‹ ThéâtreChapitre 220 sur 971 · HABIB · texte numérisé non relu

HABIB

Vous n'avez rien à craindre d'elle, et votre famille sera riche pour toujours.

Le geôlier sort.

PBBKtNS, sans voir Marte.

0 mon Dieu ! séparez dans votre clémence la jeune fille innocente de Thomme furieux et coupable!... et souvenez-vous que, comme sa divine patronne, elle aura gagné le ciel au pied de la croix d'un martyre.

MARIE, à elle-même.

Par quel pressentiment est-ce donc pour moi qu'il prie?

PERKINS, apercevant Marie.

Marie I c'est elle!... Et je doutais de toi, Dieu tout-puissant, quand tu m'envoyais cette dernière joie!

MARIE

Oui, mon bien-aimé, c'est lui qui m'a conduite vers toi, et qui a fait tomber les verroux de toutes ces portes... C'est sa voix qui m'a inspirée de te sauver; car je t'ai sauvé!

PERKINS

Sauvé I

MARIE

Oh! la duchesse ne résistera pas, cette fois, à mes prières.

PERKINS

Tu as revu la duchesse?

MARIE

Hélas! depuis trois jours que tu languis dans ce cachot, elle est invisible pour tout le monde ; mais Charles, ce page qui nous est si dévoué, va lui remettre de ma part la demande de ta grâce, et je suis certaine du succès.

PERKINS

Vous vous trompez, miss, la duchesse ne voudra plus maintenant même de votre déshonneur.

MARIE

Oh 1 mais je n'ai pas renié le serment d'amour que je vous ai fait devant Dieu , et je porterai jusqu'au tombeau Icnom de votre femme.

PERKINS

Que dis-tu?... Réunis tous les deux... sauvés par toi... sauvés ensemble; et tu fuirais avec moi!.-. Ahl alors, je crois que j'aurai la faiblesse d'accepter la vie et de pardonner à cette femme ; mais tu t'abuses ; non, la duchesse Marguerite n'abdiquera pas sa haine, ni sa vengeance; elle n'abandonnera pas tout-à-coup son neveu Lincoln... Espères-tu donc que cette femme qui a tué ma mère me laissera la vie, pour que je revienne un jour lui demander compte de la vie de ma mère?

MARIE

Oh ! elle refuserait ; mais c'est impossible, car tu ne peux pas mourir, je te dis que tu ne mourras pas,

PERKINS

Mais dis-moi, quel moyen, que je ne puis comprendre, as-tu donc employé pour fléchir la duchesse ?

MABIK.

Quel moyen?

Oui, parle enfin-: tu trembles, tu ne me répond» pas, tu détournes la tète. AJh I je crains de deviner: ce n'est pas ton déshonneur, dis-tu, c'est donc ta mort?

MARIE

Perkins !

PERKINS

Tu veux mourir, tu t'immoles à ta rivale, tu lui donnes ta vie pour sauver la mienne... Oui, c'est cela... mourir, toi... et tu as pensé que j'accepterais ce sacrifice? Tu m'as donc cru bien lâche

moi, j'achèterais le pardon de cette femme au prix de ma vengeance trompée, au prix du sang de ma mère, au prix de ton sang ; et je fuirais seul, trop heureux du jour qu'on me laisse, et j'irais vivre en infâme, oubliant tout ce que j'ai aimé,, tout ce que j'ai hai. O Marie! Marie! ai-je mérité tant de mépris?

MARIE

Mais tu seras perdu sans me sauver; car si tu meurs, je meurs.

PERKINS

Et je fais le même serment ; aussi je reste pour l'accomplir.

MARIE

Mais c'est l'échafaud qu'ils te réservent.

PERKINS

Comme à mon père.

Tu n'y monteras pas.

PERKINS

Je t'ai dit que je restais.

MARIE

Et moi aussi, et nous mourrons ensemble, mais non pas de leurs mains... dans cette croix d'or... tiens...

