SCENE Y
FABIUS, CÉLESTINE, ACHILLE, caché pendant lovie celle scène.
FABIUS enire en chancelant, il est couvert de poussière et parait blessé au front.
Un peu d'eau!... Ah! le lâche!...
11 loiiil)C sur une chaise.
CÉLESTINE
Dans quel état le voilà... il se sera laissé entraîner dans un cabaret... D'où viens-tu, malheureux ?
FABICS.
Donne-moi de l'eau, Célestine... de l'eau...
CÉLESTIXE.
Ehbien, il ne lui manquait plus que ça... [elle lui donne de l'eau) du sang.. . il a du sang sur les mains; il sera tombé, il s'est blessé ! Ah! si ma mère voyait ça.
ACHILLE, o part.
Il paraît que j'avais deviné juste... Grand- Louis l'a grisé...
FABItS.
L'infâme!... se venger par un assassinat !
Allons, le voilà qui déraisonne aussi.
FABIUS
M'attaquer par derrière, quand j'étais sans défense !
CÉLESTINE
Comment, t'attaquer,,,
FABIUS
Oui; j'avais quitté le château à la nuit tombante; comme j'arrivais à l'angle d'un bois, un homme caché derrière un buisson s'est levé, et, avant que j'aie eu le temps de me retourner, il m'a frappé d'un coup terrible sur la tête.
CÉLESTINE
Tu sortais du château?...
ACHILLE, à part.
Diable! Grand-Louis ne m'avait pas parlé de ça.
CÉLESTINE
Et celui qui t'a frappé, l'as-tu vu?... l'as-tu reconnu ?
FABIUS
Non... car à l'instant même je suis tombé sous la violence du coup.
CÉLESTINE, essayant de rire.
En voilà un drôle de conte que tu me fais... Qui veux-tu qui ait intérêt à t'attaquer?... ce n'est pas pour te voler... il n'y a pas de quoi.
Non, ce n'était pas pour me voler.
CÉLESTINE
Eh bien, alors...
FABIUS
Mais pour se venger.
CÉLESTINE
Pour se venger?... C'était donc quelqu'un à qui tu avais fait du mal ?
FABIUS
J'avais voulu le punir d'un propos qu'il avait tenu contre une personne que tu connais. CÉLESTINE, rangeant.
C'est bien fait; de quoi vas-tu te mêler de la conduite des autres...
FABIUS
C'est que cette conduite me regarde, et toi aussi.
CÉLESTINE
Moi?.., est-ce que j'ai rien à démêler avec ce.' gens-là?...
FABIUS, se levant péniblement.
J'espère que non, Célestine, et j'espère que Grand-Louis en a menti.
CÉLESTINE, à part.
Grand-Louis!... il me semble l'avoir vu rôder autour de la maison. '.Haut.) Eh bien, qu'est-ce qu'il t'a dit?
Il m'a dit que tous les jours, pendant mon absence, tu recevais ici quelqu'un.
CÉLESTINE
Moi?... et qui donc, s'il vous plaît?
FABIUS
M. Achille de Matta...
CÉLESTINE, à part.
Achille! [Haut et avec aigretir. )Et tu as souffert ça? Et tu t'es laissé dire ça en face? tu n'es pas un homme!
FABIUS
Non, ma sœur, je ne l'ai pas souffert; car c'est alors que dans ma fureur j'ai voulu le traîner ici, pour le forcer à te demander pardon, ACHILLE, caché.
Ah ! c'était donc là le motif de la querelle?
CÉLESTINE, feignant de pleurer.
Me croire capable d'une pareille intrigue,..
FABIUS
Non, je ne t'en ai pas crue capable... ma sœur; la colère m'a emporté, voilà tout.
LE FILS DE LA FOLLE
CÉLESTIXE, sanglotant.
Mon Dieu! mon Dieu ! qu'une pauvre fille est malheureuse d'être exposée à de pareilles calomnies 1
FABIUS
Oh ! il ne recommencera pas, je te le jure... Compte sur moi, ma pauvre sœur, i// lui tend la viain) aierci, merci! tune sais pas quel bien tu viens de me faire.. . quel doute affreux tu m'as arr.hhé du cœur; car s'il est vrai que M. Achille trompe M"« Fanny, je ne t'aurais pas pardonné il en avoir été la cause.
cÉLESTi>'E, vivement.
Qu'est-ce que tu dis-la?... M. Achille trompe M"« Fanny, sa cousine?
ACHILLE
Ça tourne mal t
FABIUS
Elle l'aime , et elle craint... c'est tout simple.
CÉLESTINE
Ah! elle l'aime... et lui...
ACHILLE, caché et ne retirant en fermant la porte. Diable! voilà l'explication qui approche. FABIUS , qui a vu le luomcmeui de la porte. Hein!... qu'est-ce que c'est que ça?
