‹ ThéâtreChapitre 131 sur 971 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

FLAVY, LA VICOMTESSE

La Vicomtesse arrive du fond cxlérieiir b gauclie. FLAVV.

Vous ici, madame, au manoir de MontIou\icr?

LA vicomtesse.

Ce n'est pas pour moi que je \iens \ous parler. {A part.) D'Orbendas a péri, dit-on ! mon Dieu, soutenez mon courage!

FLAVV.

Pour qui donc?

LA vicomtesse, se Iroiiblttiil.

Pour ma... jiour Marie... pour cette jeune lilio.

FLAVV.

C'est contre mes ordres formels que \ous êtes arri\ér jusqu'à elle; car dès lors (jue ^ous n'avez |)as voulu croire que je ne suis que son pnilecleur, j'ai {\<\, pour vous épargner de nou\eaux chagrins, la dérober à vos regards jaloux.

LA vicomtesse, vivement.

Oh ! mais j'ai réfléchi depuis , et je crois maintenant que cette enfant n'est pour vous que ce que vous dites; elle n'est que votre protégée. Eh bien! je désire qu'elle soit aussi la mienne. A vous la force pour protéger cette enfant, si elle était menacée de quelque danger; à moi les soins d'une mère, les habitudes de l'intimité; à vous le bras armé du chevalier pour la défendre; à moi la douce main d'une amie pour la caresser. Cela, n'est-ce pas, est naturel, raisonnable; voilà ce que je viens vous demander.

Voulez-vous me donner, madame, la plus forte, l'unique preuve que vous avez confiance en moi? LA VICOMTESSE, vivement.

Oh! parle, parle, je ferai ce que tu voudras.

FLAVY

Ke vous occupez plus de cette jeune fille, et dés lors je vous crois guérie.

LA VICOMTESSE , s' agitant.

Mais c'est que, vois-tu, c'est que je l'aime, moi, cette enfant, oui, je l'aime, je la plains... elle m'aime aussi; elle m'a demandé ma protection, mon amitié, je la lui ai promise, Flavy; donne-la moi pour compagne.

FLAVV, einUarrassc.

Je ne puis, madame.

LA VICOMTESSE

Mais alors tes ennemis diront que tu veux la déshonorer !

FLAVY

Il est au-dessous de moi de prendre de timides précautions pour fermer la bouche à mes ennemis; j'aurais l'air de les craindre, je passerais pour un lâche !

LA VICOMTESSE

Mais tu t'y exposes bien plus en l'obstinant à me refuser.

Fl.\y\, licrcnieni.

Comment cela? que pourront-ils dire?

LA VICOMTESSE, s'animant.

Us diront que tu n'oses plus t'attaquer à des femmes retranchées derrière les murailles de leurs châteaux et défendues par de braves geiUiL>.|iommes; ils diront que tu enlèves, comme un Aoleur timide, une pau>re enfant sans protecteur; ils diront, les infâmes! ils diront que tu es un lâche!

FLAVY

Qu'ose/-vous dire, madame?

LA VICOMTESSE, s'animaul de plus en plus, d'un ton ironique.

Ce sont eux, ce n'est pas moi. Oh! moi, je le connais! je me rappelle la marquise d"AI|iiiear. la comtesse d'Orbil , la baronne de AVinstcrt et tant d'autres graiules dames enlevées par toi au milieu des ruines de leurs châteaux incendiés par toi; je me rai»pelle leurs défenseurs massarrés, et je te vois encore, après ces éclatantes prouesses, étalant à mes yeux tes glorieuses concjuéles, [ et ciiàtiant ma jalousie de ce mortel spectacle.

MAGASIN THEATRAL

sans pitié ni merci... {Moiivemeni de Flavy.) Oli je le sais bien, moi, que tu n'es pas un lâche!

FLAVT.

Trêve, madame, à ces amères paroles !

LA VICOMTESSE

Oh! Flavy, pardonne... Je te prie, je te supplie, accorde-moi la grâce que je demande.

FLAVT.

A parties motifs de fierté qui m'interdisent de vaines précautions, il en est un, madame, qui m'empêche de consentir à ce que vous demandez.

LA VICOMTESSE

Quel est-il?

FLAVY

C'est que dans quelques instans, je renvoie cette enfant loin d'ici, dans sa famille.

LA VICOMTESSE , à pari, (ilarmfe.

Dans quelques instans I [Haut.) Ah! vous la renvoyez dans sa famille?

FLAVY

Oui, madame, vous voyez bien...

LA VICOMTESSE

Sans doute; je ne puis plus dès lors vous la demander pour compagne ici.

FLAVY

A la bonne heure !

LA VICOMTESSE

Mais qui empêche, pour les mêmes raisons de convenance, que je conduise moi-même cette enfant?

FLAVT, embarrassé.

A peine convalescente , ayant besoin de repos, vous voulez...

LA VICOMTESSE

Je sens qu'un voyage me serait salutaire.

J'aurai plus de prudence que vous, madame.

LA VICOMTESSE, suppliante.

Par pitié, Flavy, permets-moi de l'accompagner.

FLAVT.

Non, madame.

LA VICOMTESSE, allant R la porte latôralc de droite. Eh bien, monseigneur, je ne quitte pas cette porte, et quiconque oserait la franchir, y trouvera la mort.

D'OrbenJas paraît.

FLAVY, à d'Orbendas.

Exécutez mes ordres.

D'Orbendas va vers la porle de droite.

LA VICOMTESSE, portant la main à son poignard,

seretourne, voit d'Orbendas, et laisse tomber sa

main; à part.

D'Orbendas! {Haut à Flavy.) Monseigneur, je suis une insensée, ma tête est perdue... je vous demande grâce !

Elle est près desuccomLer à son émotion.

FLAVY, par un mouvement de pitié.

Revenez à vous, vicomtesse, et puisque le seul témoignage de mes paroles ne suffit pas pour vous

rassurer...* (à d'Orbendas) d'Orbendas, quel ordre t'ai-je donné au sujet de cette jeune fille, tandis que je partirais pour la bataille de demain? d'orbendas, expressivement à la Vicomtesse, pour la rassurer.

De conduire cette jeune fille à dix lieues d'ici. FLAVY, avec un regard d'intelligence, à d'Orbendas.

Dans sa famille!

Il se détourne.

d'orbendas, à la Vicomtesse, avec expression. Je dois la rendre à sa mère.

la vicomtesse.

Monseigneur, me pardonnez-Vous ce moment de délire et de folie ?

flavy.

A condition , vicomtesse , que vous partirez à l'instant pour le château de Presle que vous n'auriez pas dû quitter.

BRUNO, au fond.

Un envoyé demande à parler à monseigneur, de la part du comte d'Arménis.

LA VICOMTESSE, à part.

De mon oncle!

flavy, à part.

Que me veut-il? {Haut.) Adieu, madame! {A d'Orbendas.) Veillez au départ de la vicomtesse, et puis nous songerons à celui de ma protégée... Attendez ici mes ordres.

Il sort par le fond à droite.

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