SCENE PREMIÈRE
MELCHY, assis à gauche, FLAVY, du fond, par
la porte du milieu.
FLAVT.
Eh bien I Melchy ?
MELCHY, se levant.
Ah ! monseigneur...
J'ai été obligé de vous laisser au milieu de la route pour surveiller deux cavaliers suspects... Y a-t-il long-temps que vous êtes arrivés au manoir de 3ïontlouvier?
MELCHY.
Deux heures, monseigneur.
FLAYY, appuyant.
Par la petite porte?
MELCHY.
Monseigneur l'avait recommandé.
FLAYY.
C'est toujours par là que vous devez entrer et
sortir.
MELCHY.
J'ai parfaitement compris, monseigneur... Si nous sortions, Martha et moi, par la grand'porte, ce serait révéler à bien des gens que ce lieu sert de cage à quelque nouvel oiseau déniché par nos soins ; car nous sommes connus dans le pays, la vieille et moi, pour les fauconniers intimes de monseigneur.
FLAYY.
Et je tiens, cette fois, à avoir le moins de confidens possible, pour que la vicomtesse ne se doute de rien... Du reste, ne te dessaisis de la clef de la petite porte en faveur de personne.
MELCHY.
Je l'ai donnée à Marlha pour la commission dont vous l'avez chargée.
FLAYY.
Martha, c'est différent... Elle n'est pas encore de retour?
MELCHY.
Elle commence à se rouiller.
FLAYY.
Le château de Presle n'est pourtant qu'à quelques lieues d'ici... J'ai chargé Martha d'aller sonder adroitement la vicomtesse, pour savoir si notre trace n'aurait pas été suivie.
MELCHY.
Quelle apparence?
FLAYY.
Eh! eh! ces deux cavaliers à qui j'ai fait rebrousser chemin...
MELCHY.
>'on, non; rassurez-vous, monseigneur... Per-
sonne ne viendra vous troubler dans vos nouvelles amours... Le petit nombre de gens que vous tenez ici est discret et fidèle : jlartha pour servir la demoiselle ; Bruno, le jeune trouvère, pour lui chanter des chansons ; moi pour faire bonne garde. Dix ou douze personnes en tout... Une seule serait à craindre, d'Orbendas.
FLAYY.
Lui, le plus dévoué de mes serviteurs?... Il a le droit d'entrer partout où je suis... Laissons cela... Et Marie, dis-moi...
MELCHY, désignant lu gauche.
Elle est là, elle a voulu être seule depuis quelques instans.
FLAYY.
Elle ne se doute pas, au moins...
MELCHY.
Elle en est à cent lieues: elle se croit ici dans le château d'un protecteur dont elle nous a parlé sans le nommer, et dont elle vous prend pour le représentant.
FLAYY.
Et tu n'as pas pu savoir...
MELCHY.
Elle n'a voulu rien dire sur ce point. Elle a fait, dit-elle, le serment de ne rien révéler de ce qui la concerne sans la permission de ce mystérieux protecteur. Du reste, elle est heureuse, confiante, épanouie.
FLAYY.
Et vous avez dit à ceux qui ont pu la voir que c'est ma protégée?
MELCHY.
Avec un sérieux dont monseigneur eût été content... Elle m'a demandé à visiter le manoir; je l'ai accompagnée, je lui ai çuverl toutes les portes. Elle a une intelligence, une mémoire!... Elle est vraiment charmante... Avec sa figure, elle pouvait se passer d'avoir de l'esprit, et elle a tant d'esprit qu'elle pourrait se passer de sa figure.
FLAYY.
Je suis impatient de la revoir.
Voici justement Martha pour vous introduire.
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