PERKINS

Du poison?...

MARIE

Il était pour moi : en te quittant, je me serais donné la mort; c'est ce que j'écrivais à Marguerite. Eh bien! partageons, et si l'on vient te chercher... car, tu ne sais pas : depuis hier, l'infâme Lincoln a excité une émeute pour hâter ton supplice... {On entend des clameurs confuses en dehors ) Mon Dieu, je crois entendre... ces cris de rage... c'est ta tête qu'ils demandent... oh! c'est qu'alors la duchesse elle-même ne pourrait plus te sauver.

PERKINS

Les clameurs redoublent.

MARIE

Oh! je ne les verrai pas te frapper... il est temps, mon Dieu, il est temps ; à moi d'abord.

Elle porte le poison à se» lèvres.

PERKINS, la retenant.

Marie!

LE GEOLIER, entrant.

La duchesse! sortez! sortez!... il n'est plut temps.

MARGUERITE D'YORCK

^^^WWW%VWVrtv^vv^\v^Avww*v^,v^^vw,wtvv^^vv*vv*wwv^vw SCENE III.

lES Mêmes , MARGUERITE.

MARGUERITE

Fuyez, Perkins, fuyez. {Voyant Marie.) Vous ici ?

MARIE

Ah! je ne m'étais donc pas trompée, vous apportez sa grâce, madame.

MARGUERITE

Il ne s'agit plus de grâce à présent, son unique ressource est dans la fuite. ^

PERKINS

Et c'est vous qui me l'offrez !

MARIE

Oh ! merci, madame, merci ! vous acceptez mon sacrifice, vous avez reçu mon message.

MARGUERITE

Quel message?

Vous avez vu Charles ?

MARGUERITE

Non ; je viens du camp révolté sous les murs de la ville... O messirel croyez bien à mes paroles; car ce n'est pas à cette femme que vous devez votre salut... Elle! quelle nouvelle preuve d'amour et de dévouement pouvait-elle vous donner?... Avaitelle un crime à expier?... tandis que moi... Il faut que je vous persuade bien que c'est moi seule qui vous apporte les moyens d'échapper à la mort, et qui viens vous supplier de ne pas les repousser.

PEREIKS.

C'est encore une trahison, cela, madame.

MARGUERITE

Il ne voudra pas me croire, à présent. Mais vous ne comprenez donc pas que, depuis trois jours que je vous ai livré à vos ennemis comme une furieuse, le remords me ronge et me tue... que je suis morte à tout, excepté au souvenir de ce que j'ai fait... que depuis trois jours je leur ai refusé continuellement votre tête, avec menace de mort contre celui qui oserait me la demander, et qu'aujourd'hui, qu'ils ont eu recours à la révolte pour me dompter, si je vous sauve, je risque ma vie peut-être?... J'accours à vous, non plus laduchesse Marguerite, puissante et terrible, mais la pauvre IMargueritc, malheureuse et repentante, qui pleure et qui supplie; j'accours à vous, pour vous crier : Messire, là, dans votre cachot, est une issue secrète et connue de moi seule:* fuyez par cette issue, et bientôt vous serez libre. Il reste immobile, il ne voudra pas se sauver... Aidez-moi donc, madame... Eh bien ! si ce n'est pas assez, cette femme que vous aimez, elle est là, dans vos bras; eh bien! emmenez cette femme, partez tous les deux... c'est le châtiment que Dieu m'inflige... Oh! répondez, répondez! croyez-vous maintenant que je dis la vérité?

* MarguerilL-, Marie, Perkins.

PERKINS

Vous aussi, madame !. .. Oh! ne me eontraigaez donc pas à ne plus haïr !

MARIE

Oh! madame!...

MARGUERITE

Entendez-vous?... ils approchent; vous n'avez pas un instant à perdre... fuyez... Mais cette porte résiste... quelqu'un est là... Ciel! Lincoln !

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