FL.WY
Ah! c'en est trop, madame!... prétendre m'intimider par la menace... Je reconnais dans la témérité de vos paroles les encouragemens secre-ts de votre oncle, le comte d'Arménis. C'est vous, je le sais,- cjui l'avez fait prévenir; mais je ne le crains pas , je l'attends, je le brave, qu'il vienne !
LA VICOMTESSE
Tu ne veux pas renvoyer cette enfant à l'abbaye de Sainte-Thérèse?
FLAVY, furieux.
De par votre oncle ! non, madame.
LA VICOMTESSE, terrible.
Et de par moi?
FLAVY, de même.
De par vous!...
LA VICOMTESSE
Ah! c'est que je puis te parler ainsi!...
FLAVY, de même.
Vous pouvez?...
LA VICOMTESSE
Veux-tu savoir pourquoi?
FLAVY , impatient et colère.
Oui, pourquoi?
Parce que je suis...
FLAVY
Parce que vous êtes?...
LA VICOMTESSE
Parce que je suis...
LE MANOIR DE I^IONTLOUVÏER
FLAVT, avec fureur.
Parce que vous êtes insensée!
LA VICOMTESSE, lui prenant le bras et le faisant tourner vers elle.
Parce que je suis sa mère !
FLAVY
Sa mère !
LA VICOTiITESSE.
Oui, tiens , lis cette lettre de mon frère; et puis tue-moi ; mais respecte Marie , elle est ma fille I
Elle lui donne la lettre de son frère, qu'elle a montrée à Miirllia, au premier acte. Marie paraît à la porte de sa chambre.
FLAVY, parcourant la lettre.
Votre fille! Marie, votre fille! oui, oui, oui... (.4k comble de la rage.) Et vous restez là, et vous ne fuyez pas, et vous ne tremblez pas ! LA VICOMTESSE, fière et calme.
Non.
FLAVV, s'avariçant sur elle.
Et vous ne lisez pas votre arrêt dans mes yeux!
MARIE, s'inlerposanf^ .
N'en croyez rien , monseigneur ; cette femme n'a aucun droit sur moi, sa jalousie l'égaré. Elle ne m'est rien, elle n'est pas ma mère. [La repoussant.) Vous n'êtes pas ma mère I
LA viccjiTESSE, courant û elle.
Je ne suis pas ta mère!
MARIE, avec effort.
Non, non, je ne vous connais pas, je...
Elle succombe à l'cflort de ce pieux mensonge, et laisse lomljcr sa tète sur la poitrine do sa mère.
LA VICOMTESSE, V embrassant.
Regardez, regardez, monseigneur, si je ne suis pas sa mère!
FLAVV.
Malédiction sur vous !
MARIE
Sur vous, sur vous seul, monseigneur; car vous avez fait le malheur de ma mère.
La Vicomtesse cflVayee fait passer Marie à sa droite".
FLAVY, à la T'icomtesse.
Et vous osiez être jalouse! et vous avez, pendant douze ans, joué une abominable comédie, pour me faire croire à votre amour!
LA VICO.'iITESSE.
0ht si vous vouliez m'cnlcndre! Un homme implacable comme vous, sourd comme vous aux pricrcsd'unc jeune lille éperdue, le chevalier d'Eurondcl, il y a dix-huit ans...
FLAVV.
Qui? luil ce misérable, cet Anglais, le père de votre lillcl Oh! ma rage s'en augmente, et veut plus qu'une vengeance ordinaire. ( // déchire la lettre que lui a remise la yicomlesse. ) Aucune trace ne restera de cet outrage, aucune, enlcndczvous?
LA VICOMTESSE
Je suis résignée à mon sort, nia fille est sauvée!
La Vicomtesse, Marie, Flavy.
" Marie, la Vicomtesse, Flavy.
FLAVY
Votre fille! elle aussi m"a indignement joué... Elle savait le secret de sa naissance, et là, il n'y a qu'un instant, elle m'a laissé me dégrader, quand je n'éprouvais auprès d'elle qu'un sentiment nouveau pour moi; lorsque je regrettais qu'elle consentît à m'entendre; lorsque je désirais qu'elle me repoussât, dût-elle le faire avec mépris.
MARIE
Vous désiriez du mépris? c'est de la haine que vous m'inspiriez.
LA VICOMTESSE, voulant arrêter Marie.
Ma fille!
FLAVY, à Marie.
Vous sortirez d'ici à l'instant même; je vous chasse. {Amèrement.) Embrassez votre no&/e mère pour la dernière fois.
LA VICOMTESSE
Oh! chassez-moi aussi, je vous abandonne tous mes biens. Ma fille et moi, nous passerons à l'é* tranger; je changerai de nom, et jamais ce secret fatal...
Vous chasser, vous? vous laisser la vie, tous rendre la liberté en retour de mon déslionneur, pour que vous alliez rejoindre votre Anglais! LA VICOMTESSE, Suppliante.
Ahl monseigneur, si vous consentiez...
FL.lVY, frcmi-,sant.
Dites à votre fille de sortir sur-le-champ, madame, dites-le-lui! hâtez-vous, hâtez-vous, croyezmoi, si vous l'aimez !
MARIE, énergique et exaltée.
Oui, monseigneur, je vais sortir, je vais me séparer de ma mère.
LA VICOMTESSE, vivement à Marie, après avoir regardé Flavy qui frémit.
Oui, va-t'en, Marie, va-l'en, laisse-moi!
MARIE
Adieu, monseigneur, noble chevalier, capitaine des armées du roi de France, je vais dire i)arluut vos merveilleuses prouesses.
LA VICOMTESSE, allant à elle.
Ma fille! ma fille!
FLAVY, à Marie.
Sortez! sortez!
MARIE
Ah! vous croyez peut-être que j'ignore voire
histoire? Je la sais toute, monseigneur, et je puis
la raconter sur mon chemin. Vaillant gou>criit'ur
de Compiègne, vous souvient-il de Jeanne d'Arc?
FLAVV, fréiiiissani.
Quoi ! cette calomnie qu'on ose à peine murmurer à voix basse...
MAniE.
C'est une vérité que j'oserai dire tout haut.
FLAVV.
Malheur, malheur à vous!
LA VICOMTESSE
' Tais-toi, oh! tais-toi!
Elle tombe sur un sic'ge ]| gaucli*.
MAGASIN THEATRAL
MARIE, passait vilement du côté de Flnvy'.
Je veux aller criant partout : Jeanne d'Arc , après une héroïque défense , poursuivie par les Anglais, s'en revenait chercher un abri dans Compicgne. Le gouverneur, Guillaume de Flavy, jaloux de la gloire d'une jeune fille, refusa de lui en ouvrir les portes, et cet ange sublime des batailles fut pris et immolé par les Anglais. Son assassin, c'est Guillaume de Flavy, Flavy le lâche et le tueur de femmes!
FLAVY, à la porte d'entrée à ijauchc.
Non'al! Norval!
LA VICOMTESSE, couranl à Flavy.
Monseigneur, pitié, pitié pour ma fille! FLAVY, amer et poignant.
Elle ne vous quittera pas, madame! {Narval parait avec des hommes à la porte d'entrée, à gauche.) Placez quelques hommes au milieu de cet escalier, à la cinquantième marche, [il désigne le fond^ ot ne permettez à personne de monter ou de descendre sans un laissez-passer de ma main.
Les Soldats et iSorval descendent l'escalier tortueux du fond ; Flavy sort par la gauclie.