SCENE IX
LA VICOMTESSE, MARIE
LA VICOMTESSE, désolée, éperdue.
Oh! c'est horrible ! Et ne pas mourir de tant de terreur, de tant de désespoir! ne pas mourir de la pensée qu'on va venir pour tuer votre fille, pour la tuer, là, sous vos yeux !
MARIE, se jetant dans ses bras.
Ma mère !
LA VICOMTESSE, après mille agitations, s'assied; Marie est à genoux devant elle.
Dis-moi, ma fille, mon enfant, maintenant que toute espérance est perdue, ma fille, n'empoisonnons pas ces derniers momens par d'inutiles craintes. Oh! ma fille, si tu avais du courage, du courage pour braver la mort; si j'étais sûre que l'aspect (le ces deux hommes ne t'arrachât pas un de ces cris qui déchirent le cœur d'une mère... oh ! vois-tu, je serais tranquille ; car bientôt ces tourmens auront cessé, bientôt Flav7 sera impuissant à nous faire souffrir. îS'ous serons sous la main de Dieu.
MARIE
Oh ! si vous étiez loin d'ici, ma mère, si j'étais seule, j'aurais du courage.
LE MANOIR DE 3Î0NTL0IJVIER,
LA VICOMTESSE, dissimulant.
Oh I ne tremble pas pour moi, Marie. Je serais calme, si je te voyais forte et résolue... je suis calme, tranquille, tu vois... Mourir! mourir! cela n'est qu'un moment ; mais vivre, vivre dans les alarmes, dans les angoisses, dans les terreurs, obi cela est éternel. {Désirjjiant la '/jauche.) Bientôt, Marie, quand nous aurons prié Dieu, Dieu qui permet qu'on désespère de la miséricorde des hommes, mais non pas de la sienne ; Dieu qui punit les âmes qui montent à regret vers lui... quand nous aurons prié, ma fille, au signal convenu, un bruit lointain se fera entendre... ce bruit s'approchera peu à peu... une porte s'ouvrira, nous entendrons des pas sourds dans cette galerie; puis, un moment après, deux hommes... {Poussant un cri.) Ah !
MARIE
Ma mère!
LA VICOMTESSE
J'avais cru les entendre !
Elles so li'venl.
MARIE, désolée.
Mon Dieu, d'Orbendas ! il ne vient pas ! *
LA VICOMTESSE, diSOléC.
Ah! c'est trop attendre, c'est trop souffrir, c'est trop mourir... Ces deux hommes seront seuls. Flavy ne sera pas là pour leur inspirer sa haine, je me jetterai à leurs pieds. Ils ont une mère, je leur parlerai de leur mère... Viens, Marie, que je reçoive tes embrassemens. {Elle la dévore de caresses en pleurant.) Viens, que je te contemple avec ivresse; viens, ma pauvre fille, si jeune et si belle, et dont mon cœur aura si peu joui... Disjnni, ma fille, tu m'aimes, tu ne me maudis pas, tu me pardonnes ta destinée?
MARIE
Pardonnez-moi la vôtre, ma mère.
Deux coups <lel>cffroi à trois secomles l'un ilo l'anlre.
LA VICOMTESSE, debout comme nue statue.
Oh!
MARIE
Perdues !
r.a Vicomtesse et Marie reculent lentement vers la rlianilirc de droite, en regardant avec effroi la porlcirenlrce à gauche, qui s'ouvre peu à peu,
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