‹ ThéâtreChapitre 108 sur 971 · MARIE, FLAVY · texte numérisé non relu

MARIE, FLAVY

MARIE, de la porte latc'rale de gauche. Monseigneur !

' Flavj-, d'OrLendas, Mclcliy.

FLAVY

C'est vous, Marie?

J'ai voulu prendre un peu de repos; mais cela est impossible, je suis si impatiente de revoir mon bienfaiteur !

FLAVY

Je rends grâce à cette impatience qui vous fait quitter votre solitude pour chercher la distraction. Parlez, belle Marie, manifestez un désir, il sera satisfait, car tout ici va s'empresser à vous plaire. Pas un seul nuage ne passera sur ce front si pur, sans être promptement dissipé par nos soins. marie, touchée.

Oh ! monseigneur, vous me rendez confuse... Qu'ai-je donc fait pour mériter tant de bienveillance ?

FLAVY

Le ciel a fait pour vous ce quïl n'a fait pour aucune autre : il a épuisé ses trésors pour vous embellir ; il a placé sur vos lèvres un angélique sourire, dans votre voix un accent qui gagne le cœur, et dans vos yeux un charme qui attire et cependant impose.

marie, émue.

Oh! monseigneur, j'aime à vous entendre, je l'avoue; car je vois bien que c'est à lui, toujours à lui, à mon protecteur, que je dois vos paternelles bontés et vos bienveillantes paroles. Il vous aura dit, à vous, son ami, qu'il vous fallait me traiter comme il me traite lui-même , comme sa fille.

FLAVY, à part.

Tant de candeur ne mérite que des respects... {Haut.) Oui, Marie, oui, je veux le remplacer auprès de vous; je veux tout faire pour que vous ne regrettiez pas son absence. Je vous l'ai dit : elle sera peut-être un peu longue ; mais comptez sur le dévoûment de son meilleur ami, de celui à qui il vous a confiée, pour vous distraire des chagrins que cette absence peut vous causer.

marie, troublée.

Son absence sera longue peut-être, dites-vous, monseigneur?... oh! voici une espérance et une crainte qui m'agitent également, et qu'il faut que je vous dise.

FLAVY

Parlez.

marie, regardant Flavij avec agitation.

Mon protecteur était à la veille de découvrir ma famille ; il me l'avait fait pressentir en me demandant si je l'oublierais, lui, dans le cas où je retrouverais mes parens. Aujourd'hui j'habite le manoir d'un puissant seigneur; vous me prodiguez les bontés les plus touchantes , et quand vous me regardez, il me semble que vous êtes ému... {Trcs-émue.) Oh! s'il était vrai... si vous étiez de ma famille, ce serait bien cruel de ne pas me le dire à l'instant... vous le voyez, je suis prêle à tomber à vos genoux !

FLAVY

Calmez-vous, belle Marie !

LE IMANOIR DE MONTLOUVIER.

MARIE

Mais cette espérance de mon cœur est empoisonnée par une crainte. Peut-être que vous, monseigneur, ayant sur moi des droits que mon protecteur ne peut avoir, vous l'avez éloigné une fois que sa mission a été remplie ; vous avez craint que l'amour que j'ai pour lui depuis si long-temps nempèchât de naître celui que ma famille doit attendre de moi, et vous m'avez séparée de lui peut-être pour toujours ! Oh ! s'il en est ainsi , monseigneur, vous vous êtes trompé... Oh! c'est que je ne puis pas plus vivre loin de lui qu'il ne peut, lui, j'en suis sûre, vivre loin de moi... Oh ! c'est qu'il a fait trop de sacrifices ; il a trop mis de son existence dans la mienne pour ne pas m'aimer comme je l'aime. {Exaltée.) C'est que, voyezvous, mon père fût-il un roi et ma mère une reine, roi et reine de France, je ne consentirais à vivre près d'eux, je ne pourrais être heureuse près d'eux, qu'à la condition que mon protecteur, mon ami, le soutien de mon enfance vivrait auprès de moi.

FT.Avv, à part.

L'oubli sera difficile. {ITajtt.) Votre espérance et votre crainte n'ont point de fondement. Je suis lami de votre protecteur, voilà tout, et s'il vous a confiée à moi , c'est qu'il a pensé qu'arrivée à l'âge où vous n'êtes plus une enfant, et destinée au monde, vous deviez commencera prendre d'autres habitudes.

MARIE, attendrie.

Bon protecteur! il songe à tout pour moi! et il reviendra? je le reverrai?

FLAVV.

Sans doute.

MARIE , charmée.

Je le reverrai... merci, monseigneur, merci !

FLAVY

On m'attend dans mon pavillon; je vous laisse seule pour quelques instans.

Seule?... oh ! non, je vais penser à lui. FLAVY, à part, en sortant.

Il faudra de la persévérance... Qu'importe! elle est si noble et si pure que ce serait encore du bonheur de rester près d'elle et d'attendre toujours I

Il sort par la poric thi milieu^ au foml.

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