‹ ThéâtreChapitre 273 sur 971 · SCENE Y · texte numérisé non relu

SCENE Y

FABIUS, CÉLESTINE, ACHILLE, caché pendant lovie celle scène.

FABIUS enire en chancelant, il est couvert de poussière et parait blessé au front.

Un peu d'eau!... Ah! le lâche!...

11 loiiil)C sur une chaise.

CÉLESTINE

Dans quel état le voilà... il se sera laissé entraîner dans un cabaret... D'où viens-tu, malheureux ?

FABICS.

Donne-moi de l'eau, Célestine... de l'eau...

CÉLESTIXE.

Ehbien, il ne lui manquait plus que ça... [elle lui donne de l'eau) du sang.. . il a du sang sur les mains; il sera tombé, il s'est blessé ! Ah! si ma mère voyait ça.

ACHILLE, o part.

Il paraît que j'avais deviné juste... Grand- Louis l'a grisé...

FABItS.

L'infâme!... se venger par un assassinat !

Allons, le voilà qui déraisonne aussi.

FABIUS

M'attaquer par derrière, quand j'étais sans défense !

CÉLESTINE

Comment, t'attaquer,,,

FABIUS

Oui; j'avais quitté le château à la nuit tombante; comme j'arrivais à l'angle d'un bois, un homme caché derrière un buisson s'est levé, et, avant que j'aie eu le temps de me retourner, il m'a frappé d'un coup terrible sur la tête.

CÉLESTINE

Tu sortais du château?...

ACHILLE, à part.

Diable! Grand-Louis ne m'avait pas parlé de ça.

CÉLESTINE

Et celui qui t'a frappé, l'as-tu vu?... l'as-tu reconnu ?

FABIUS

Non... car à l'instant même je suis tombé sous la violence du coup.

CÉLESTINE, essayant de rire.

En voilà un drôle de conte que tu me fais... Qui veux-tu qui ait intérêt à t'attaquer?... ce n'est pas pour te voler... il n'y a pas de quoi.

Non, ce n'était pas pour me voler.

CÉLESTINE

Eh bien, alors...

FABIUS

Mais pour se venger.

CÉLESTINE

Pour se venger?... C'était donc quelqu'un à qui tu avais fait du mal ?

FABIUS

J'avais voulu le punir d'un propos qu'il avait tenu contre une personne que tu connais. CÉLESTINE, rangeant.

C'est bien fait; de quoi vas-tu te mêler de la conduite des autres...

FABIUS

C'est que cette conduite me regarde, et toi aussi.

CÉLESTINE

Moi?.., est-ce que j'ai rien à démêler avec ce.' gens-là?...

FABIUS, se levant péniblement.

J'espère que non, Célestine, et j'espère que Grand-Louis en a menti.

CÉLESTINE, à part.

Grand-Louis!... il me semble l'avoir vu rôder autour de la maison. '.Haut.) Eh bien, qu'est-ce qu'il t'a dit?

Il m'a dit que tous les jours, pendant mon absence, tu recevais ici quelqu'un.

CÉLESTINE

Moi?... et qui donc, s'il vous plaît?

FABIUS

M. Achille de Matta...

CÉLESTINE, à part.

Achille! [Haut et avec aigretir. )Et tu as souffert ça? Et tu t'es laissé dire ça en face? tu n'es pas un homme!

FABIUS

Non, ma sœur, je ne l'ai pas souffert; car c'est alors que dans ma fureur j'ai voulu le traîner ici, pour le forcer à te demander pardon, ACHILLE, caché.

Ah ! c'était donc là le motif de la querelle?

CÉLESTINE, feignant de pleurer.

Me croire capable d'une pareille intrigue,..

FABIUS

Non, je ne t'en ai pas crue capable... ma sœur; la colère m'a emporté, voilà tout.

LE FILS DE LA FOLLE

CÉLESTIXE, sanglotant.

Mon Dieu! mon Dieu ! qu'une pauvre fille est malheureuse d'être exposée à de pareilles calomnies 1

FABIUS

Oh ! il ne recommencera pas, je te le jure... Compte sur moi, ma pauvre sœur, i// lui tend la viain) aierci, merci! tune sais pas quel bien tu viens de me faire.. . quel doute affreux tu m'as arr.hhé du cœur; car s'il est vrai que M. Achille trompe M"« Fanny, je ne t'aurais pas pardonné il en avoir été la cause.

cÉLESTi>'E, vivement.

Qu'est-ce que tu dis-la?... M. Achille trompe M"« Fanny, sa cousine?

ACHILLE

Ça tourne mal t

FABIUS

Elle l'aime , et elle craint... c'est tout simple.

CÉLESTINE

Ah! elle l'aime... et lui...

ACHILLE, caché et ne retirant en fermant la porte. Diable! voilà l'explication qui approche. FABIUS , qui a vu le luomcmeui de la porte. Hein!... qu'est-ce que c'est que ça?

