‹ ThéâtreChapitre 230 sur 971 · COMTE · texte numérisé non relu

COMTE

LE CHEVALIER, lisant une lettre et entrant par

la gauche,

« Allez m'attendre au carrefour de la Cha- » pelle. » ( Parle.) C'est bien ici. {Lisant.) a J'ai » un prétexte pour me rendre en cet endroit. Le » grand duc veut remercier saint Hubert de la » bonne chasse qu'il lui aura octroyée... Je » suis chargé de veiller aux apprêts de la céré- » monie. »

LE COMTE, entrant par la droite.

Je vous félicite, monsieur de Saint-Pons; vous avez quitté la chasse fort adroitement. .. Tout le monde a cru que votre cheval s'emportait.

Vous êtes bien bon, monseigneur.

LE COMTE

Nous n'avons pas de temps à perdre. Vous m'avez écrit que vous aviez réussi ; que vous possédiez maintenant toute la confiance du marquis d'Arcano.

LE CHEVALIER. j.

Oui, monseigneur; il a dai;. confeisçr "f

complètement à son secrétaire tre» i.umblc.

LE COMTE

Connaissez-vous tous ses secrets? pouvez-vous me dire enfin pourquoi cet homme est sans cesse de mon avis, pourquoi il soutient même mes mensonges , lorsqu'il s'agit d'éviter au prince la moindre distraction?

LE CHEVALIER

Vous suiviez tous les deux la même route, parce que tous les deux vous marchez vers le même but.

LE COMTE

Vous ne vous étiez donc pas trompé 1 le marquis veut avoir la tutelle du jeune duc?

LE CHEVALIER

Oui, monseigneur; et |)Oiir avoir plus tôt la régence, il emploie les mêmes moyens que vous...

LE COMTE

Je conçois à présent.

LE CHEVALIER

Comme vous, il a corrompu le médecin Jéronimo Balbi.

LE COMTE

Plus bas! monsieur !

LE CHEVALIER

Et l'habile docteur, au lieu de traiter la maladie de langueur dont le prince est atteint par des distractions, des \ otages, pnr tout ce qui pourrait guérir, a prescrit, .lU contraire, le repos et la solitude, afln que la maladie de langueur devînt une mal.idie incurable, mortelle!... une maladie deconsoniption enlîn!

LE COMTE

Et le misérable Jcronimo Balbi a-t-il appris au marquis que...

LE CHEVALIER

Non; Jéronimo Balbi a été discret... seulement,

RIGOBERT

pour qu'on ne tentât pas de se débarrasser de lui après la mort de Charles-Emmanuel, il a exigé de M. d'Arcano une lettre dans laquelle sa complicité fût bien établie.

LE COMTE

Le vieux renard a pris avec moi la même précaution.

LE CHEVALIER, à part.

Voilà ce que je désirais savoir.

Ma conduite doit étonner le marquis ?

LE CHEVALIER

Beaucoup, monseigneur... il soupçonne la vérité.

LE COMTE

Il faut que je le renverse sans plus tarder.

LE CHEVALIER

Il veut vous rendre le même service... Oh! vous aurez de la peine à le vaincre ; car Charles Emmanuel l'aime et lestime.

LE COMTE

Il me le préfère, je le sais; mais peu m'importe! j'en ai déraciné de plus puissans... Le prince avait beaucoup destime et d'affection pour M. le comte de NaJila; et pourtant, grâce à moi, il l'a exilé. Pauvre comte, il ne me craignait pas, et se croyait bien fort de sa vertu et de sa popularité. Rien ne résiste a 1 intrigue.

LE CHEVALIER

Le fils avait juré de réhabiliter son père.

LE COMTE

Oui , ce jeune godelureau, élevé à la cour de France, venait a Chambéry pour y soulever le peuple; mais j'ai mis à ses trousses des assassins qui l'ont tué dans la bonne ville de Genève.

LE CHEVALIER

C'est juste; j'avais oublié...

LE COMTE

Malbcur à qui ose lutter avec moi!... le petit marquis croulera, n'en doutez pas. Je l'ébranlerai d'abord avec le ridicule... Oui, Charles-Emmanuel désire changer de régime, je lui laisserai un instant de répit; ma docilité le flattera... Il demande un fou... je lui en donnerai un , mais un fou véritablement gai, celte fois, et dont tous les sarcasmes, toutes les plaisanteries seront dirigés contre 31. d'Arcano. On cesse d'admirer ua homme quand on rit à ses dépens. Le bouffon creusera la mine, et moi, je la ferai éclater au moyen d'un bon gros i)é(lié que vous découvrirez facilement dans les affaires du marquis, car •vous possédez toute sa confiance.

LE CHKVALIEH.

Comptez sur moi.

LE COMTE

Une fois notre ennemi terrassé , vous prenez sa place; nous congédions le bouffon, et nous replongeons le prince dans la solitude, le repos, l'ennui.

LE CHEVALIER

Et si le prince se montrait indocile?

LE COMTE

Oh ! cela n'est pas à craindre. Charles-Emmanuel est naturellement superstitieux, hypocondriaque, malade imaginaire ; il a peur de la mort. La langueur, en l'affaiblissant, a exagéré ces défauts, ou plutôt ces qualités... Avec une ordonnance de son médecin et une prédiction de son astrologue, on le rend souple comme un gant.

LE CHEVALIER

Ah! j'ignorais...

Il s'agit de trouver un fou convenable ; il ne me faut pas seulement un homme spirituel, il me faut un homme dévoué, que je puisse manier à ma guise ; où le prendrai-je?

LE CHEVALIER

Séparons-nous; notre absence serait remarquée.

LE COMTE

Tâchez de découvrir dans les affaires du marquis le péché en question.

LE CHEVALIER

Soyez tranquille.

LE COMTE

Moi, je vais m'occuper du bouffon.

]1 sort par le fond.

LE CHEVALIER , à part.

Avec l'intrigue on peut tout!... vous avez raison, monseigneur. (Apercevant le Marquis qui entre par la gauche.) A l'autre maintenant.

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