SCENE X
Comment serait-il sorti de la serre, puisque Virginie était là r
Pour peu que la citoyenne ait quitté un instant
le pavillon, il a pu s'y glisser. (Les paysans haussent les épaules. Cadet-Vincent va pour monter.)
VIRGINIE, l'arrêta nt.
Tu ne vas pas monter chez moi, je suppose.
CADET -VIN CENT, aux paysans qui s'en '■.ont.
Attendez donc, attendez donc, vous vous pressez
trop. (Il court après eux pour les retenir.)
VIDAL, s'ai'ançaiil l'crs l'escalier.
Au fait, on peut bien s'assurer.
VIRGINIE, sur le bas de l'escalier, souriant.
Tu vois, tu t'y laisses prendre.
VIDAL
Q.ue veux-tu? je serai plus tranquille.
VIRGINIE
Alors, tu crois plutôt l'officieux que ta fille, je te dis qu'il n'y a personne.
Tu peux te tromper.
Je sors de ma chambre à l'instant.
14^ LŒILLETBLANC
VIDAL
Quelle singulière résistance! allons, je veux...
Pure...
VIDAL
Q.u'as-tu donc r
Si tu m'aimes, n'entre pas.
\' 1 1) A L , à demi-voix, les dents serrées.
Ah ! fille tle ta mère...
C A D E T - \' I N C E N r , ramenant les paysans.
Il faut voir... il faut voir... Eli bien, citoyen?
C'est inutile.
Mais cepeiuiant...
VIDAL /(• repousse brutalement.
Ma fille vient de quitter le pavillon.
c; A D i; T - V I N c E X T , à part.
Où diable est-il passer Oh! si je le trouve!
VIDAL, (i Cadet-Vincent.
'loi, reconduis ces braves gens, et demande-leur pardon de les avoir dérangés pour rien. A revoir, citoyens; passez par le château, l'officieux va vous verser .i boire. (Les paysans s'éloignent; Virginie est frémissnnic au has de l'escalier.)
SCliNE XII 145
CADET- VIN CENT, à part, avant de sortir.
Ça. ne sera pas du vin, toujours...
SCÈn.E XL VIDAL, VIRGINIE.
Long silence.
VIDAL, à gauche.
Ct maintenant, fais-le descendre.
VIRGINIE, ejfarée, s'élance vers le pavillon.
Eh bien! oui, c'est vrai, j'ai menti! quelqu'un est là. Un homme dont la vie est en péril, c'est moi qui l'ai caché. (Avec tendresse.) Et tu vas m'aider à le sauver.
Le sauver, nioil
SCÈn.E XII Les Mêmes, LE MARQ.UIS.
LE MARQUIS, apparaissant sur le perron.
Monsieur, je vous salue; je m'appelle Hector- Dieudonné d'Anjalbert, marquis de Courson-Launay, je suis bon gentilhomme et le plus fidèle sujet de Sa Majesté. (Il descend.)
VIRGINIE, se jelanl entre Viilal et h marquis. Épargnc-le, c'est un enfant.
LE MARQUIS, l'écartant.
Assez de supplications et de larmes, Mademoiselle; c'est vous donner trop de mal pour un inconnu.
VIDAL, bas, avec un éiwniie suupir de soulagement. Un inconnu!... ah! le ciel soit béni!
LE MARaU IS, à Filial.
Ht nous, Monsieur, finissons-en; faites votre devoir, je ferai le mien.
VID.V L, 1! <lci:n-ivix.
Un enfant... C'est un enfant...
LE MARQUIS
Oli ! je connais votre loi. Elle est précise là-dessus. Je suis émigré, j'essaie de rentrer en France pour un jour, vous me prenez, je sais ce qui m'attend.
Tu es émigré, dis-tii ?
LE MARQUIS
Depuis trois ans.
VIDAL
Depuis quand rentré en France?
LE MARQUIS
Depuis une lieure.
SCÉN'E XII 147
VIDAL
D'où viens-tu ?
LE MARQUIS
De Portsmouth.
VIDAL
Pourquoi faire?
LE MARQUIS
Ma foi, une occasion superbe de respirer l'air natal après un exil de trois années ; c'est si bon à fouler, le sol du pays! c'est si doux à cueillir, une fleur de France! (Passionnément.) Oh! pour rien dans le inonde je ne voudrais n'être pas venu.
Quel âge as-tu donc pour tenir aussi peu à la vie?
LE JI A u Q u I s .
Qii'importe ! vos échafauds en ont vu de plus
jeunes. (Mouvement de Virginie.)
VIDAL, calme, à sa fille.
Va, je puis tout entendre à présent. (Au marquis.) Et comment comptais-tu retourner en Angleterre?
LE MARQUIS
Ceci est mon secret, Monsieur. (Ici commence h
deuxième couplet; Virginie relève la tète.) Et je le garde.
LE CHŒUR, au lointain.
Hissa ho!... hissa .'... hissa .'... hissoué !
VIRGINIE, s'élançant vers son père.
Le signal, père, écoute.
14B . l'œillet blanc
Quel signal }
LE MARQUIS, vivement.
Prenez garde, Mademoiselle, ce secret ne vous appartient pas.
\' I K G I N I E , sans Vécouler.
Au pied de la falaise... près d'ici... une barque l'attend... cette chanson est un signal, un dernier appel... dans quelques minutes, il sera trop tard.
VIDAL \n fers le f un il et ouvre la porte. Eh bien!... qu'il s'en aille!
\'IRGtNIE, sautant à son cou.
Ah! tu es bon... je t'aime.
r. E MARQUIS, stupéfait.
Vraiment, Monsieur, je n'ose croire à tant de générosité, et je ne sais comment vous exprimer...
VIDAL, se dcharrassant iluucer.tent de Virginie.
Ne me remercie pas, va-t'en. (Le Jour baisse peu à peu.)
LE MARQUIS, s'avançant vers Virginie.
Nous ne devons plus nous revoir, Mademoiselle ; mais soyez assurée que de mon séjour ici j'emporte un souvenir qui ne... me... quittera jamais. (Il appuie la main sur le côté gauche de sa veste où l'aillet est cache. A r/i/n/.^ Vous m'offrez la vie, Monsieur, je l'accepte; vous aviez raison... on y tient, à mon .âge.