CÉLESTINE
Eh bien, qu'est-ce qui te prend?
FABIUS
C'est drôle; il m'a semblé voir remuer la porte de celte chambre.
CÉLESTINE, à part.
Ah! il est encore là 1
C'est peut-être ma mèie...
CÉLESTINE, l'arrêtant.
Ce n'est rien... le vent... ( Élevant la voi.r. ) Tu dis donc que M"« Fanny aime M. Achille? FABIUS, tristement.
Oui, elle l'aime... j'en suis sûr. Sans cela, elle ne s'en occuperait pas tant.
CÉLESTINE
Et lui, l'aime-t-il, sa cousine ?
FABIUS
Il faut bien croire qu'il l'aime aussi, puisqu'il l'épouse.
CÉLESTINE, vivement.
Comment, il l'épouse?
FABIUS
Oh ! il y a long-temps que ce mariage est arrêté; et comme il doit avoir lieu avant un mois...
CÉLESTINE
Avant un mois?...
FABIUS
C'est pour ça qu'elle m'avait chargé de savoir s'il ne la trompait pas.
CÉLESTINE
Toi! elle t'avait chargé de ça?
FABII.'S.
Oui, moi... mais elle s'est mal adressée.
Mieux que (u ne crois.
FABIUS
Moi?... Eh! c'est à peine si je sais ce qui se passe dans la maison.
CÉLESTINE
Il n'y a pas besoin d'aller plus loin ; et tu peux lui dire de ma part que M. Achille estun monstre, et qu'elle n'est pas la seule qu'il ait trompée. FABIUS, étonné.
Ah! et d'où le sais-tu?... Il y a donc des propos dans le pays?
CÉLESTINE, élevant la voix.
Je le sais de bonne source; et tout ce que je puis te certifier, c est qu'il n'épousera pas sa cousine, je t'en réponds.
FABIUS
Qui l'en empêchera ?
CÉLESTINE
Oh! quelqu'un qu'on ne mène pas si aisément qu'on croit. {Haut, et en s' approchant de la porte.) Je ne suis pas un homme, mais je saurai bien me faire rendre justice.
FABIUS, l'arrêtant.
Te faire rendre justice?
CÉLESTINE, à elle-même.
La langue m'a tourné,..
FABIUS, avec colère. Te faire rendre justice, as-tu dit ?
CÉLESTINE
Eh bien, après?
FABIUS, se calmant.
Non, ce n'est pas possible... Voyons, ma sœur, voyons... que veux-tu dire?... Je ne te comprends pas... je ne veux pas me fâcher... je ne le veux pas.., mais explique-toi.
CÉLESTINE
Eh bien, c'est tout expliqué.
FABIUS
Quoi donc ?
CÉLESTINE
Que M. Achille de Matta m'a trompée comme il trompe M"" Fanny.
FABIUS
Ah!... ce n'est donc pas Grand-Louis qui a menti?
CÉLESTINE
C'est selon ce qu'il t'a dit.
Fabius.
Il est donc vrai que M Achille de Malla vient ici tous les jours ?
CÉLESTINE
Et quand il y viendrait?...
FABIUS
Mais lu m'as donc menti impudemment toutà-l'heure?
CÉLESTINE
Est-ce que je te demande tes secrets^ FABIUS, avec un cri de colère.
Célesline! ivc calmant oh ! ne me parle pas de ce ton-là... Tu es la maîtresse ici. lu fais ce que lu veux... le peu d'argent (jue je gagne. Iule dépenses... c'est (oui au plus si dans celte maison on nie donne un grabat pourdorniiretdu pain pour ne
MAGASIN THEATRAL
pas mourir defaim...toutcela, je le souffre sans me plaindre... mais si tu avais déshonoré ton nom et le mien...
CÉLESTINE
Et qu'est-ce qui te parle de déshonneur?... mais il me semble qu'une honnête fille a bien le droit de recevoir un jeune homme... qui vient la voir dans l'intention de l'épouser.
FABIUS
De t'épouser, toi!... et tu l'as cru, le misérable?
CÉLESTINE
Il a mieux fait que de me le promettre ; il me l'a signé !
FABIUS
Et sur la foi d'un pareil écrit, tu as oublié tes devoirs!
Pas si sotte... je n'ai rien oublié du tout.
FABIUS
Tu mens encore... tu mens... 0 mon Dieu,
mon Dieu! et M^i* Fanny, elle va croire
que je le savais, comme les autres le croient
et le disent O mon Dieu Célestine,
oh! dis-moi la vérité cette fois... réponds-moi... Grand-Louis avait-il encore raison quand il disait que tu étais la maîtresse de cet homme?
Bruit.
CÉLESTINE
Ah! pour ça, Fabius, je te promets...
V\\V\\V\W\'\\VWWVW\\\V\VVVV\V\\\'V\VV\VV\VV\\'WV\'\VV\WVV\'V