MARGUERITE, LINCOLN
LINCOLN
Madame, est-ce un projet bien arrêté que le vôtre?
MARGUERITE
Pourquoi cette question, monsieur le comte ?
LINCOLN
C'est que dans toutes les parties, les joueurs habiles se ménagent d'ordinaire une porte de salut, et je vois pas quelle issue vous trouverez dans celle-ci.
MARGUERITE
Et qui vous fait croire que nous perdrons? Ne suis-jepas Marguerite d'Yorck, la duchesse douairière de Bourgogne, sœur du roi Edouard IV, veuve de Charles-lc-Téméraire? n'ai-je pas dans mes intérêts, outre nos amis de Londres, l'Irlande, l'Ecosse, la France? et enfin n'est-ce pas pour le fils légitime du roi Edouard IV que nous combattrons ?... pour le noble duc d'Yorck, échappé par miracle au poignard des assassins?
LINCOLN
C'est là chose facile à persuader à vos seigneurs flamands, ou même aux Anglais qui avec vous ont quitté l'Angleterre depuis vingt ans; mais espérez-vous, ma noble tante, que ceux qui étaient à Londres en l'année 1492 seront aussi aisés à convaincre? Tous, ils sont trop persuadés que Glocester n'était pas homme à s'arrêter sur la moitié d'un meurtre, et que ceux qu'il employait n'étaient pas gens à se laisser ellVayer par le sang rosé d'un enfant. La cour du Louvre toute la première, pensez-vous donc qu'elle entrera de honne foi dans cette cause, et qu'elle se fera «■tiupule de vous abandonner dés que sa polilinue la ramènera vers le Tudor?
MARGUERITE
Peut-être avez-vous raison , mylord , et en effet il serait bon que nous eussions à la cour de France un des nôtres qui veillât à nos init-rêts. Beau neveu , c'est vous que nous chargerons do ce 8oin.
LINCOLN
Quoi! ma noble tante, une disgrâce, parce que je vous parle en parent dévoué?
Ce n'est pas une disgrâce, c'est une mission de coDliance, cl pour vous rassurer... comte, nous
possédons à Cassel, depuis quelques mois, une jeune fille que vous aimez.
LINCOLN
Miss Marie Swart.
MARGUERITE
Vous savez que son père , partisan dévoué de la Rose-Blanche, est mort proscrit dans le comté de Sussex, et que, par un dernier ordre confié au plus discret de ses serviteurs , il m'a envoyé ma jeune filleule, en me transmettant tous ses droits sur elle.
LINCOLN
Oh ! l'épouser serait le bonheur de ma vie, et les soins dont je l'entoure prouvent assez ma tendresse, que ne peuvent même rebuter ses froideurs.
MARGUERITE
Vous ne partirez en France qu'après avoir épousé miss Marie.
LINCOLN
Voilà, madame, une galante manière de me prouver que je n'ai pas perdu votre amitié : vous pouvez compter sur moi, et en quelque lieu qu'il vous plaise de m'envoyer, je vous jure de crier plus haut que tous les autres que le jeune homme couronné par ma souveraine est bien le prince Richard d'Yorck, par la grâce de Dieu, Richard IV, roi d'Angleterre.
n sort par le fund.|
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