CÉLESTINE

Eh bien, qu'est-ce qui te prend?

FABIUS

C'est drôle; il m'a semblé voir remuer la porte de celte chambre.

CÉLESTINE, à part.

Ah! il est encore là 1

C'est peut-être ma mèie...

CÉLESTINE, l'arrêtant.

Ce n'est rien... le vent... ( Élevant la voi.r. ) Tu dis donc que M"« Fanny aime M. Achille? FABIUS, tristement.

Oui, elle l'aime... j'en suis sûr. Sans cela, elle ne s'en occuperait pas tant.

CÉLESTINE

Et lui, l'aime-t-il, sa cousine ?

FABIUS

Il faut bien croire qu'il l'aime aussi, puisqu'il l'épouse.

CÉLESTINE, vivement.

Comment, il l'épouse?

FABIUS

Oh ! il y a long-temps que ce mariage est arrêté; et comme il doit avoir lieu avant un mois...

CÉLESTINE

Avant un mois?...

FABIUS

C'est pour ça qu'elle m'avait chargé de savoir s'il ne la trompait pas.

CÉLESTINE

Toi! elle t'avait chargé de ça?

FABII.'S.

Oui, moi... mais elle s'est mal adressée.

Mieux que (u ne crois.

FABIUS

Moi?... Eh! c'est à peine si je sais ce qui se passe dans la maison.

CÉLESTINE

Il n'y a pas besoin d'aller plus loin ; et tu peux lui dire de ma part que M. Achille estun monstre, et qu'elle n'est pas la seule qu'il ait trompée. FABIUS, étonné.

Ah! et d'où le sais-tu?... Il y a donc des propos dans le pays?

CÉLESTINE, élevant la voix.

Je le sais de bonne source; et tout ce que je puis te certifier, c est qu'il n'épousera pas sa cousine, je t'en réponds.

FABIUS

Qui l'en empêchera ?

CÉLESTINE

Oh! quelqu'un qu'on ne mène pas si aisément qu'on croit. {Haut, et en s' approchant de la porte.) Je ne suis pas un homme, mais je saurai bien me faire rendre justice.

FABIUS, l'arrêtant.

Te faire rendre justice?

CÉLESTINE, à elle-même.

La langue m'a tourné,..

FABIUS, avec colère. Te faire rendre justice, as-tu dit ?

CÉLESTINE

Eh bien, après?

FABIUS, se calmant.

Non, ce n'est pas possible... Voyons, ma sœur, voyons... que veux-tu dire?... Je ne te comprends pas... je ne veux pas me fâcher... je ne le veux pas.., mais explique-toi.

CÉLESTINE

Eh bien, c'est tout expliqué.

FABIUS

Quoi donc ?

CÉLESTINE

Que M. Achille de Matta m'a trompée comme il trompe M"" Fanny.

FABIUS

Ah!... ce n'est donc pas Grand-Louis qui a menti?

CÉLESTINE

C'est selon ce qu'il t'a dit.

Fabius.

Il est donc vrai que M Achille de Malla vient ici tous les jours ?

CÉLESTINE

Et quand il y viendrait?...

FABIUS

Mais lu m'as donc menti impudemment toutà-l'heure?

CÉLESTINE

Est-ce que je te demande tes secrets^ FABIUS, avec un cri de colère.

Célesline! ivc calmant oh ! ne me parle pas de ce ton-là... Tu es la maîtresse ici. lu fais ce que lu veux... le peu d'argent (jue je gagne. Iule dépenses... c'est (oui au plus si dans celte maison on nie donne un grabat pourdorniiretdu pain pour ne

MAGASIN THEATRAL

pas mourir defaim...toutcela, je le souffre sans me plaindre... mais si tu avais déshonoré ton nom et le mien...

CÉLESTINE

Et qu'est-ce qui te parle de déshonneur?... mais il me semble qu'une honnête fille a bien le droit de recevoir un jeune homme... qui vient la voir dans l'intention de l'épouser.

FABIUS

De t'épouser, toi!... et tu l'as cru, le misérable?

CÉLESTINE

Il a mieux fait que de me le promettre ; il me l'a signé !

FABIUS

Et sur la foi d'un pareil écrit, tu as oublié tes devoirs!

Pas si sotte... je n'ai rien oublié du tout.

FABIUS

Tu mens encore... tu mens... 0 mon Dieu,

mon Dieu! et M^i* Fanny, elle va croire

que je le savais, comme les autres le croient

et le disent O mon Dieu Célestine,

oh! dis-moi la vérité cette fois... réponds-moi... Grand-Louis avait-il encore raison quand il disait que tu étais la maîtresse de cet homme?

Bruit.

CÉLESTINE

Ah! pour ça, Fabius, je te promets...

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