard. Voilà le soleil qui commence à dégringoler là-haut de branche en branche... A cette heure-ci, tous mes camarades les étudiants sont déjà sur le cours à jouer au mail pour faire la digestion... Ahl quand on a bien diné, rien ne vaut une bonne partie de mail, à douze ou quinze joyeux compagnons, entre deux haies de spectateurs, avec de la bière de Beaucaire qu'on boit pendant les entr'actes sur de petites tables vertes. (Tristement, en reuiinîant autour de lui.) Je