SCENE II
Les Mêmes, LE COMTE, entrant par la première porte à droite.
LE COMTE, à Rifjobert.
Je veux te parler, bouffon.
RIGOBERT
Un siège, Saturnus !
SATURNUS, avançant un fauteuil.
Vous êtes servis,
Laisse-nous !
SATURNUS, à Rigobert.
Situ... si vous avez besoin de moi, tu... vous sonnerez, maître. [A part.) Tel qu'un serper»- ]>". rampe pour mieux le dévorer.
Il sort par k LE COMTE, s'asseyanl.
Tu me dois la place que tu occupes; c'est moi qui ai conseillé au duc de te prendre à son service.
RIGOBERT
Oh ! monseigneur, ma reconnaissance sera éternelle.
LE COMTE
Je vais la mettre à l'épreuve. Voici ce que j'attends de toi. Tu connais le marquis d'Arcano?
RIGOBERT
Oui, monseigneur.
LE COBITE.
Eh bien! il faut diriger contre lui toutes tes plaisanteries, l'accabler sans relâche de tes sarcasmes les plus amers.
RIGOBERT
Mais de quelle manière?
LE COMTE
Oh ! cela te regarde. Aie de l'esprit; c'est ton état... critique sa tournure, sa voix, son costume, sa démarche, ses actions, critique tout en lui, rends-le ridicule enfin.
RIGOBERT
Pourquoi donc?
LE COMTE
Que t'importe? contente-toi d'obéir. Si tu me sers fidèlement , je te récompenserai ; si tu fais mal ton devoir, ou si tume trahis, ta vie est entre mes mains... J'oubliais de te dire que c'est encore moi qui ai conseillé au prince de te renvoyer à la potence aussitôt que tu deviendrais maussade. Tu avais peut-être pris cela pour une plaisanterie... détrompe-toi, mon cher, rien n'est plus sérieux.
RIGOBERT
Charles-Emmanuel ne t'a gracié que parce que tu l'as fait rire; du moment où tu cesseras de l'éj;ayer, il sera implacable, et tu cesseras quand je le voudrai.
RIGOBERT
Ah! bah I
LE COMTE
Charles-Emmanuel est faible; il suit volontiers l'impulsion qu'on lui donne ; je lui ai dit que tu étais plein d'esprit, et il m'a cru; si je lui dis le contraire, il me croira encore. Quand je parle, ma voix est soutenue, elle a de l'écho... Hier la cour a applaudi tous les bons mots, qui, entre nous, ne méritaient pas un grand succès.
Oh ! ils n'étaient pas mal.
LE COMTE
La cour les a applaudis avec enthousiasme ; elle agissait d'après mes ordres ; je la gouverne à ma guise. Le rire est communicatif ; son altesse a beaucoup ri; mais l'ennui est également communicatif... or, si j'ordonne à la cour de te trouver insipide et de le crier partout, tu comprends?..
RIGOBERT
Très-bien ! très-bien !
LE COMTE
Tu me serviras, n'est-ce pas?
RIGOBERT
De tout mon cœur.
LE COMTE
Le marquis te menacera sans doute; mais que son courroux ne l'inquiète pas... le privilège des fous est d'avoir la parole libre; le prince seul a le droit de se fâcher et de punir. A bientôt!
Jl sorl par la gauclie.
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